QUOI
?
"A la
spartiate" est une expression qui qualifie une discipline de fer.
QUAND
?
Les Spartiates
sont les citoyens de Sparte. C'est une république qui est née
IXè siècle avant J.-C.
OÙ
?
En Grèce
sous l'Antiquité.
Les
spartiates sont-ils morts?
Le soleil est à son zénith,
la belle lumière méditerranéenne éclaire le reste du monde. Nous
sommes neuf siècles avant notre ère, et la Grèce antique est composée
de plusieurs petites nations ou provinces. L'une d'entre elles
s'appelle Sparte, une cité originale tant en raison de son fonctionnement
que de son mode de vie. Les habitants de Sparte seront donc appelés
les Spartiates. Cet état, pas plus grand que la Corse, n'avait
aucune ouverture sur la mer. Sa population était divisée en trois
classes très inégales en nombre et en droit : au sommet se trouvaient
les Egaux, des propriétaires fonciers, des aristocrates ; puis
les périéques, qui possédaient quelques terrains moins fertiles,
mais n'avaient aucun droit civique ; enfin les hilotes, autrement
dit les esclaves ces deux dernières catégories travaillaient alors
pour les Egaux.
C'est à partir de cette solide
hiérarchie élitiste et presque dictatoriale, reposant sur un système
politique fondé sur une fidélité sans faille à des structures
terriennes, que l'esprit des Spartiates trouve sa pleine expression.
Il s'agit de former ceux qui détiendront le pouvoir, ces fameux
Egaux. Ces derniers seront donc égaux en droit mais aussi en devoir,
afin d'être à même de diriger les classes inférieures et de se
défendre contre les attaques extérieures. Leur formation exige
une discipline très rigoureuse, radicale. Etre Spartiate signifie
alors suivre à la lettre les règles strictes d'une éducation en
vue de la création du citoyen idéal. Dès leur naissance, les enfants
appartiendront à la communauté, et à l'âge de sept ans, les garçons
se trouvaient astreints à une éducation militaire et civique entièrement
sous la houlette de l'Etat. L'apprentissage sera abrupt et sévère
; austérité, frugalité, discipline, tels sont les principes :
les enfants seront soumis à des exercices physiques très durs,
à la gymnastique et au maniement des armes, enfin quelques rudiments
d'instruction, lecture, écriture, musique. Puis, avant de devenir
d'authentiques citoyens de Sparte, les jeunes subiront le baptême
du feu : relégués dans les montagnes sauvages, ils devront survivre
par leurs propres moyens et même massacrer secrètement des hilotes.
Cette éducation portera ses
fruits. Sparte deviendra une cité autonome et respectée de tout
le monde grec. Elle consolidera son pouvoir politique et rivalisera
même avec sa grande concurrente Athènes. Un farouche esprit égalitaire
et patriote régnera pendant plus d'un siècle dans la communauté,
inculqué dès l'enfance, en temps de paix comme en temps de guerre.
Cet esprit sera un modèle de discipline et de civisme. Les révolutionnaires
de 1789 s'inspireront de cet esprit pour mater leurs adversaires,
mais aussi pour instituer et légitimer la Terreur. Robespierre,
comme Saint-Just seront qualifiés de "spartiates". Mais les
anciens spartiates, forts de leur puissance, succomberont à leur
orgueil et s'embourgeoiseront. Le pouvoir n'autorisera plus ses
habitants à quitter leur pays et la noble et courageuse Sparte
s'enfoncera doucement dans le conservatisme et la décadence pour
enfin disparaître à tout jamais.
S'il ne reste aujourd'hui
aucun vestige de cette cité, son type d'éducation du moins sous
nos latitudes tempérées a disparu lui aussi. Nos chers petits
aux boucles blondes ne sont pas arrachés dès leurs premiers rots
des bras douillets de leur mère pour être remis à l'Etat. Des
statistiques montrent même que les enfants devenus adolescents,
puis de jeunes hommes, habitent toujours chez leur maman adorée.
Les parents sont intraitables quand leurs enfants prennent une
gifle qu'ils ont parfois méritée. Il ne reste que quelques institutions
militaires ou quelques couvents pour prêcher encore la discipline
systématique "à la spartiate". Certes, il y a bien encore
des hommes (ou même des femmes) qui ont décidé de vivre ainsi.
On peut les imaginer plutôt maigres, musclés, secs, épris de justice
bien que parfois intransigeants, mais intègres, et défendant coûte
que coûte des valeurs d'égalité et de loyauté. Ils en existent
encore, et il en faut pour préserver l'esprit de sérieux, comme
il faut des dilettantes pour préserver la rêverie.
Marc
GIANNÉSINI