QUOI
?
Dessert
glacé composé de sirop de fruits. Les gourmands ne confondront
pas avec la crème glacée pour laquelle on ajoute du lait au sirop
de fruits.
QUAND
?
et OÙ ?
Impossible
de dire quand l'humanité inventa ce dessert si simple. Les premières
mais très incertaines traces viennent de l'Empire chinois sans
pouvoir donner de date ; mais on assimile souvent le sorbet à
l'art culinaire perse et arabe.
COMMENT
?
Les
hommes ont su de tout temps utiliser le froid naturel (la neige
et la glace) puis, ils ont découvert comment produire du froid
artificiel pour conserver leurs aliments et, dans le cas du sorbet
… satisfaire leur gourmandise !
Quand
le froid devient onctueux
L'évocation du mot nous met
l'eau à la bouche. Le sorbet est pourtant le plus simple des desserts.
Ce sirop de fruits glacé n'a pas de date de naissance officielle.
Certains attribuent sa "découverte" aux Chinois, d'autres aux
Perses ; et son introduction en Europe, aux Romains ou plus tard,
aux Arabes qui s'arrogent à chaque conquête les meilleures trouvailles
des cultures qu'ils dominent.
Dans l'histoire - décidément
floue - du sorbet, on parle aussi de Marco Polo, grand pourvoyeur
d'avancées culinaires en Occident. L'aventurier italien aurait
ramené la technique du sorbet de l'Empire de Chine au XIIIe siècle
apr. J.-C. Le sorbetto, devenu très populaire en Italie, fait
un tabac en France après le mariage de l'Italienne Catherine de
Médicis avec le roi français au XVIè siècle. La mode prend
vite à Paris et le peuple peut déguster des sorbets dans les nombreux
cafés qui ouvrent leurs portes tel Le Procope, ouvert depuis 1661.
Le XIXe siècle connaît l'invention du congélateur artificiel et
les Américains ouvrent la première usine en 1851. Leur sherbet
devient avec la gourmandise number one ! L'appellation américaine
sherbet se rapproche du mot arabe charab… à moins que ce ne soit
du turc chorbet… Là aussi, la confusion règne. Mais comment être
surpris qu'un dessert si éphémère n'ait laissé aucune trace solide
!
Ce qui semble certain, c'est
que le goût pour ce dessert glacé s'est développé dans des régions
chaudes et avides de douceurs. Le journaliste Bruno Larious écrivait
dans la revue L'Histoire de février 1986: "Les idéaux démocratiques
de l'Occident médiéval, tels que nous le révèlent les livres de
cuisine, penchent plutôt du côté de l'acide, de l'épice et du
piquant, tandis que la gastronomie des pays musulmans privilégie
le gras, le doux et l'onctueux." L'Orient raffole de cet onctueux
sorbet, douceur qui mène d'un plat à l'autre, sucrerie qui achève
le repas en beauté ou met de la réconciliation comme dans cet
extrait des Mille et une nuits raconté par la délicieuse Schéhérazade
: "Le jeune Adjîb voulait retourner
dans la boutique du restaurateur pour prendre de ces nouvelles
depuis que lui et son domestique l'avaient si méchamment chassé.
Hassane les invita alors à déguster ses délicieuses confiseries
accompagnées de sorbet au citron et de sirop à l'eau de rose."
Hum!
En fait, le sorbet repose
d'abord sur un mystère, ce qui n'est pas le moindre de ses attraits.
Comment, en effet, faisaient ces gourmands pour satisfaire leurs
envies sans congélateur artificiel!
La nature, bonne mère, offre
plusieurs sources de refroidissement et les hommes savent depuis
des millénaires détourner et conserver le froid naturel. Les Egyptiens
aménageaient au sol des bassins pour recueillir au matin la pellicule
de glace formée grâce au rayonnement nocturne. Cette méthode est
encore utilisée en Iran et au Chili. La neige aussi est utilisée
pour le plaisir des hommes, comme en témoigne ce midrash biblique,
qui prétend qu'Issac, apportant du lait de chèvre refroidi avec
de la neige ramassée dans la montagne, tendit à son père Abraham
ce breuvage, lui disant : "buvez ceci car le soleil est chaud
et vous serez rafraîchi".
