Interview
de Mokobé Traoré :
« La force de Vitry, c'est la mixité »
Mokobé Traoré est l'un des trois membres
du groupe 113, né à Vitry sur Seine en 1994. Rim'K (né
Karim Brahmi, d'origine algérienne) et AP (né Yohann
Duport, d'origine guadeloupéenne) composent aussi ce trio.
En 2000, 113 sort le titre « Tonton du Bled »
qui a connu un énorme succès (plus de 125.000 ex. vendus).
Depuis, ils ont écrit plusieurs albums dont « Jusqu'à
la mort » sorti il y a quelques mois. Mokobé a accepté
une interview pour nous parler de l'immigration.
Que représente Vitry pour toi ?
Comment s'est déroulée ton enfance à Vitry ?
C'est la ville où j'ai grandi, la ville où
réside ma famille, où j'ai eu mes premières expériences,
où j'ai fait toutes mes rencontres y compris mes rencontres
musicales, car c'est à Vitry que c'est formé le groupe
113. Ce qui fait la force de Vitry, c'est la mixité. J'ai grandi
avec des noirs, des arabes, des juifs, des chinois, il n'y avait pas
de problèmes. Mes petits frères traînent aussi
avec des Hindous ! J'aimais l'école, mais il est vrai
que j'étais plutôt agité. [Rire] A l'école,
j'appréciais surtout les rencontres avec les copains.
Comment as-tu connu RIM'K et A.P ?
On s'est connu très tôt, vers l'âge de
14-15 ans, à travers des colonies de vacances, des campings,
la danse et le rap. C'est comme s'il fallait absolument que l'on se
rencontre. On était fait pour se connaître !
Tes origines prennent-elles une place importante
dans ta vie de tous les jours ?
Je suis d'origine malienne et sénégalaise.
Je suis né en France, j'ai des papiers français. Mes
origines sont un repère, je vais souvent au Mali en vacances.
Oui effectivement mes origines prennent une place importante dans
ma vie car pour moi c'est une fierté, une valeur qu'il faut
défendre. La culture africaine est très riche, avec
beaucoup de valeurs comme le respect de la famille, le sens de l'accueil
et la générosité. A travers nos chansons, nous
faisons donc ressortir notamment notre culture africaine. Par exemple,
pour « Un gaou à Oran », les gens ne
comprenaient pas forcément les paroles, mais ils essayaient
quand même de comprendre l'histoire de la chanson.
Que faisaient tes parents à Vitry ?
Whaou... [Réfléchit] Tu me poses une colle !
Mon père est arrivé dans les années soixante
pour travailler en France. Ma mère est femme au foyer. On est
une famille de douze enfants.
Qu'est ce qui t'a donné envie de parler
de l'immigration dans tes chansons ?
C'est une réaction par rapport à ce qui ce
passe en ce moment. La situation est grave. On a souvent une image
glauque des immigrés et certaines personnes pensent qu'ils
sont venus en France pour « foutre la m... »
alors que ce n'est pas le cas. Nos parents ne sont pas arrivés
en France pour s'amuser mais pour travailler !
L'une de tes dernières chansons, « Paroles
de soninké* », parle de l'immigration. Quel message
souhaites-tu faire passer à travers ce texte ?
C'est né d'un sentiment de ras-le-bol. J'ai été
très touché par les évènements de Cachan
(ndlr : des familles africaines expulsées par la police
d'un immeuble squatté en août 2006). Dans un pays qui
se dit « terre d'accueil », on expulse fréquemment
des familles. Chaque personne doit être respectée.
Te considères-tu comme immigré ?
Je suis fier d'être le fils d'un immigré et
fier d'être français. On ne va pas se cacher et oublier
nos origines. L'important ce n'est pas de savoir où l'on va,
mais d'où l'on vient...
Album solo, sortie: Juin 2007, « Mon Afrique ».
* Le soninké est un dialecte
malien.
Propos recueillis par Flore-Anne Nelson
et Nawell Dirou
Classe de 4°4