TAND'M n° 6 Vitry-sur-seine, mars 2007

SOMMAIRE

EDITO

PARCOURS
> Du Maroc à la Bretagne
> De la Martinique à Vitry
> Le logement, mémoire de l'immigration à la cité Balzac

PORTRAITS
> Mme Précart, des Antilles à la métropole
> Jérémy Menez :
de Vitry à Monaco

> La classe de non francophones


VIE ASSOCIATIVE

> Ensemble pour l'avenir
> Le lycée Jean Macé se mobilise pour ses élèves sans papiers

CULTURE
> Kazem Shahryani : l'exil d'un metteur en scène
> Le groupe 113 : du hip-hop métissé

> Visite à la Cité nationale de l'Histoire de l'immigration
> "L'Algérie", un tableau donné à l'Algérie

 

 

Qui sommes-nous?

Omar Le-Chéri

www.omarlecheri.net

Collège Gutave Monod
www.histoire-memoire.fr

 

Interview de Mokobé Traoré :
« La force de Vitry, c'est la mixité »

 

Mokobé Traoré est l'un des trois membres du groupe 113, né à Vitry sur Seine en 1994. Rim'K (né Karim Brahmi, d'origine algérienne) et AP (né Yohann Duport, d'origine guadeloupéenne) composent aussi ce trio. En 2000, 113 sort le titre « Tonton du Bled » qui a connu un énorme succès (plus de 125.000 ex. vendus). Depuis, ils ont écrit plusieurs albums dont « Jusqu'à la mort » sorti il y a quelques mois. Mokobé a accepté une interview pour nous parler de l'immigration.

Que représente Vitry pour toi ? Comment s'est déroulée ton enfance à Vitry ?
C'est la ville où j'ai grandi, la ville où réside ma famille, où j'ai eu mes premières expériences, où j'ai fait toutes mes rencontres y compris mes rencontres musicales, car c'est à Vitry que c'est formé le groupe 113. Ce qui fait la force de Vitry, c'est la mixité. J'ai grandi avec des noirs, des arabes, des juifs, des chinois, il n'y avait pas de problèmes. Mes petits frères traînent aussi avec des Hindous ! J'aimais l'école, mais il est vrai que j'étais plutôt agité. [Rire] A l'école, j'appréciais surtout les rencontres avec les copains.

Comment as-tu connu RIM'K et A.P ?
On s'est connu très tôt, vers l'âge de 14-15 ans, à travers des colonies de vacances, des campings, la danse et le rap. C'est comme s'il fallait absolument que l'on se rencontre. On était fait pour se connaître !

Tes origines prennent-elles une place importante dans ta vie de tous les jours ?
Je suis d'origine malienne et sénégalaise. Je suis né en France, j'ai des papiers français. Mes origines sont un repère, je vais souvent au Mali en vacances. Oui effectivement mes origines prennent une place importante dans ma vie car pour moi c'est une fierté, une valeur qu'il faut défendre. La culture africaine est très riche, avec beaucoup de valeurs comme le respect de la famille, le sens de l'accueil et la générosité. A travers nos chansons, nous faisons donc ressortir notamment notre culture africaine. Par exemple, pour « Un gaou à Oran », les gens ne comprenaient pas forcément les paroles, mais ils essayaient quand même de comprendre l'histoire de la chanson.

Que faisaient tes parents à Vitry ?
Whaou... [Réfléchit] Tu me poses une colle ! Mon père est arrivé dans les années soixante pour travailler en France. Ma mère est femme au foyer. On est une famille de douze enfants.

Qu'est ce qui t'a donné envie de parler de l'immigration dans tes chansons ?
C'est une réaction par rapport à ce qui ce passe en ce moment. La situation est grave. On a souvent une image glauque des immigrés et certaines personnes pensent qu'ils sont venus en France pour « foutre la m... » alors que ce n'est pas le cas. Nos parents ne sont pas arrivés en France pour s'amuser mais pour travailler !

L'une de tes dernières chansons, « Paroles de soninké* », parle de l'immigration. Quel message souhaites-tu faire passer à travers ce texte ?
C'est né d'un sentiment de ras-le-bol. J'ai été très touché par les évènements de Cachan (ndlr : des familles africaines expulsées par la police d'un immeuble squatté en août 2006). Dans un pays qui se dit « terre d'accueil », on expulse fréquemment des familles. Chaque personne doit être respectée. 

Te considères-tu comme immigré ?
Je suis fier d'être le fils d'un immigré et fier d'être français. On ne va pas se cacher et oublier nos origines. L'important ce n'est pas de savoir où l'on va, mais d'où l'on vient...


Album solo, sortie: Juin 2007, « Mon Afrique ».

* Le soninké est un dialecte malien.

Propos recueillis par Flore-Anne Nelson et Nawell Dirou

Classe de 4°4

 

Les textes du 113
Pour écrire leurs textes, le groupe 113 s'inspire de leur vécu, de l'actualité et de leurs expériences personnelles.  « On est très terre à terre » explique Mokobé l'un des trois membres du 113.

Le collectif ne rappe pas en anglais car « nous sommes Français donc nous maîtrisons mieux le français ». C'est aussi « un choix culturel » pour le groupe métissé de Vitry.

Mokobé est satisfait car le public africain est intéressé par ses textes. « Les gens sont fiers de savoir qu'on les représente là-bas. » précise Mokobé.

Quand il écrit ses textes, 113 veut créer « une originalité », en mettant des mots arabes ou de langue malienne. Par exemple dans « Tonton du bled », écrit en 1998, les rappeurs introduisent des dialectes algériens.

Comment « Tonton du bled » a été écrit ?
Au studio, RIM-K était en train de raconter ses vacances d'été au bled et ils ont décidé que «  ça serait marrant de les raconter à travers une chanson » dit Mokobé. Le texte parle au premier paragraphe de leurs moyens de transport pour aller au bled. Ils partent en voiture jusqu'au port de Marseille, prennent le bateau... Ecrire un texte sur des enfants immigrés « c'était un risque à prendre, mais il ne faut pas avoir peur de la réalité » confie Mokobé. Son prochain texte va parler de l'immigration. « Parole de Soninké » raconte les événements de Cachan d'août 2006. L'évacuation policière de familles africaines ? « J'ai trouvé cela scandaleux ».

Manon Delafrênée
Classe de 4°4

Ce journal a été réalisé entre le 19 et le 24 mars 2007 par: Baringa, Flore-anne, Linda, Manon, Marie, Marvin, Mohamed, Nawell, Nessim, Sarra.