LE NIL

 


Felouks sur le Nil

 

REFERENCES

Dictionnaire géopolitique, Yves Lacoste. Paris, Flammarion.


Encyclopediae Universalis


Grand Larousse universel, Tome 11.


Jacques-Yves Cousteau et Y. Paccalet:
Le destin du Nil, Paris, Flammarion.


D. Basdevant:
Dans la vallée du Nil,
Paris Hachette-Guides bleus.


National Geographic Society:
Le Nil,
Paris, Flammarion.


J. Laporte:
Première descente du Nil, de l'équateur à la Méditerranée, Paris, Editions Témoignage Chrétien.

 


QUI?

Le Nil est un des plus grands fleuves du monde. Il nourrit et abreuve 85 millions de personnes en Egypte et au Soudan. Il a permis à une des plus anciennes et des plus brillantes civilisations de voir le jour. Sans lui, l'Egypte ne serait qu'un désert stérile.

OÙ?

Fleuve immense, il prend sa source à l'équateur et va jusqu'à la Méditerranée, 6670 km plus au Nord. Il traverse neuf pays et quatre climats différents. Marécageux puis tumultueux en Afrique orientale, il est assagi et bien canalisé lorsqu'il arrive en Egypte.

QUAND?

Les anciens Egyptiens l'appelaient Hapy et l'assimilaient au dieu Osiris, maître des récoltes et donc de la vie. Des hommes vivaient déjà sur ses rives il y a 40.000 ans, lorsque l'Egypte est devenue un désert.

Bas relief représentant
le Dieu Hapy, tiré
d'un billet de 5 livres

QUOI?

Grâce à un astucieux système d'irrigation et de canalisation, les eaux du Nil permettent de cultiver les céréales qui composent le menu des Egyptiens et aussi le coton, principale production du pays. Il permet l'industrialisation du pays et fait la richesse de la région du Delta.

COMMENT?

Depuis la construction du haut barrage d'Assouan, mis en service en 1970, l'alimentation des Egyptiens ne dépend plus des caprices de la crue du Nil. Grâce à ce gigantesque ouvrage, le fleuve peut encore nourrir ses enfants, malgré une phénoménale augmentation de la population. Néanmoins, cela risque de ne pas durer.



Le Nil

De l'équateur à la mer, le Nil traverse neuf pays: le Burundi, le Rwanda, l'Ouganda, la Tanzanie, le Kenya, le Congo-Zaïre, l'Ethiopie, le Soudan et l'Egypte. Ces deux derniers pays -85 millions d'habitants à eux deux- dépendent étroitement du fleuve et forment la plus longue oasis du monde. Le Nil coule donc du Sud vers le Nord. Il traverse rapidement des régions tropicales humides, où il reçoit beaucoup d'eau, avant de pénétrer, beaucoup plus lentement, dans l'un des déserts les plus arides du monde: l'Egypte. Sur près de 3000 km, il ne reçoit d'ailleurs aucun affluent. Sans le Nil donc, l'Egypte n'existerait pas, aucune civilisation n'aurait pu s'y implanter. "L'Egypte est un don du Nil", écrivait ainsi au 4e siècle avant Jésus-Christ l'historien grec Hérodote.

Depuis la plus haute Antiquité en effet, les paysans détournent vers leurs champs les eaux du fleuve et les limons fertiles qu'elles transportent, grâce à un système compliqué de canaux. Jusqu'à la mise en service du haut barrage d'Assouan, en 1970, ils attendaient avec anxiété la crue annuelle, qui, au moment des plus fortes chaleurs, au coeur de l'été, inondait les rives. En novembre, le fleuve regagnait son lit, laissant une riche boue noirâtre dans laquelle les "fellah" (cultivateurs, en arabe), enfoncés à mi-cuisse, semaient aussitôt. Si la crue tardait, la famine et les maladies étaient au rendez-vous, l'Egypte s'appauvrissait et le pouvoir du pharaon lui-même était menacé.

  Fellah (agriculteur en arabe)


Aujourd'hui encore, on y pêche, les "fellah" s'y abreuvent ainsi que leurs animaux, et utilisent la boue du fleuve pour construire leurs maisons (le béton et la brique, toutefois, remplacent de plus en plus ces habitations traditionnelles). Enfin, le Nil est depuis toujours une magnifique voie de communication entre la Haute et la Basse-Egypte et entre les villes et villages construits sur ses rives. Il est le grand axe de la vie et la vallée du Nil, qui n'occupe que 3% du territoire égyptien, abrite la quasi-totalité de la population.

Les rapports entretenus par l'homme avec le fleuve sont si importants qu'ils ont façonné les institutions politiques et économiques et jusqu'à la religion de l'Égypte ancienne. Ainsi, le dieu agraire Osiris (divinité de la végétation, fils du dieu Terre et de la déesse Ciel) était-il assimilé à la grande force vivifiante de l'Égypte: "l'eau pure", "l'eau du renouvellement", c'est-à-dire l'inondation. "Le Nil vient de la transpiration de tes mains, disait-on au dieu. Tu es le Nil, les dieux et les hommes vivent de ton écoulement".

