QUI?
Méhémet-Ali
(en arabe Mohamad-Ali ou Mohammed-Ali) était un général albanais
très ambitieux. Il prit le pouvoir en Egypte dans le sillage de
Bonaparte et se maintint sur le trône pendant 44 ans.
QUOI?
Il a profondément
transformé l'Egypte. Très influencé par les technologies,
l'administration et l'armée européennes -françaises
notamment-, il fit de son pays d'adoption, alors tombé en
décadence, un Etat-nation moderne. Il l'a dégagé de la domination
turque ottomane.
QUAND?
Naissance à Kavala (Roumélie) en 1769, mort au Caire le 2 août 1849.
OÙ?
Il s'est
construit un empire allant du Soudan au sud de l'Anatolie
(dans la Turquie actuelle). Il a un temps menacé Constantinople,
où siègeait le Sultan. Mais les puissances occidentales, l'Angleterre
en tête, inquiètes de son expansion et voulant garder le contrôle
des routes de l'Extrême-Orient, mirent un terme à ses ambitions.
COMMENT?
Grâce à
de considérables travaux d'irrigation, il a favorisé une
agriculture plus intensive et introduit de nouvelles cultures.
Il a créé les premières industries d'Etat, réformé et rationalisé
l'administration. Il a créé des écoles, favorisé l'enseignement
des sciences et techniques, modernisé les villes, aidé l'égyptologie.
Méhémet-Ali
: fondateur
de l'Egypte moderne
Nous sommes en 1798. Bonaparte
vient de débarquer en Egypte. D'abord bien accueilli, il se heurte
bientôt aux Mamelouks, une dynastie d'anciens esclaves-mercenaires
qui gouverne l'Egypte. Ils gouvernent mais ne règnent pas. Ils
ne sont que les vassaux du Sultan, chef suprême de l'Empire Ottoman,
qui règne à Constantinople. Le Sultan, justement, voyant les Mamelouks
en fâcheuse posture face à Bonaparte, décide d'envoyer une armée
en Egypte. Dans ses rangs, se trouve un jeune général albanais
du nom de Méhémet-Ali (Mohamad-Ali, pour les Arabes). Il a 30
ans et il est impressionné par l'organisation et l'efficacité
de l'armée française. Il est intelligent et ambitieux. Très ambitieux.
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Méhémet-Ali,
pacha d'Egypte |
Après
le départ des Français en 1800, le Sultan ne réussit pas à rétablir
l'ordre et Méhémet-Ali, aidé par les notables locaux et par ses
Albanais, en profite pour renverser les Mamelouks et prendre le
pouvoir. Il obtient du Sultan d'être nommé gouverneur (pacha)
de l'Egypte (1805).
L'Egypte, à cette époque, est en piteux état. Depuis le 16e siècle,
sous la domination des pachas turcs puis sous celle des beys mamelouks,
le pays s'est progressivement appauvri et affaibli. L'admirable
système d'irrigation, faute d'entretien, s'est dégradé, entraînant
la ruine de l'agriculture et du commerce. Les institutions politiques,
affaiblies par les luttes intestines de la dynastie mamelouke,
sont en pleine décadence.
L'invasion française marque un tournant dans l'histoire du pays
et, paradoxalement, va faire entrer l'Egypte dans la modernité.
Méhémet-Ali va être l'artisan de cette métamorphose. Il décide
de constituer un Etat et une armée modernes et de dégager l'Egypte
de la domination ottomane. Il va pour cela s'appuyer sur des instructeurs
et des techniciens français et égyptianiser progressivement son
armée.
Il commence par massacrer les chefs mamelouks (1911) et par exiler
les notables et les chefs religieux musulmans qui l'ont aidé à
prendre le pouvoir. Il a donc les mains libres pour mener à bien
deux grands desseins: moderniser son pays et acquérir de nouveaux
territoires. Pour financer sa nouvelle armée, il décide de développer
une agriculture d'exportation; celle du coton et du blé. Pour
cela, il fallait passer d'une agriculture saisonnière, après la
crue du Nil, à une agriculture beaucoup plus intensive en étalant
dans le temps l'utilisation des eaux du fleuve.
Il
va donc lancer de vastes aménagements hydrauliques. Il fait creuser
tout un réseau de canaux d'irrigation et de drainage, puis construire
un barrage pour stocker la crue à l'entré du delta, ce qui permet
aux Egyptiens d'avoir de l'eau toute l'année et de faire plusieurs
récoltes par an. Pour intégrer son pays dans les circuits du commerce
international, il envisage de faire creuser un canal allant de
la mer Rouge à la Méditerranée -le futur canal de Suez- et de
construire un chemin de fer entre Le Caire et le grand port de
Suez. Malheureusement, il n'aura pas le temps de mener à bien
ces deux grands projets qui seront réalisés par ses successeurs.
Néanmoins, l'idée lui en revient.
