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REFERENCES
L'Encyclopédie de l'Islam, éd. Maisonneuve
et Larose
Titus Burckardt, L'art de l'islam, éd.
Sindbad, Paris, 1985
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QUI?
La
première fut construite à Médine par le Prophète Mohammed.
QUAND?
La
première fut construite en 622 apr. J-C. Mais aujourd'hui,
la plus ancienne est le Dôme du Rocher (Qubbat as Sakhra,
en arabe) à Jérusalem.
QUOI?
La
mosquée est le lieu du culte musulman.
OÙ?
Partout
où les fidèles le désirent mais toujours tournée vers La Mecque.
POURQUOI?
Pour
la prière commune du vendredi.
La maison
de Dieu
Avant de construire tout
édifice, les musulmans commencèrent par utiliser un sanctuaire
naturel: la Ka'ba de la Mekke, dit bayt Allah, la
maison de Dieu. C'est vers elle que sera orientée chaque mosquée
à venir. Cet énorme cube noir cristallin rayonne vers les quatre
points cardinaux à partir de ses arêtes (les quatre piliers d'angle
de l'univers), et de ses faces supérieure et inférieure vers le
zénith (1) et le nadir
(2). Vide à l'intérieur, elle est recouverte
du rideau de la Miséricorde. Elle est, lors du pèlerinage, un
des points fondamentaux autour duquel s'accomplit la consécration
idéale de la vie du pieux musulman La 'mosquée' désigne à l'origine
tout lieu de culte. Dans le Coran, le mot qui désigne la Ka'ba
est : al masjid al haram, littéralement, 'le lieu de prosternation
sacré' C'est ce même mot, masjid, qui est passé dans la langue
française par l'intermédiaire de l'espagnol mezquita, pour
donner 'mosquée'.
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Toutefois, si la première "mosquée"
ne désignait pas, comme aujourd'hui, une construction, et si le
mot était commun à plusieurs religions (Araméens, juifs d'Eléphantine
(Ve siècle av. J.-C.) et Nabatéens), c'est le prophète Mohammed
qui est à l'origine de sa coloration purement islamique.
Il avait pourtant commencer à prier à la Ka'ba, puis dans les chemins
de La Mecque, dans sa cour, près de la porte, seul ou avec ses compagnons
ou sa famille. Mais, arrivé à Médine, il cherche un lieu de rassemblement.
La tradition raconte qu'il y arriva sur son chameau, accompagné
d'Abu Bakr et de la tribu des Banu-l-Najjar. Le chameau s'arrêta
dans la cour d'Abû Ayyûb : Mohammed y fit la prière, acheta le territoire
et fit construire une mosquée.
La cour était entourée d'un mur de briques bâti sur des assises
de pierres. Il y avait trois portes au montant également en pierre.
Un côté fut d'abord ouvert : celui de la qibla - l'indication
de l'orientation de la Ka'ba. Puis l'indication fut soulignée par
le premier mihrab. Cette niche de prière était faite de troncs
de palmiers coupés et dressés comme des colonnes et d'un toit d'argile
et de feuilles de palmiers.
A l'Est, deux cabanes identiques étaient réservées à Aicha
et Sawda (deux des femmes du Prophète). Leur entrée donnait
dans la cour et était recouverte de tapis. Par la suite, les cabanes
furent au nombre de neuf, et toutes réservées aux épouses. La tonnelle
abritait les fidèles sans abri, et la galerie opposée à la qibla,
les plus pauvres des compagnons du Prophète. Depuis des galeries
entourent toutes les mosquées.
On raconte que le Prophète prêchait appuyé sur les colonnes. D'autres
traditions affirment qu'il montait sur la troisième marche d'un
escabeau en bois pour être vu de tous ses fidèles. A
sa suite, le premier calife, Abu Bakr, s'assit sur la seconde marche,
et 'Omar, le second calife, sur la première. La mosquée de Médine
n'était pas un lieu sacré mais un simple lieu de réunion ou de prières.
Mohammed y accueillit beaucoup de pauvres, de blessés ou de prisonniers
non convertis. On y dormait, on y parlait affaires. Le Prophète
y reçut même un étranger sur son chameau, comme il y accueillit
des Soudanais qui jouaient avec leurs lances et leurs boucliers
pour une fête.
C'est avec l'essor de l'islam que la mosquée devint un centre religieux,
politique et social.
Aujourd'hui, les fidèles doivent enlever leurs chaussures à l'entrée
de la mosquée et entrer du pied droit. C'est une vieille coutume
datant du VIIIe siècle apr. J.-C. (IIe siècle selon le calendrier
musulman de l'Hégire) à l'époque où les cris sont interdits dans
une mosquée et où les habits de fête, l'huile et le parfum sont
recommandés pour la prière du vendredi.
