ROUTARD

 

 

 

REFERENCES

 

Odon VALLET,
Les Cahiers de médiologie n°2,
article " Le routard et la routine ".

En ligne:

Le routard de Club Internet

 

QUI?

Les jeunes européens, américains ou australiens en rupture avec la société de consommation et un peu " hippies ".

QUOI?

Voyageurs qui partent " sur la route " avec un sac à dos, en rupture avec le tourisme de masse ou le tourisme organisé.

OÙ?

A l'origine, dans les Indes sur les chemins de Katmandou, la ville sacrée du boudhisme. Puis partout dans le monde, si possible hors des sentiers battus.

QUAND?

Dans les années 70, après les " révolutions de 1968 " pour commencer. Les routards d'aujourd'hui sont très assagis.

COMMENT?

Le routard voyage avec les moyens du bord: ses pieds ou son vélo, les transports en commun qu'utilisent les populations locales, l'auto-stop. Il a toujours dans son sac à dos un livre précieux: son guide de voyage qui lui donne les bonnes adresses (pas chères). Australien, Américain, Français, Hollandais, Allemand... chacun a son guide de référence.



LE ROUTARD

Le mot " routard " est un néologisme (mot nouveau) apparu en France dans les années 70, au lendemain de la révolution mi-échouée, mi-réussie de mai 68. Avant ce grand mouvement populaire animé par les étudiants, le journal parisien " Le Monde " titrait: " La France s'ennuie ". C'est dans cet univers bloqué que toute une jeunesse rêve d'utopie, d'exploration du monde réel, de voyage lointain en écoutant les chanteurs de plus en plus hippies comme les Beatles ou les Rolling Stones. L'explosion se fait pendant le mois de mai 1968. Contre l'autorité des aînés, contre la société de consommation, contre tout. La reprise en main de la rue et du pays par l'Etat dirigé par le président De Gaulle conduit les déçus de la révolution à partir sur les routes pour vivre autre chose, voir le monde (et surtout l'Inde et les capitales spirituelles Bénarès et Katmandou), et accomplir un cheminement intérieur très inspiré du boudhisme à la mode.

Ce mouvement dans la jeunesse est commun à de nombreux pays occidentaux. Des Hollandais partent pour l'Australie en vélo, des Allemands traversent la cordillère des Andes à dos de lamas ou des Français filent pour l'Asie avec un sac à dos (et un sac de couchage), un ticket de métro et tout leur argent de poche.

Et la route est dure, de Katmandou ou d'ailleurs. Le mot " route ", qui vient du verbe rompre en latin (rupta, rumpere), marque bien la rupture, la trouée qu'elle fait dans le paysage en se taillant un passage. Pour ceux qui la parcourent, le mot " routier " est apparu au Moyen-Age. Il s'agit d'abord de soldats irréguliers devenus bandits de grand-chemin, en rupture avec leur armée. Puis le nom est passé pour les scouts, ces jeunes gens en uniforme qui participent à des camps de jeunesse au grand air et parcours à pieds la campagne. Enfin le nom a été attribué aux chauffeurs de camions qui roulent sur les autoroutes à vive allure pour livrer leurs marchandises.

Le " routier " étant déjà pris, il faut un autre mot pour qualifier ces jeunes gens en baskets et cheveux longs qui s'élancent sur les routes des Indes. Avec un suffixe " ard " à la fois populaire et péjoratif, qui marque bien l'autodérision et la provocation de cette jeunesse marginale, la route accouche de " routard " dans les années 70. En France, un jeune homme de 20 ans en pantalons pattes d'ef (d'éléphant), Philippe Gloaguen, qui vient de signer un article " Tout au bout de la route " sur ses voyages en Inde, au Népal et à Ceylan dans le magazine " Actuel ", cherche à la même période un titre pour le livre qu'il a écrit. Il s'agit d'un guide de voyage dont " l'ambition est avant tout de faire prendre conscience aux jeunes que partir n'est plus un luxe réservé aux autres. C'est juste une expérience extraordinaire ". Trois cents pages pour un tour du monde, le premier " Guide du routard " qui paraît en 1973. Depuis, le mot est à la mode et le guide du routard est devenu une large collection.

Sur les routes de Turquie, du Maroc ou de l'Egypte, il n'est pas rare de voir des touristes francophones avec leur " guide du routard " en main sans pour autant qu'ils aient les cheveux longs ou pas un sous en poche. Etre routard, c'est aujourd'hui une façon de voyager un peu différente, plus jeune et moins commerciale, où les sites touristiques et les choses " à voir " sont accessoires par rapport au charme du voyage intérieur: les rencontres, la nature et l'humeur.


Gilles KRAEMER