MINARET

 


Présence d'un passé ottoman de 1645 jusqu' au début du siècle. Tour d'une mosquée du haut de laquelle le muezzin faisait les cinq appels à la prière ...

 

REFERENCES:

Dictionnaire de l'Islam : Religion et civilisation,

Encyclopaedia Universalisé et Albin Michel, 1997.

• Hoag J.D., Architecture islamique, Paris : Gallimard, 1991

• Sourdel D. et J., Dictionnaire historique de l'islam, Paris : PUF, 1996.

• Stierlin H., L'architecture islamique, Paris : PUF, 1993.

• Vogt-Gšknil U., Grands courants de l'architecture islamique : mosquées, Paris : Chêne, 1975.

QUOI ?

Il fait partie de la structure architecturale de la mosquée. De l'arabe manara, " phare ", par le turc menât (XVIIe siècle), " tour de mosquée " du haut de laquelle le muezzin (mu'adhin) faisait les cinq appels à la prière par jour...

QUAND ?

De la fin du premier siècle de l'Hégire (VIIe siècle) jusqu'à présent.

OÙ ?

Dans les pays de l'islam.

POURUOI ?

Il symbolise la mosquée et témoigne la victoire de l'islam.



Symbole de la grandeur de l'Islam

Il existe une variété de termes utilisés en arabe avec des connotations particulières :
- manâra : "phare et tour-vigie pourvu ou non d'un feu allumé",
- sawma'a : "cellule d'ermites",
- ma'dhana : lieu d'où est lancé l'appel à la prière ou adhan.

Le mot français remonte à un terme turc tardif (XVIIe siècle) menâr et dérivé de manâra qui fut employé du temps de l'Empire ottoman sans aucune ambiguïté : les minarets ainsi dénommés servaient à lancer l'adhan.

On admet généralement, que la première mosquée qui ait été ornée de minarets est celle que le calife Walid fit édifier à Damas, en 705. Mais c'est au XIIIe siècle, que les minarets reçoivent définitivement leurs lettres de noblesse et leur justification fonctionnelle. On ne concevait plus dès lors de grande-mosquée, sans que le minaret y eût sa place comme symbole de la grandeur de l'islam et témoignant de " la victoire de l'islam ".
Le voyageur le remarque parfois de très loin en raison de sa forme et surtout de sa hauteur. Dans les pays de déserts on le compare à un phare qui guide les caravanes pour rejoindre l'oasis semblable à un port. Dans les paysages de déserts, de campagne, de montagnes et urbains, il est le véritable " point d'appel " qui le différencie de tous les autres éléments.

Les minarets sont une constante de presque toutes les mosquées construites ultérieurement ; ils sont ronds, carrés, en spirale ou octogonaux, et peuvent êtres petits et massifs ou bien hauts et sveltes.
Quelques minarets sont construits en pierre, mais la plupart sont en briques revêtues de stuc. Leur forme, leur hauteur, leur décor et leur place même varient selon les régions, les époques et les matériaux disponibles sur les lieux de construction.

Ainsi, trois types de minarets caractérisent les trois grandes aires du monde musulman :

Le minaret carré, parti de Syrie, domine d'abord l'Orient méditerranéen, puis gagne l'Occident : nous le trouvons à Cordoue et à la Giralda de Séville Ð et se multiplie au Maghreb. Ces minarets carrés, comportent plusieurs étages de salles superposées. Celles-ci sont ornées par des fenêtres d'un décor géométrique et en relief qui crée, à l'intérieur, des jeux d'ombre et de lumière.

Le minaret à fût cylindrique connaît, par contre, une grande expansion dans l'Orient musulman dès le XIe siècle, avec les conquêtes seldjoukides. L'imagination et le talent des architectes s'expriment par des variantes à la base, au pied du fût, à la galerie et au sommet, mais il n'y a aucun logement ni étage dans le fût où s'enroule, autour d'un noyau central, un escalier en colimaçon menant jusqu'au sommet.

Le minaret oriental est construit en brique, parfois vernissée permettant de composer de larges registres décoratifs (minaret de Kalyan, à Bukhara, XIIe siècle.). Né en Iran et en Turkestan, le fût cylindrique gagne l'Inde : on trouve ainsi à Delhi le prestigieux Qutb Minar (XIIIe siècle). Vers l'Ouest, il y en aura en Djézireh au XIIe siècle. C'est surtout en Anatolie que le type cylindrique conna"tra une fortune remarquable, de Konyà (Ince Minareli, XIIIe siècle), à Istanbul (Sultan Ahmet au XVIIIe siècle).

Le minaret à fût polygonal, à l'image de la tour de Ghazna, comme ceux de la madrasa Timouride de Bibi Hanum à Samarquand (début XVe siècle.), constitue une variante du minaret cylindrique. Le Caire avec ses mosquées de toutes les époques, offre une grande variété de formes. Le plus ancien minaret, celui de la mosquée d'Ibn Tulun (fin IXe siècle), imite la Malwiya de Samarra. Le véritable ancêtre des minarets du Caire est le minaret sud de la mosquée d'al-Hakim (Xe siècle) ; sa base, en tronc de pyramide est inspirée par le phare d'Alexandrie qui déjà, au VIIIe siècle, avait servi de modèle au minaret de Sidi-Okba à Kairouan. Le nombre de minarets n'est pas fixé non plus : à l'origine, il n'était édifié qu'un seul minaret par mosquée, puis, le constructeur en a érigé plusieurs. Les raisons tiennent de l'esthétique, de la symétrie, de la volonté de ponctuer un élément fort et même de la stabilité de l'ouvrage. Seule la mosquée de la Mecque pouvait avoir six minarets, et quand les Ottomans en ont donné six à la mosquée Bleue d'Istanbul, il a fallu en construire un septième à la Mecque. Cependant, l'appel à la prière n'est fait que d'un seul minaret.•

Souad Bakalti