LE CAIRE

 

 

 

REFERENCES


Dictionnaire de géopolitique, ouvrage collectif sous la direction d'Yves Lacoste, Paris, Flammarion.


Grand Larousse universel, tome III.


Encyclopediae Universalis.

Le Caire, ouvrage collectif, Paris, Editions Autrement.


• M. Schemeil: Le Caire, sa vie, son histoire, son peuple, Le Caire, Editions Al-Maaref.


• G. Wiet: Les mosquées du Caire, Paris, Hachette.

QUI?

Le Caire, capitale de l'Egypte, est la plus grande métropole d'Afrique et du monde arabe avec près de 14 millions d'habitants. Près d'un Egyptien sur quatre y habite. La plupart sont musulmans mais il existe une minorité chrétienne: les Coptes, qui descendent des anciens Egyptiens.

QUOI?

Ville splendide, grouillante, attachante, elle abrite les plus beaux exemples d'art islamique du monde ainsi qu'un vieux quartier copte, avec de remarquables églises byzantines datant des premiers siècles de la chrétienté. Des millions de touristes visitent chaque année le merveilleux Musée du Caire et, bien sûr, le Grand Sphynx et les Pyramides.

QUAND?

La première ville s'appelait Memphis. Elle fut la capitale de l'Ancien Empire pharaonique. Du 1er au 7e siècle après Jésus-Christ, la ville devint chrétienne sous le nom de Babylone. En 641 enfin, elle fut rebaptisée Fostat et devint arabe et musulmane. Au 10e siècle, elle prit le nom d'Al-Qahira ("la Victorieuse"). En français: Le Caire.

OÙ?

Dans le désert occidental, près de la frontière lybienne, à 302 km au sud-ouest de la ville maritime Marsa Matrouh et à 593 km d'Alexandrie.

COMMENT?

Le Caire connaît tous les problèmes des très grandes villes des pays en voie de développement: surpopulation, crise du logement, embouteillages géants, pollution...Sauf un: la criminalité y est très basse.

Pyramides
de Gézé

Le Caire

Le Caire est la capitale de l'Egypte. La ville seule compte plus de dix millions d'habitants, Le Caire et sa banlieue plus de 14 millions. C'est la plus grande métropole d'Afrique et du monde arabe.
La ville, située sur le Nil, à 25 km en amont du delta, a toujours existé. Au fil des siècles, elle s'est déplacée de quelques kilomètres, suivant les mouvements de la tête du delta et le cours du fleuve, position qui permettait de surveiller les allers et venues entre la Haute et la Basse-Egypte.

Bien sûr, elle ne s'est pas toujours appelée Le Caire. Elle ne porte en effet ce nom -El Qahira, en arabe- que depuis sa conquête par les Fatimides, des Berbères musulmans chiites venus du Maghreb, en 969. La première ville, capitale de l'Ancien Empire pharaonique, s'appelait -en grec- Memphis. A Memphis, succéda la ville chrétienne, romaine puis byzantine, de Babylone, non loin de laquelle le général arabe Amr édifia le camp militaire de Fostat, en 641, lors de la conquête et de l'islamisation de l'Egypte. Fostat forme aujourd'hui le Vieux Caire. Les dynasties musulmanes suivantes, les Abbassides et les Toulounides, fondèrent ensuite Al-Askar (750) et d'Al-Qataï (868) avant que la ville, agrandie, ne prenne enfin le nom d'Al-Qahira (la Victorieuse). Fostat et el-Qahira seront unifiées et réunies dans une seule enceinte, gardée par une citadelle, par le monarque ayyoubide Salah ed-Dîn (le célèbre Saladin) en 1173.

Mosquée Méhémet Ali, dans la Citadelle

Le Caire est le coeur religieux, universitaire et culturel du monde arabo-islamique. Témoin, entre autres, de ce rayonnement, l'université-mosquée d'Al-Azhar, la plus ancienne université du monde, créée en 973 par les Fatimides, qui forma de nombreux cadres, hommes politiques et penseurs musulmans.
Sur le plan culturel, et malgré la censure, Le Caire est, avec Beyrouth, le premier éditeur du monde arabe. Ses écrivains (dont le prix Nobel de littérature Naguib Mahfouz), ses chanteurs et ses musiciens, dont la grande Oum-Koulthoum, ont une aura et une influence qui dépassent largement le seul monde arabe. Le Caire est aussi la capitale du cinéma arabe, avec une production nettement supérieure à celle d'Hollywood et que seule l'Inde dépasse.

