QUOI?
Cette
expression est une interjection composée de la particule 'ya'
qui annonce un vocatif, lui-même porteur de l'identité de
l'interlocuteur.
QUI?
Tout
arabophone utilisent cette expression, mais les Egyptiens en sont
particulièrement friands.
QUAND?
On
l'utilise souvent pour amorcer la conversation ou la ponctuer.
POURQUOI?
Elle
permet d'exprimer la reconnaissance du titre honorifique
de son interlocuteur ou de la complicité, voire de l'affection
que l'on partage avec lui.
Je
te dirai qui tu es
Ce n'est certainement pas
un hasard si l'on retient de la culture égyptienne contemporaine
les séries télévisées et les films de la 'grande époque'. Ils
évoquent la commedia dell'arte ou le génie de camper des
personnages typés ou des caractères tels le jaloux, l'amoureuse
victime, l'avare, l'idiot ou le potentat. Mais cet aspect n'est
pas seulement réservé au domaine des Arts. L'âme égyptienne a
un sens très aigu de la théâtralité ludique et introduit avec
délectation le jeu dans les rapports quotidiens. Lorsque l'on
s'adresse à quelqu'un dans la rue, on en campe le personnage,
on l'appelle sur la scène affublé de son titre, qu'il soit honorifique
ou affectueux : 'Ya Pacha !'. C'est aussi une façon de
le mettre en de bonnes dispositions à votre égard et l'inviter
à vous être disponible!
Le titre utilisé traduira différents aspects de la personne désignée
: son âge, sa fonction, ses vêtements... car la société égyptienne
est très codifiée et le costume dit beaucoup de qui le porte.
On se trompe rarement dans l'identification des inconnus.
Mais toute la saveur de ce vocatif tient dans ses variations subtiles:
il exprime, au choix, la distance respectueuse ou l'intimité affectueuse.
Mais il peut aussi renvoyer quelqu'un à ce que l'on attend de
son professionnalisme, traduire une certaine ironie ou le flatter.
Dans tous les cas, il manifeste le besoin d'appartenance à un
groupe social, sous-entendant 'nous appartenons à la même société
où chacun à sa place. Je reconnais la tienne.'
Voici quelques exemples pour les hommes, les femmes et les enfants
Pour
les hommes, ce peut être :
Ya rayyes ! : littéralement,
'chef !', voire 'président' (c'est le raïs ). Mais l'usage
le réserve aux garçons de café, aux chauffeurs de taxi ou encore
à un homme (âgé ou non) du peuple reconnaissable à la galabeyya
qu'il porte (soit la version égyptienne de la djellaba,
aux manches très large).
Ya ustâz ! : l'équivalent d'un 'monsieur ', il désigne
l'employé, le professeur, l'avocat ou plus généralement, un homme
portant un habit européen.
Ya Pacha : composé du titre turc Pacha, il s'applique à toute personne
à laquelle on désire témoigner du respect ou,
entre amis, de l'affection.
Ya bash mohandes ! : c'est la variante du ' ya Pacha !
' accolé du titre d'ingénieur (mohandes). Il est donc naturellement
attribué aux ingénieurs et plus récemment, à tout homme dont le
métier requiert une habileté manuelle (technicien, mécanicien...),
et à tout homme portant un habit européen.
Ya osta ! : est réservé aux conducteurs de calèche et aux
métiers manuels tels que plombier, artisan, menuisier...
Ya doctôr ! : comme dans d'autres langues, il désigne toute
personne ayant un doctorat, les médecins et les professeurs d'université.
Ya bey ! : comme Pacha, le bey est un vestige de la hiérarchie
ottomane et désigne aujourd'hui un homme d'une catégorie sociale
plus élevée que le locuteur. Mais aussi, un homme plus expérimenté
ou parfois, un ami (affectueux).
Ya hagg ! : littéralement, c'est le titre du musulman qui
a accompli le pèlerinage à La Mecque (Hajj, en langue classique).
En fait, il est utilisé pour s'adresser à un homme âgé qui porte
une galabeyya.
Ya metr ! : vestige du français 'maître ', il s'applique
à un garçon dans un grand hôtel ou à un avocat.
Ya 'amm ! : littéralement, 'oncle '. Il est utilisé pour
aborder un homme plus âgé portant une galabeyya.
Ya fandem ! est utilisé pour les hommes comme pour les
femmes pour toute personne à laquelle on s'adresse respectueusement
ou officiellement.
Pour
les femmes, ce peut être :
Ya madam !
: il est réservé à la femme mariée, d'une catégorie sociale moyenne
ou élevée.
Ya mazmazel, ya anesa! : pour une femme non mariée, d'une
catégorie sociale moyenne ou élevée.
Ya sett ! : désigne la femme du peuple.
Ya hânem ! : fait preuve de beaucoup de respect (catégorie sociale
élevée).
Ya ustâza ! : pour une avocate ou une femme professeur.
Ya bash mohandesa ! : s 'applique à la femme ingénieur.
Ya doctôra ! : pour une femme médecin, un professeur d'université
ou toute femme ayant un doctorat.
Ya hagga ! : désigne la femme ayant effectué son pèlerinage
à La Mecque ou la femme âgée en galabeyya.
Enfin,
pour les enfants, ce peut être :
Ya shâter(-a) ! : décliné
au masculin comme au féminin, c'est un terme affectueux qui souligne
le côté débrouillard et arsouille de l'enfant.
Ya 'arûsa ! : réservé aux petites filles. Littéralement,
'arûsa signifie la mariée ou la poupée.
Toutes ces expressions sont aussi importantes pour comprendre
le monde arabe, et singulièrement l'Egypte, que bien des connaissances
historiques ou littéraires.
Florence
CARRIQUE-ALLAIRE