Car la prière engage l'être entier. L'orant doit purifier son corps
par des ablutions. Il les effectue dans une petite fontaine située
dans la cour de la mosquée ou dans une salle d'eau attenante à la
salle de prière. La position de l'orant est debout, face à la qibla
pour la récitation de la prière, puis inclinée, puis prosternée.
La verticalité, proprement humaine, pour que l'homme s'adresse à
Dieu ou que Dieu s'adresse à l'homme; l'inclinaison, pour marquer
l'hommage du serviteur et la prosternation, pour l'abandon de soi
devant le maître. C'est un équilibre où l'homme est tout et rien
devant Dieu.
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L'UNITE
DANS LA DIVERSITE :
exemples architecturaux
L'art islamique comporte tout
un éventail de styles architecturaux. Il est autant de courants
artistiques dans le monde musulman que de particularismes ethniques
: c'est le principe de l'unité dans la diversité ou de la diversité
dans l'unité. En voici quelques exemples.
La
Grande Mosquée de Kairouan
La
Grande Mosquée de Kairouan est la première construite au Maghreb,
'l'Occident musulman'. Elle remonte à Oqba ibn Nâfi, compagnon
du prophète Mohammed et conquérant de l'Afrique du Nord. Plusieurs
fois rebâtie, la Grande Mosquée de Kairouan date dans sa dernière
mouture de 836 apr. J-C. Sobriété du style, souveraine ordonnance
de l'espace : tout évoque en elle l'expansion de l'Islam. La large
étendue de la salle de prière s'ouvre sur une vaste cour qui pouvait
accueillir toute une armée de combattants de la foi.
La cour s'allonge dans l'axe du mihrâb (la niche de la mosquée
tournée vers La Mecque), souligné par une nef médiane surélevée
et ornée d'une coupole à chacune de ses extrémités. A coté de
la nef s'élève un puissant minaret à trois degrés - sans doute
le plus ancien de tous, comme le mihrâb daté de 862-63. Les parois
verticales de la niche sont revêtues de panneaux en marbre sculpté
formant des treillis. Mais elles laissent deviner un mur de fond
qui, pour les pèlerins, est celui du mihrâb original devant lequel
priait le compagnon du Prophète.
La Grande
Mosquée de Cordoue
Construite par
un architecte inconnu, la Grande Mosquée de Cordoue reflète l'affirmation
identitaire arabe du fondateur de l'Espagne musulmane 'Abd
al-Rahman Ier. Prince omayyade en exil, il a pu échapper au
massacre de sa famille par les Abbassides. Cette filiation princière
explique les points communs entre les Grandes Mosquées de Cordoue
et de Damas. Elle comporte aussi une cour et une salle de prière
dont les long toits à double versant sont supportés par des arcades
à deux niveaux. Mais l'originalité cordouane tient dans la liberté
des arcades qui ne font plus partie d'un mur. Les piliers et les
arcs ne sont liés par aucune maçonnerie de remplissage. Les colonnes
sont assez fines et les voussoirs (pierres taillées en coin qui
forment le cintre de l'arcade), des arcs en bichromie alternant
pierres blanches et briques rouges. Il y avait plus de cent dix
arcades dans la mosquée primitive, mais à partir du VIIIe siècle,
on en construira près de quatre cents.
Le chef d'oeuvre de l'art cordouan reste le mihrâb. Sa niche est
très profonde et suit un plan polygonal. Un arc en fer à cheval,
large et rayonnant, l'entoure dans sa partie supérieure. Ses voussoirs,
décorés de mosaïques jaunes, vertes et rouge cuivre, sont à leur
tour contenus dans un cadre rectangulaire où s'alignent des lettres
coufiques en or sur fond azur.

La mosquée ottomane
L'architecture
ottomane a développé le thème de la mosquée à dôme central et
à soubassement rectangulaire dans toutes ses variantes. Ce type
de mosquée existait déjà dans les sultanats turcs d'Anatolie avant
la conquête de Constantinople et la réappropriation de l'architecture
byzantine. Il s'agit d'un édifice cubique recouvert d'une seule
calotte hémisphérique, le passage de la sphère au cube s'effectuant
à l'intérieur par des facettes triangulaires assemblées en éventail.
La cathédrale Sainte Sophie est
transformée en mosquée immédiatement après l'occupation de Constantinople
par les troupes de Mohammed II, sans en changer les formes. C'est
beaucoup plus tard que les mosaïques de la Vierge et des chérubins
sont recouvertes d'enduit: seul le motif du Pantécrator fut remplacé
par le verset de la Lumière (sourate 24).
