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Dialogue
avec son Dieu
Dans les trois grandes religions
monothéistes (1) —
christianisme, islam, judaïsme —, la prière a pour fonction
de mettre les fidèles en contact avec Dieu. Juifs et chrétiens insistent
sur le caractère personnel de Dieu (2).
Dans l'islam, la prière aussi est adressée à un Dieu personnel,
mais elle est axée sur la reconnaissance de la grandeur de Dieu.
Elle offre son tribut de louange et d'adoration comme 'à distance'.
Chez les chrétiens, la prière remplit quatre rôles. Elle est orientation
vers Dieu; prier, c'est «se tenir devant Dieu». Mais l'orant
(celui qui prie) établit aussi une relation originale avec lui-même;
prier, c'est devenir un peu plus soi-même. «Je tiens mon âme
en paix et en silence comme un enfant contre sa mère», dit un
psaume. Prier, c'est encore se mettre en relation avec les autres
croyants; prier doit rapprocher et réconcilier, rendre fraternels.
La prière, enfin, met le croyant en relation à la nature. «Quand
je priais au fond du coeur, écrivait Saint François d'Assise, tout
ce qui m'entourait m'apparaissait sous un aspect ravissant: les
arbres, les herbes, les oiseaux, la terre, l'air, la lumière, tous
semblaient me dire qu'ils existent pour l'homme et qu'ils témoignent
de l'amour de Dieu pour l'homme» L'originalité de la prière
chrétienne tient à la foi évangélique. En priant, les chrétiens
se sentent unis à Jésus. D'acte public et ostentatoire, comme chez
les Pharisiens (3), la
prière devient acte privé.
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A
l'église, la prière est encadrée par la liturgie, mais dans la paix
de sa chambre, le chrétien n'est pas tenu par un rituel. Dans le
judaïsme, la prière se fait debout, dans une attitude de respect.
Les mains et les yeux s'orientent symboliquement vers le ciel. Aux
prosternations et génuflexions s'ajoutent rites de pleurs et gémissements.
Le christianisme a repris ces postures de façon moins démonstratrices
et en a ajouté d'autres: la position assise, le baiser de paix,
le signe de croix. Mais ce sont les mots, la parole, plus que les
gestes qui importent chez les juifs et les chrétiens (4).
Dans l'islam au contraire, l'adoption d'une posture de respect est
un des éléments fondamentaux de la prière (salât), l'un des cinq
piliers de l'islam (5).
Tourné vers la Mecque, le croyant est tour à tour debout, incliné,
prosterné. "Il prie debout comme un arbre, agenouillé comme un
homme, prosterné comme une pierre, récapitulant ainsi les trois
règnes" (6). Il doit
aussi accomplir un certain nombre de gestes (rak'hat), comme lever
les mains à hauteur des oreilles, vers le ciel. La prière rituelle
est ainsi soumise à une codification très rigoureuse. Elle doit
être célébrée cinq fois par jour, précédée d'ablutions rituelles
fort détaillées, faites avec de l'eau propre, ou, à défaut, avec
du sable, de la terre, une pierre propre. Le musulman peut prier
chez lui, dans un espace délimité (natte, tapis, trait dans le sable),
mais selon le Prophète Mohamed, "la prière en assemblée est plus
de vingt fois meilleure". Le vendredi, le croyant doit se rendre
à la mosquée pour le sermon communautaire.
L'islam se distingue aussi par la place accordée à la langue liturgique.
Après des siècles de messe en latin, les chrétiens ont, hormis quelques
fondamentalistes, opté pour la célébration dans la langue des fidèles.
Les Juifs non traditionalistes ont eux aussi encouragé l'emploi
d'autres langues que l'hébreu. Pour les musulmans, l'arabe classique
reste la langue sacrée. Il est donc indispensable, même aux non-arabophones,
de connaître par coeur certaines formules et versets. "Un musulman
est ému par le son même du Coran, et l'on dit qu'être ou ne pas
être ému par les appels quotidiens à la prière et la modulation
du Coran constitue, pour chaque musulman, le critère de sa foi"
écrit S H. Nasr dans Islam, perspectives et réalités.
Un dernier mot sur le bouddhisme devenu la troisième religion de
France, après la christianisme et l'islam. La prière bouddhique
se confond avec la méditation. Le croyant se concentre sur un objet
unique (flamme d'une bougie, point lumineux d'un bâton d'encens
dans le noir, etc.), en répétant un mantra (brève formule) à voix
haute puis pour lui-même. Le poète Henri Michaux (1899-1984) en
fit l'expérience : "J'étais autrefois bien nerveux. Me voici
sur une nouvelle voie: je mets une pomme sur ma table. Puis je me
mets dans cette pomme. Quelle tranquillité!" (7).
Le but est d'arriver, par échelons, à être attentif à sa seule respiration
et d'atteindre le nirvâna, la délivrance.
(1)
Qui affirment l'existence d'un dieu (theos, en grec) unique.
(2) L'auteur se souvient qu'enfant,
dans les années 1970, on lui apprit "Notre Père qui es aux cieux".
Un jeune prêtre d'aumônerie lui parlait aussi de Jésus comme d'un
"type formidable" montrant la familiarité avec le divin.
(3) Un des mouvements du judaïsme au
temps de Jésus.
(4) Chez les catholiques, le mouvement
des charismatiques cherche depuis les années 1960 à dynamiser
une liturgie qu'il juge froide. Il a introduit le chant, la danse,
et certaines pratiques choquantes pour la hiérarchie catholiques
le parler en langues. l'Eglise a fini par accepter ce mouvement
pour enrayer le désintérêt des fidèles.
(5) 'Islam' dériverait de 'aslama',
qui signifie «s'en remettre, s'abandonner» (à Dieu).
(6) Eva de Vitray-Meyerovitch, La prière
en islam, éd. Albin Michel, 1998
(7) Henri Michaux, Lointain intérieur,
1938
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