Les gourmets bravent toutes
les difficultés pour le plaisir de leur palais. L'empereur romain
Néron (37-68 av. J.-C.) avait un goût immodéré pour cette liqueur
de fruits glacée agrémentée de miel. Il en exigea un jour pour
un banquet. On fit donc venir de la neige des montagnes situées
à 400 kilomètres au nord de Rome grâce à une chaîne humaine. Cette
folie inspira peut-être à Plinus, historien romain du 1er siècle
apr. J.-C., cette réflexion : "Quelques-uns boivent de la neige
et d'autres de la glace et transforment ainsi le méfait de la
montagne en plaisir de la table."
Les hommes savent conserver
le froid naturel dans des glacières depuis des millénaires. Le
Grec Hippocrate en recommande déjà l'emploi 400 ans avant J.-C.
La glace est entourée de paille et conservée dans un trou creusé
en terre profonde.
Sans en comprendre le principe
physique, plusieurs peuples savent également produire du froid.
Les Egyptiens se rendent compte que la vaporisation de l'eau au
travers de vases en poterie provoque un refroidissement de l'atmosphère.
Les Chinois constatent eux que le mélange de salpêtre (sel de
l'acide nitrique) et d'eau congèle les aliments. Ils font donc
ruisseler ce mélange à l'extérieur du récipient dans lequel se
trouve le sirop à glacer. Au Grand Siècle, en France on recouvrait
de sel les récipients remplis de ratafia de pêches, de cerises
ou de rossolis à base de pétales de rose, de fleur d'oranger,
de jasmin, girofle et de cannelle, puis on les plongeait dans
de la glace.
Tout cela pour satisfaire
sa gourmandise ! Mais selon l'abbé Rozier (savant du XVIIe siècle)
le sorbet est aussi bénéfique à notre santé: "La glace et des
boissons à la glace redonnent du ton à l'estomac et tout le système
nerveux et musculeux se ressent du bien être de l'estomac." A
consommer sans modération…
Catherine
GUILYARDI
Maintenant
que vous avez l'eau à la bouche… quelques recettes :
SORBET
AU CITRON
Selon
Odile Godard, auteur des Saveurs des Mille et une Nuits, éditions
du Chêne.
Ingrédients
pour 4/6 personnes :
20 cl jus de citrons (de préférence verts)
40 cl eau
150 g sucre en poudre
Zeste d'une demi-orange
2 blancs d'oeufs
100 g sucre glace
Préparer
un sirop en faisant bouillir ensemble pendant 2 ou 3 minutes l'eau
et le sucre ainsi que le zeste d'orange.
Retirer du feu et ajouter le jus de citron.
Mettre à glacer dans un moule.
Monter les blancs en meringue dans une terrine placée dans un
bain-marie, en y incorporant petit à petit le sucre glace. Quand
ils sont bien fermes, mettre à glacer pendant au moins une heure.
Mélanger la meringue au sorbet en concassant le sorbet déjà pris
jusqu'à obtenir une pâte épaisse.
Remettre le tout dans un moule à glacer pendant au moins une heure
avant de servir...
Servir
dans une coupe en verre et disposer quelques fruits frais autour.
SORBET
D'ENCELADE
"Encelade
est un des géants qui, dans la mythologie romaine, s'attira le
courroux d'Athéna pour avoir osé défier les Olympiens. La déesse
le précipita sous la Sicile et, dit la légende, c'est lui qui
en s'agitant provoqua les soubresauts de l'Etna. C'est dire toute
la puissance de ce sorbet, si inoffensif en apparence !"
Selon
Pino Correnti, auteur de Cinq mille ans de cuisine aphrodisiaque,
éditions Robert Laffont.
Ingrédients
pour 2 personnes :
8 caroubes,
fruit du caroubier à pulpe sucrée
Pétales de 2 roses, à peine éclose et très parfumées
20 cl eau
120 g sucre glace
Jus d'un citron vert
25 cl Champagne brut
2 cuillerées à café de gingembre en poudre
1 blanc d'oeuf
Extraire
la pulpe des caroubes et mixer avec les pépins.
Ajouter les pétales de rose au mixer, mélanger et verser le tout
dans une petite casserole contenant l'eau.
Faire chauffer à feu doux en diluant le sucre glace dans le liquide.
Retirer du feu le sirop encore assez fluide et le filtrer dans
un récipient en métal ou en plastique.
Ajouter le jus de citron.
Verser ensuite le Champagne, le gingembre, le blanc d'oeuf monté
en neige ferme, puis mélanger avec vigueur.
Mettre au freezer.
Ressortir au bout de 30 minutes pour repousser vers le centre
du sorbet la glace qui se forme sur les bords.
Répéter cette opération jusqu'à obtention de la consistance voulue.
Servir dans des coupes rafraîchies.