Le Sphinx ensablé au début du siècle

Ses trésors archéologiques, historiques et architecturaux, mais aussi la bonne humeur et l'hospitalité des Cairotes, attirent chaque année des millions de touristes. Citons notamment le Vieux Caire, la citadelle, le quartier copte et ses églises byzantines, les mosquées et les mausolées de toutes les époques islamiques, les caravansérails, les fontaines, le fabuleux musée égyptien, fondé par l'archéologue français Auguste Mariette en 1857, qui abrite la première collection égyptologique du monde avec 100.000 objets exposés (davantage encore dans les réserves), les souks de Khan el-Khalili, les Pyramides (la seule des Sept Merveilles du monde antique encore debout, Patrimoine mondial de l'UNESCO), le grand sphynx, le Nilomètre (construit en 715), etc.

Le Caire est le principal centre industriel de l'Egypte -avec, revers de la médaille, de graves problèmes de pollution de l'air et de l'eau: 45% des usines et des établissements industriels (sidérurgie, agro-alimentaire, textile...), la moitié des activités commerciales y sont concentrés.


Le Caire s'étend de part et d'autre du Nil

Restée longtemps relativement éloignée du Nil -sur les bords duquel se trouvait le port de Boulaq-, la ville s'en est rapprochée à partir du 19è siècle par l'édification de quartiers neufs qui constituent aujourd'hui le centre des affaires et le secteur résidentiel aisé de la rive droite du fleuve. Au 20è siècle, la ville s'est étendue dans toutes les directions et de nouveaux quartiers ont vu le jour sur la rive gauche, où vivent aujourd'hui plus de 4,5 millions de personnes (Héliopolis, notamment, fondée en plein désert en 1906, ou Medinet Nasr), puis sur le Moqattam, la colline de calcaire blanc qui domine Le Caire à l'Est, au-delà d'une ceinture de cimetières qui entravait jusqu'alors l'extension de la ville.

Dans le même temps, les quartiers du centre, trop chers, trop difficiles à rénover, se sont dépeuplés, au profit, notamment, de quartiers et de bidonvilles illégalement érigés. La ville s'étend aujourd'hui sur des distances considérables -le quartier d'Hélouan se trouve ainsi à 30km au sud du centre du Caire- avec les problèmes inhérents de ravitaillement, de ramassage des ordures, de collecte des eaux usées, de transport et, partant, d'embouteillages monstres. Deux lignes de métro toutefois, construites par un consortium français en 1987 et 1996, relient aujourd'hui la banlieue de Choubra Al-Khaïma, au nord, à celles de Guizeh, au sud-ouest et d'Hélouan, au sud. Deux autres sont en construction actuellement. Le Caire est ainsi la première ville d'Afrique à disposer d'un métro.

Le problème numéro un du Caire, cependant, est l'espace et donc le logement. Au fil des siècles, la ville et ses faubourgs ont toujours abrité un quart de la population égyptienne environ. En dépit des apparences, c'est encore le cas aujourd'hui: la ville n'a jamais été aussi peuplée parce que l'Egypte ne l'a jamais été autant. Mais l'habitat n'a pas suivi cet essor. La densité de la population du Caire est une des plus élevées du monde avec, en moyenne, 50.000 habitants par kilomètre carré. Dans certains quartiers populaires (Choubra) la densité atteint 250.000 habitants au kilomètre carré contre 20 et 9, respectivement, dans les quartiers chics de Maadi et de Zamalek.

En moyenne, le taux d'occupation est de 2,3 personnes par pièce, mais il peut atteindre 11 personnes par pièce dans certains quartiers du centre (Sayyeda Zeinab). Pourtant, on compte plus de 600.000 logements vides. Explication: une loi datant de 1944 limite la hausse des loyers à des niveaux si bas que les propriétaires refusent de louer et d'entretenir les immeubles. Ces derniers deviennent alors inhabitables et s'ils sont malgré tout habités, ils font courir à leurs occupants de réels risques d'effondrement (plusieurs dizaines de morts par an).

Certains locataires ne payent que l'équivalent de quelques dizaines de francs français par mois pour de vastes appartements dans les plus beaux quartiers. D'autres, moins favorisés, ont trouvé refuge dans les anciens cimetières mamelouks, les fameuses "cités des morts", souvent moins inconfortables qu'il n'y paraît. Selon les estimations, de 250.000 à un million de Cairotes vivraient ainsi parmi les mausolées. Les appartements proposés en première location sont hors de prix pour les salaires moyens égyptiens. Beaucoup de jeunes Cairotes, ne parvenant pas à se loger, renoncent du même coup à se marier et à fonder une famille.

En dépit des mille et un problèmes urbains du Caire, de la pauvreté d'une grande partie de sa population, d'une vie quotidienne difficile et de quelques récents attentats menés par des opposants islamistes violents, la criminalité est très basse pour une métropole de cette importance: moins de 300 meurtres par an, moins de 2000 cambriolages, quelques centaines de voitures volées, moins de dix viols déclarés. Le tissu social et les diverses solidarités sont encore solides malgré l'urbanisation.

Safia ALLAG