A LA SPARTIATE

 




Après avoir dominé militairement et culturellement la région méditerranéenne, les prestigieuses cités démocratiques de la Grèce classique vivaient une période de déclin tandis que le royaume de Macédoine, au nord, préparait une expansion territoriale sans précédents

 

REFERENCES


Encyclopédie Universalis.

• Montesquieu, Robert Laffont, Le Spicilège, Coll. Bouquins.

• Michel Rostovtseff, Robert Laffont, Histoire économique et sociale de la Grèce Antique, Coll. Bouquins.

QUOI ?

"A la spartiate" est une expression qui qualifie une discipline de fer.

QUAND ?

Les Spartiates sont les citoyens de Sparte. C'est une république qui est née IXè siècle avant J.-C.

OÙ ?

En Grèce sous l'Antiquité.


Les spartiates sont-ils morts?

Le soleil est à son zénith, la belle lumière méditerranéenne éclaire le reste du monde. Nous sommes neuf siècles avant notre ère, et la Grèce antique est composée de plusieurs petites nations ou provinces. L'une d'entre elles s'appelle Sparte, une cité originale tant en raison de son fonctionnement que de son mode de vie. Les habitants de Sparte seront donc appelés les Spartiates. Cet état, pas plus grand que la Corse, n'avait aucune ouverture sur la mer. Sa population était divisée en trois classes très inégales en nombre et en droit : au sommet se trouvaient les Egaux, des propriétaires fonciers, des aristocrates ; puis les périéques, qui possédaient quelques terrains moins fertiles, mais n'avaient aucun droit civique ; enfin les hilotes, autrement dit les esclaves ces deux dernières catégories travaillaient alors pour les Egaux.

C'est à partir de cette solide hiérarchie élitiste et presque dictatoriale, reposant sur un système politique fondé sur une fidélité sans faille à des structures terriennes, que l'esprit des Spartiates trouve sa pleine expression. Il s'agit de former ceux qui détiendront le pouvoir, ces fameux Egaux. Ces derniers seront donc égaux en droit mais aussi en devoir, afin d'être à même de diriger les classes inférieures et de se défendre contre les attaques extérieures. Leur formation exige une discipline très rigoureuse, radicale. Etre Spartiate signifie alors suivre à la lettre les règles strictes d'une éducation en vue de la création du citoyen idéal. Dès leur naissance, les enfants appartiendront à la communauté, et à l'âge de sept ans, les garçons se trouvaient astreints à une éducation militaire et civique entièrement sous la houlette de l'Etat. L'apprentissage sera abrupt et sévère ; austérité, frugalité, discipline, tels sont les principes : les enfants seront soumis à des exercices physiques très durs, à la gymnastique et au maniement des armes, enfin quelques rudiments d'instruction, lecture, écriture, musique. Puis, avant de devenir d'authentiques citoyens de Sparte, les jeunes subiront le baptême du feu : relégués dans les montagnes sauvages, ils devront survivre par leurs propres moyens et même massacrer secrètement des hilotes.

Cette éducation portera ses fruits. Sparte deviendra une cité autonome et respectée de tout le monde grec. Elle consolidera son pouvoir politique et rivalisera même avec sa grande concurrente Athènes. Un farouche esprit égalitaire et patriote régnera pendant plus d'un siècle dans la communauté, inculqué dès l'enfance, en temps de paix comme en temps de guerre. Cet esprit sera un modèle de discipline et de civisme. Les révolutionnaires de 1789 s'inspireront de cet esprit pour mater leurs adversaires, mais aussi pour instituer et légitimer la Terreur. Robespierre, comme Saint-Just seront qualifiés de "spartiates". Mais les anciens spartiates, forts de leur puissance, succomberont à leur orgueil et s'embourgeoiseront. Le pouvoir n'autorisera plus ses habitants à quitter leur pays et la noble et courageuse Sparte s'enfoncera doucement dans le conservatisme et la décadence pour enfin disparaître à tout jamais.

S'il ne reste aujourd'hui aucun vestige de cette cité, son type d'éducation du moins sous nos latitudes tempérées a disparu lui aussi. Nos chers petits aux boucles blondes ne sont pas arrachés dès leurs premiers rots des bras douillets de leur mère pour être remis à l'Etat. Des statistiques montrent même que les enfants devenus adolescents, puis de jeunes hommes, habitent toujours chez leur maman adorée. Les parents sont intraitables quand leurs enfants prennent une gifle qu'ils ont parfois méritée. Il ne reste que quelques institutions militaires ou quelques couvents pour prêcher encore la discipline systématique "à la spartiate". Certes, il y a bien encore des hommes (ou même des femmes) qui ont décidé de vivre ainsi. On peut les imaginer plutôt maigres, musclés, secs, épris de justice bien que parfois intransigeants, mais intègres, et défendant coûte que coûte des valeurs d'égalité et de loyauté. Ils en existent encore, et il en faut pour préserver l'esprit de sérieux, comme il faut des dilettantes pour préserver la rêverie.•

Marc GIANNÉSINI