Parallèlement à la construction interne de son empire, Méhémet-Ali
va chercher à l'étendre. Dès 1811, et jusqu'en 1818, ses troupes
combattent les Wahabbites d'Arabie et occupent les villes saintes
de La Mecque et de Médine, ce qui confère au Pacha un grand prestige
dans le monde arabe et musulman. A partir de 1820, il envoie ses
turbulents soldats albanais conquérir le Soudan. Il en construit
la capitale, Khartoum. Il veut ainsi contrôler le cours supérieur
du Nil, les relais des caravanes en provenance d'Afrique centrale,
ouvrir de nouveaux marchés à sa jeune industrie et pourvoir son
armée en esclaves noirs.
De 1823 à 1827, il participe à la campagne de Grèce, à la demande
du Sultan, mais la flotte turco-égyptienne est détruite dans la
baie de Navarin en 1927 par une coalition réunissant les Grecs,
les Français, les Anglais et les Russes. En dédommagement de la
perte de sa marine, Méhémet-Ali demande au Sultan de lui donner
la Syrie. Le sultan refuse et en 1831, le Pacha envahit la Syrie
(avec l'aide de Soliman Pacha, nom turc du colonel français de
Sèves). Il remporte victoire sur victoire et le Sultan doit céder.
Il donne à Méhémet-Ali toute la Syrie, la Palestine et la région
d'Adana, dans le sud de la Turquie actuelle.
Une telle expansion irrite les puissances européennes, et en particulier
l'Angleterre. Celle-ci, afin d'assurer la sécurité de son commerce
avec l'Extrême-Orient, occupe Aden, au sud-Yémen, en 1838 et le
Sultan en profite pour tenter de reprendre la Syrie. Il échoue
et Méhémet-Ali menace cette fois Constantinople. Mais les Alliés
s'interposent, l'obligent à évacuer l'Arabie et la Syrie, à démanteler
sa marine et à réduire son armée (1840). Toutefois, protégé par
la France, il obtient en compensation le droit de céder l'Egypte
à ses héritiers et de gouverner le Soudan jusqu'à sa mort.
Sur le plan intérieur, il poursuit certaines des réformes mises
en place par Bonaparte. Il crée de nombreuses écoles où les enfants
n'apprennent pas seulement le Coran par coeur mais étudient également
les sciences exactes. Il envoie aussi des étudiants en Europe
(surtout en France et en Angleterre) et fait appel à des techniciens
européens. Il modernise et assainit Le Caire, construisant de
larges avenues et de superbes jardins. Il décide aussi que, comme
en Europe, les rues porteront des noms et les immeubles des numéros.
Enfin, il aide beaucoup une science toute nouvelle: l'égyptologie.
Il refond entièrement le système administratif, créant, comme
en France, des provinces, des départements, des ministères. Il
va étatiser l'agriculture -le Pacha devient pratiquement le seul
propriétaire des terres égyptiennes-, introduire de nouvelles
cultures -coton à longues fibres, lin, chanvre, céréales, olivier,
mûrier, opium- et transformer les petites activités artisanales
en industries, elles aussi placées sous le contrôle de l'Etat.
Cette rationalisation autoritaire va considérablement enrichir
l'Egypte qui peut alors exporter et développer des industries
de transformation. L'ensemble du système est protégé par des barrières
douanières très élevées qui préservent le marché intérieur de
la concurrence des produits étrangers. Vers la fin de son règne,
des erreurs de gestion dans l'industrie, mais aussi des pressions
politiques de la part des puissances occidentales, vont contraindre
Méhémet-Ali à lever les barrières douanières, à abandonner l'étatisation
et à revenir à la liberté d'entreprendre.
Alors qu'il se fait vieux, en 1847, Méhémet-Ali place son fils
Ibrahim sur le trône, pour matérialiser l'accord par lequel le
Sultan reconnaissait les droits de l'aîné de sa famille. Mais
Ibrahim meurt neuf mois avant son père, le 10 novembre 1848. Son
neveu Abbas Ier lui succède. Opposé à l'esprit novateur de ses
prédécesseurs, il ferme les usines encore en fonctionnement, les
écoles ouvertes par son grand-père, arrête les travaux en cours.
Il est assassiné le 13 juillet 1854.
Pendant les 44 années du règne de Méhémet-Ali, l'Egypte aura davantage
changé qu'au cours des trois siècles précédents. Les mentalités
n'ont certes pas changé aussi vite que les techniques mais l'égyptianisation
de l'armée et de l'administration, ainsi que la mise à l'écart
du pouvoir ottoman, ont permis l'émergence d'une identité politique
égyptienne. En attendant la montée d'un véritable nationalisme
quelques dizaines d'années plus tard. Fondateur de l'Egypte moderne,
Méhémet-Ali est considéré comme le précurseur de la « Nahda »,
la renaissance arabe.
Safia
ALLAG