PRIERE

 

 

REFERENCES:

Encyclopaedia universalis, article 'Prière'


• Paul Poupard, Dictionnaire des religions, éd. P.U.F.


• Eva de Vitray-Meyerovitch, La prière en islam, éd. Albin Michel , 1998


• S. H. Nasr, Islam, perspectives et réalités, éd. Buchet-Chastel, 1985

QUOI?

Gestes et paroles codés ou libres adressés à un être suprême.

QUI?

Observée par les croyants.

OÙ?

Dans des lieux sacrés tels les temples, églises ou mosquées. Mais on peut aussi prier dans des lieux communs de façon solitaire.

QUAND?

Pendant les jours sacrés et à tout moment, quand le croyant le désire.

COMMENT?

Chaque religion a sa liturgie, ses codes et pratiques.

 

   

 

Dialogue avec son Dieu

Dans les trois grandes religions monothéistes (1) — christianisme, islam, judaïsme —, la prière a pour fonction de mettre les fidèles en contact avec Dieu. Juifs et chrétiens insistent sur le caractère personnel de Dieu (2). Dans l'islam, la prière aussi est adressée à un Dieu personnel, mais elle est axée sur la reconnaissance de la grandeur de Dieu. Elle offre son tribut de louange et d'adoration comme 'à distance'.

Chez les chrétiens, la prière remplit quatre rôles. Elle est orientation vers Dieu; prier, c'est «se tenir devant Dieu». Mais l'orant (celui qui prie) établit aussi une relation originale avec lui-même; prier, c'est devenir un peu plus soi-même. «Je tiens mon âme en paix et en silence comme un enfant contre sa mère», dit un psaume. Prier, c'est encore se mettre en relation avec les autres croyants; prier doit rapprocher et réconcilier, rendre fraternels. La prière, enfin, met le croyant en relation à la nature. «Quand je priais au fond du coeur, écrivait Saint François d'Assise, tout ce qui m'entourait m'apparaissait sous un aspect ravissant: les arbres, les herbes, les oiseaux, la terre, l'air, la lumière, tous semblaient me dire qu'ils existent pour l'homme et qu'ils témoignent de l'amour de Dieu pour l'homme» L'originalité de la prière chrétienne tient à la foi évangélique. En priant, les chrétiens se sentent unis à Jésus. D'acte public et ostentatoire, comme chez les Pharisiens (3), la prière devient acte privé.

 

A l'église, la prière est encadrée par la liturgie, mais dans la paix de sa chambre, le chrétien n'est pas tenu par un rituel. Dans le judaïsme, la prière se fait debout, dans une attitude de respect. Les mains et les yeux s'orientent symboliquement vers le ciel. Aux prosternations et génuflexions s'ajoutent rites de pleurs et gémissements. Le christianisme a repris ces postures de façon moins démonstratrices et en a ajouté d'autres: la position assise, le baiser de paix, le signe de croix. Mais ce sont les mots, la parole, plus que les gestes qui importent chez les juifs et les chrétiens (4). Dans l'islam au contraire, l'adoption d'une posture de respect est un des éléments fondamentaux de la prière (salât), l'un des cinq piliers de l'islam (5). Tourné vers la Mecque, le croyant est tour à tour debout, incliné, prosterné. "Il prie debout comme un arbre, agenouillé comme un homme, prosterné comme une pierre, récapitulant ainsi les trois règnes" (6). Il doit aussi accomplir un certain nombre de gestes (rak'hat), comme lever les mains à hauteur des oreilles, vers le ciel. La prière rituelle est ainsi soumise à une codification très rigoureuse. Elle doit être célébrée cinq fois par jour, précédée d'ablutions rituelles fort détaillées, faites avec de l'eau propre, ou, à défaut, avec du sable, de la terre, une pierre propre. Le musulman peut prier chez lui, dans un espace délimité (natte, tapis, trait dans le sable), mais selon le Prophète Mohamed, "la prière en assemblée est plus de vingt fois meilleure". Le vendredi, le croyant doit se rendre à la mosquée pour le sermon communautaire.

L'islam se distingue aussi par la place accordée à la langue liturgique. Après des siècles de messe en latin, les chrétiens ont, hormis quelques fondamentalistes, opté pour la célébration dans la langue des fidèles. Les Juifs non traditionalistes ont eux aussi encouragé l'emploi d'autres langues que l'hébreu. Pour les musulmans, l'arabe classique reste la langue sacrée. Il est donc indispensable, même aux non-arabophones, de connaître par coeur certaines formules et versets. "Un musulman est ému par le son même du Coran, et l'on dit qu'être ou ne pas être ému par les appels quotidiens à la prière et la modulation du Coran constitue, pour chaque musulman, le critère de sa foi" écrit S H. Nasr dans Islam, perspectives et réalités.
Un dernier mot sur le bouddhisme devenu la troisième religion de France, après la christianisme et l'islam. La prière bouddhique se confond avec la méditation. Le croyant se concentre sur un objet unique (flamme d'une bougie, point lumineux d'un bâton d'encens dans le noir, etc.), en répétant un mantra (brève formule) à voix haute puis pour lui-même. Le poète Henri Michaux (1899-1984) en fit l'expérience : "J'étais autrefois bien nerveux. Me voici sur une nouvelle voie: je mets une pomme sur ma table. Puis je me mets dans cette pomme. Quelle tranquillité!" (7). Le but est d'arriver, par échelons, à être attentif à sa seule respiration et d'atteindre le nirvâna, la délivrance.•

Bernard CORTEGGIANI

 

(1) Qui affirment l'existence d'un dieu (theos, en grec) unique.

(2) L'auteur se souvient qu'enfant, dans les années 1970, on lui apprit "Notre Père qui es aux cieux". Un jeune prêtre d'aumônerie lui parlait aussi de Jésus comme d'un "type formidable" montrant la familiarité avec le divin.

(3) Un des mouvements du judaïsme au temps de Jésus.

(4) Chez les catholiques, le mouvement des charismatiques cherche depuis les années 1960 à dynamiser une liturgie qu'il juge froide. Il a introduit le chant, la danse, et certaines pratiques choquantes pour la hiérarchie catholiques le parler en langues. l'Eglise a fini par accepter ce mouvement pour enrayer le désintérêt des fidèles.

(5) 'Islam' dériverait de 'aslama', qui signifie «s'en remettre, s'abandonner» (à Dieu).

(6) Eva de Vitray-Meyerovitch, La prière en islam, éd. Albin Michel, 1998

(7) Henri Michaux, Lointain intérieur, 1938