Source de bienfaits, la crue du Nil pouvait aussi être catastrophique: faible et tardive, le pays mourait de faim; trop haute, elle dévastait les champs et les villages. Par ailleurs, l'Egypte entretient depuis longtemps des relations conflictuelles avec son voisin du Sud, le Soudan, autre grand pays dont la survie dépend du fleuve. Elle a toujours douté que ce dernier ne la prive des eaux du Nil. Pour ces deux raisons majeures -domestiquer le fleuve et garder le contrôle de son cours-, les Egyptiens décidèrent de construire un grand barrage sur leur territoire. Ce fut le haut barrage d'Assouan, érigé par le président Gamal Abdel-Nasser avec l'aide des Soviétiques, au début des années 60 et mis en eau au début des années 70.


Un des temples d'Abou Simbel sur le billet d'une livre

Des villages entiers ont alors été noyés sous les eaux et il a fallu démonter pierre par pierre les sites pharaoniques qui risquaient d'être engloutis, comme les magnifiques temples d'Abou Simbel, qui furent reconstruits ailleurs.

  Timbre commémoratif de la sauvegarde des monuments par l'UNESCO

L'ouvrage, couplé avec une centrale électrique de 2,1 millions de kilowatts, est capable d'emmagasiner, derrière une digue haute de 111 m et longue de 3820 m, une réserve de 160 milliards de mètres cubes d'eau, égale à cinq fois le débit total annuel du fleuve. Des réservoirs installés tout le long de la vallée du Nil complètent le dispositif. Ils permettent, en stockant la crue, d'avoir en toute saison un débit d'eau constant et régulier et donc d'augmenter le nombre des récoltes annuelles (blé, riz, maïs, fèves, bersim -une plante fourragère-, coton, agrumes).

  Le Haut-Barrage d'Assouan

Toutefois, cela risque de ne pas suffire. En territoire égyptien, la vallée du Nil est toujours aussi étroite et un encaissement empêche l'élargissement des surfaces irriguées. Les pratiques agricoles sont certes devenues de plus en plus intensives mais elles atteignent une limite et les sols s'épuisent ou se chargent de sel. Les trois millions d'hectares cultivables dont dispose l'Egypte sont entièrement exploités. La totalité des eaux du Nil est consommée par une population de 60 millions de personnes qui risque de doubler dans les 25 ans à venir. La densité de population atteint déjà, dans certaines parties du delta du Nil, 1800 habitants au kilomètre carré.

Enfin, certains spécialistes estiment que le grand barrage sera entièrement comblé d'ici un siècle. En effet, il retient les limons autrefois répandus par les crues dans la partie aval de la vallée du Nil dont ils faisaient la légendaire fertilité.

La localisation des sources du Nil est restée longtemps mystérieuse. Dès 1er siècle après Jésus-Christ, l'empereur romain Néron envoya deux centurions à leur recherche. Mais il fallut attendre le19e siècle pour connaître enfin la clé du mystère. Il n'y a pas un Nil mais des Nils. Il n'y a pas une source unique mais plusieurs.


Pied de papyrus et oiseau peints sur papyrus

L'une d'elles naît dans un cours d'eau du Burundi, le Kasumo, qui devient, dans son cours inférieur (n'oubliez pas que tous ces cours d'eau coulent du Sud vers le Nord), la Kagera, qui se jette dans le lac Victoria, un des Grands Lacs d'Afrique de l'Est. Cette véritable mer intérieure (70.000 km2) s'écoule vers le Nord par le Nil Victoria qui traverse ensuite un deuxième lac, le lac Kioga, puis un troisième, le lac Mobutu, alimenté par la Semliki. Il en sort et change de nom, s'appelant désormais le Bahr el-Gebel ("mer ou fleuve de la montagne", en arabe) puis entre dans la plaine du Soudan du sud. Là, dans une immense cuvette marécageuse, il reçoit la Bahr el-Ghazal ("fleuve de la gazelle", en arabe) et se jette dans le lac No.

Après avoir reçu un nouvel affluent, le Sobat, il continue vers le nord, jusqu'à Khartoum, capitale du Soudan, où il rejoint le Nil Bleu -si abondant qu'on le prit longtemps pour le fleuve principal- qui descend des montagnes de l'Ethiopie, formant ainsi le grand Nil. Le fleuve, apprivoisé, court ensuite jusqu'au delà du Caire, où il se scinde alors en neuf bras principaux, enserrant un delta étendu sur 24000 km2.

Il faudra attendre les expéditions ordonnées par le vice-roi d'Egypte, Méhémet-Ali, au 19e siècle, pour reconnaître le Nil Blanc (le Nil bleu avait été repéré plus tôt). Mais ce furent les Anglais John Speke et Sir Richard Burton qui, partis de l'océan Indien, atteignirent enfin en 1863 le lac Victoria et les sources du Nil.

Safia ALLAG