Tand'M 3

Réalisé dans le cadre d'une formation organisée par Omar Le-Chéri
et la Maison des Loisirs et de la Culture, Cesson et Vert Saint-Denis

 
 
Atelier animé par :
Zena Chamoun
et Jean Elias
Coordination :
Amandine Bondu
 

Culture

Aline Cespédès - Vignes :
Son premier roman, un cri du coeur

A l'occasion de l'opération "un livre, une commune" à Cesson, une femme écrivain livre le récit de sa vie. Une vie pleine d'émotion.

C'est dans une atmosphère chaleureuse et intime que m'accueille Aline Cespédès-Vignes, une écrivain cessonaise qui a participé à l'opération "Un livre, une commune". Cette manifestation consiste à promouvoir des livres appartenant à la catégorie "premier roman" et à les faire connaître du public cessonais et verdyonisiens en les mettant à disposition chez les commerçants de proximité. Des bénévoles lancent le défi de pouvoir rendre la lecture plus accessible au quotidien. Mme Vignes s'est inscrite avec la réelle envie de se faire connaître et de partager sa passion pour l'ecriture.

Son livre reste pourtant "hors vote" et elle n'a pas la possibilité d'être éventuellement nommée "meilleur écrivain de la commune" ni de recevoir un prix. La raison? Les organisateurs n'ont pas voulu qu'elle bénéficie d’un statut préférentiel vis-à-vis des autres participants parce qu'elle est résidente de Cesson - la -forêt. Cependant son ouvrage figure dans la liste des livres à lire.

Une vie difficile pour une femme de courage.
C'est en 1937 dans un village algérien, Oued-Taria, que naît Aline Cespédès, de parents fermiers. Elle sent dès le plus jeune âge une passion grandir au fond d'elle pour les mots. Ecrire, apprendre et faire apprendre devient alors une évidence: elle sera professeur de français. Elle quitte son village pour Oran en 1954. Trois ans durant elle y étudie et obtient son C.A.P. d'institutrice. Elle tente ensuite par le biais d'examens, de stages et surtout de beaucoup de détermination de devenir professeur. Elle le devient à Relizane. Elle y rencontre un jeune officier, Jean-Pierre Vignes. De leur amour "unique et divin" naît une petite fille, Véronique.

Mais en période de guerre tout est à feu et à sang. Cette guerre "sauvage", cette guerre injuste lui prend malheureusement sa fille en 1962. "On vit ou on meurt" dit - elle révoltée, ses yeux rougissent, sa voix se fait plus fébrile. Le souvenir de sa fille est présent, on le ressent. La vie doit pourtant reprendre son cours. Ses trois enfants lui permettent alors de "continuer à vivre".

L'écriture comme échappatoire
Arrivée en France, elle devient professeur de français au collège. Mais le souvenir de sa fille et l'injustice de sa mort la hantent. Elle se révolte, s'insurge, elle ne veut pas que son village tombe dans l'oubli, ni que les morts restent ignorés. Elle ouvre son cœur par la plume et déverse ainsi toute sa haine et son amour pour son pays dans un livre. Un an et demi durant elle écrit, se souvient et achève son premier roman "Ciel bleu vase clos" qu'elle définit comme un cri. "Mon cri". Mais ce cri reste trente années dans un tiroir, attendant son heure, celle d'être publié.
Un jour, elle assiste à une réunion de Pieds-Noirs, auxquelles elle n’est jamais présente habituellement.

Elle rencontre Serge Launay. Lui aussi a écrit sur son pays, il est édité chez L'Harmattan. C'est le déclic pour Aline Vignes, "Il n'y a pas de hasard" dit-elle tout sourire, le regard franc. Elle rentre chez elle et envoie son manuscrit au même éditeur. Peu de temps après, son ouvrage est édité. Un ouvrage réaliste et poignant. Le virus s'empare d'elle, elle ne veut plus s'arrêter d'écrire. L'envie de "donner aux autres" devient une règle de vie. C'est dans cet état d'esprit qu'elle écrit son deuxième roman intitulé « Le caillou rouge ». Elle attend d'ailleurs une réponse de sa maison d'édition. C'est l'histoire d'Emma, une dame âgée qui, chaque jour, joue avec les mots et les redéfinit en leur donnant un sens et une âme. Quand elle parle de son héroïne, ses yeux pétillent, ses mains bougent, elle rayonne. Cette femme, c'est elle. Il n'y a aucun doute : Madame Vignes aime écrire, elle le fait avec ses "tripes"et son cœur.

L'interview s'achève en même temps que son mari rapporte le courrier. Une enveloppe de sa maison d'édition est sur la table. Sans doute une réponse...Elle avait raison : il n'y a pas de hasard.

Matthias Raimundo
17 ans