QUOI?
Nom
féminin, formé à partir du grec murias, muriados
et signifiant une quantité innombrable d'êtres ou de choses.
QUAND?
En
1525, puis en 1557 où il perd la définition de 'dix mille'
pour celle d'une quantité indéfinie.
OÙ?
Ce
mot apparaît pour la première fois dans le langage français au
XVIe siècle dans le dictionnaire de Barbier où il est défini par
«une quantité de dix mille».
COMMENT?
Derrière
le terme 'myriade' se cache des myriades d'autres mots ayant pour
préfixes myri-, myria- ou myrio : les myriapodes
à mille-pattes ; le myriamètre comme unité de mesure; le myriophylle,
plante aquatique ; le myriarche commandant dix mille hommes, etc.
Cependant, la plupart ne sont plus utilisés aujourd'hui.
"Vaste
comme les flots de la mer"
Le terme 'myriade' cache derrière
sa beauté, un mystère. Le préfixe bas-latin myria-
(IIIe et IVe siècle apr. J.-C.), dont il dérive, viendrait
de l'adjectif grec murias qui signifie 'dix mille'. Mais
selon le Dictionnaire historique de la langue française
du linguiste contemporain Alain Rey, «l'hypothèse la plus plausible
(quant à l'origine de myria-), fait état d'un mot grec
expressif signifiant 'vaste comme les flots de la mer'.»
Que ce soit 'dix mille' ou 'vaste comme les flots de la mer',
le terme français 'myriade' exprime bien cette quantité trop grande
pour être déterminée; comme si, pour les Grecs, dix mille fut
le maximum que les hommes puissent compter. L'écrivain du XIXe
Alphonse Daudet écrit ainsi: « des nuits calmes, transparentes,
illuminées de myriades d'étoiles» ; son contemporain, le poête
romantique Théophile Gautier décrit une partie de Notre-Dame de
Paris par ses beaux alexandrins : «Faisceaux de piliers lourds,
gerbes de colonettes / Myriade de saints roulés en collerettes/
Autour des trois porches béants» ; et la philosophe Simone
de Beauvoir (XXe) utilise cette belle métaphore: «Dans l'espace
surnaturel, flottaient, invisibles, impalpables, des myriades
de petites âmes qui attendaient de s'incarner.»
Les préfixes myria- ou myrio- entrent
dans la construction d'une variété d'autres noms. L'unité préfixée
par ces termes est multipliée par dix mille ou, par extension,
une quantité importante mais indéterminée. Ainsi le myriamètre
est inventé sous la Révolution française pour désigner une unité
de mesure de 10 000 mètres. On a même inventé le myriagramme,
aujourd'hui abandonné au profit de son équivalent, le kilo. Rabelais,
auteur du Moyen Age dont la langue fleurie fît le succès, parle
de 'myriandre' pour désigner une embarcation capable de contenir
dix mille hommes : « les fors gallions, les naufs chiliandres
et myriandres...».
Le terme 'myriade' est aussi utilisé au Moyen Age pour désigner
dix mille, et pas une unité de plus ! En 1561, Jean de Maumont
écrit dans son Histoire de Zonare : « Le nombre des
personnes qui en cette quotisation frayèrent pour leur part, monta
et accomplit soixante myriades, qui font six cent mille hommes.
» L'auteur se sent obligé de faire lui-même la multiplication,
comme si l'utilisation de 'myriade' était trop compliqué pour
le commun des lecteurs. C'est certainement la raison pour laquelle
cette définition de 'myriade' a disparu et laissé place à celle
d'une quantité floue.
On a aussi abandonné les mots préfixés par myria- ou myrio-
dans lesquels une unité de base était multipliée par dix mille
(voir plus haut). Reste des termes exprimant une quantité importante
mais indéterminée. Tous les amateurs de barque ont certainement
aperçu la 'myriophylle', cette herbe aquatique découpée en fines
lanières ou 'feuilles' (du grec phylle) qui pousse dans
les étangs et ruisseaux calmes. Et qui n'a jamais croisé un 'myriapode',
vulgairement connu sous le nom de 'mille-pattes' ? Et la « myriade
d'étoiles » d'Alphonse Daudet ne signifie pas non plus qu'il
y a dix mille étoiles. Avec 'myriade', on touche en fait à l'infini.
Catherine
GUILYARDI