Pour le grand architecte Sinan (1490-1588), au service du sultan
Soliman le magnifique, la cathédrale justinienne ouvre une réflexion
nouvelle. Sainte Sophie répond en effet aux besoins contemplatifs
de l'Islam. Restait à inventer de nouveaux espaces qui satisfassent
aussi ses exigences liturgiques : la construction de la mosquée
de Suleyman marque la volonté de cette réappropriation architecturale.
La mosquée du sultan Sulayman, située sur une des collines
qui surplombent la Corne d'Or, est recouverte
de la même coupole centrale à laquelle deux demi-coupoles de même
diamètre servent de contreforts. Ces demi-coupoles sont prolongées
par des absides, mais, à la différence de Sainte Sophie, les nefs
latérales sont inondées de lumière. De la même façon, Sinan a
accentué d'autres formes de cette structure avec les piliers et
les arcs qui supportent les voûtes. Enfin, il a utilisé des absides
rayonnantes pour ramener le contour des deux grandes demi-coupoles
à la forme rectangulaire de l'édifice.
C'est dans cette savante combinaison de surfaces concaves et rectilignes
que se manifeste le génie de Sinan. Il lui revient aussi d'avoir
utilisé les muqarnas, des stalactites, partout où il y
a passage d'une surface plane à une surface concave. Mais la création
unique de l'architecture ottomane, c'est la combinaison de l'édifice
à la coupole centrale avec les minarets en forme d'aiguille :
la plénitude de la coupole exprimant la paix et la soumission
(islam), et le mouvement vertical des minarets, comme témoignage
actif de l'Unité divine (shahâda).
La mosquée persane
Le style particulier
des mosquées persanes vient d'un héritage architectural ancien
que l'on retrouve en Irak, en Haute-Egypte et en Afghanistan :
l'art de construire en brique crues séchées au soleil et jointes
avec de l'argile. Les maîtres de cet art sont capables d'ériger
des voûtes et des coupoles sans avoir recours à des supports provisoires
en bois. Ils façonnent les calottes sur de simples gabarits en
roseaux et s'aident, pour soutenir l'oeuvre en cours, de la tension
propre aux surfaces courbes. D'aspect fragile, cette architecture
d'argile ou de boue est étonnamment résistante, et fort belle
par ces formes modelées à la main.
Le type classique de la mosquée persane, c'est un grand portail
donnant accès à une cour qu'entourent des galeries couvertes de
voûtes. Face à lui, et dans l'axe du mihrâb, s'ouvre un grand
iwân, haute voûte à berceau, caractéristique de l'architecture
persane.
Comme la niche et le dôme, la porte est une forme chargée d'un
caractère sacré. C'est pourquoi le portail de la mosquée est flanqué
de deux minarets semblables à de hautes colonnes qui rappellent
le symbole de la porte du ciel. Ce détail architectural n'est
pas anodin. Dans un contexte islamique, les expressions turques
et persanes de "hautes portes" sont synonymes de majesté et d'autorité.
On parle également de la "porte de la Miséricorde divine".
L'exemple de la mosquée du Shah à Ispahan illustre ce symbolisme.
Bâtie en 1628-29 sous Shah 'Abbas Ier, elle doit son plan
au Sheikh-ul-Islâm de la ville, soit la plus haute autorité
religieuse, aussi mathématicien et architecte.
Le centre de la mosquée est le maïdan, grande place rectangulaire
communiquant par une porte sur le bazar, et par un porche sur
la résidence royale. Cette place étant disposée selon la direction
des points cardinaux, l'enceinte du maïdan s'infléchit à 45 degrés
pour retomber sur l'axe de la Mecque. L'architecte fait de ce
changement de direction le passage du monde extérieur au monde
intérieur, une mise en scène de la réorientation de l'âme. Le
majestueux iwân, encadré par deux minarets, dissimule à mesure
que l'on s'en approche la coupole turquoise comme une chose trop
sacrée pour être abordée directement.
La sobriété extrême des formes architecturales persanes est compensée
par la chatoyante floraison de la céramique qui recouvre toutes
les surfaces visibles du bâtiment. Enfin, toutes les parties de
la mosquée communiquent les unes avec les autres par de grandes
baies ouvertes. D'un espace couvert, on passe directement à un
espace ouvert sur le ciel.
Florence
CARRIQUE-ALLAIRE
(1)
Zénith : point où la verticale d'un lieu rencontre la sphère
céleste.
(2) Nadir : point de la sphère céleste
imaginaire. A l'opposé du zénith, il se situe de l'autre côté
du globe pour l'observateur.
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