LIVRE

 



REFERENCES

Economie et société dans l'Empire ottoman, éditions CNRS, 1983.

Une Monnaie, un Etat, Histoire de la Monnaie Libanaise, Joseph Oughourlian, Editions Erès, Toulouse, 1982.

L'histoire curieuse des monnaies coloniales, Régis Antoine, 1986

QUOI ?

Unité monétaire courante dans la zone dite " zone sterling ", en référence à la monnaie anglaise.

OÙ ?

Dans le monde arabe, l'Egypte, le Liban, la Syrie ont aujourd'hui encore recours à cette monnaie.

QUI ?

Les principaux protagonistes de l'élaboration des systèmes monétaires de ces deux pays sont, directement ou indirectement, la Turquie, l'Angleterre, l'Egypte, la France et les Etats-Unis.

QUAND ?

A l'intégration de l'Egypte au sein de l'Empire ottoman, et à l'application des accords Sikes-Picot de 1919 qui signent le partage de l'Empire Ottoman entre l'Angleterre et la France pour le Liban.

POURQUOI ?

Le contrôle de la monnaie d'un pays est un enjeu qui permet de subtils positionnements stratégiques.



Livres livrées et délivrées

D'une tutelle monétaire à l'autre, l'Egypte et le Liban subissent les appétits européens du milieu du XIXè au début du XXe siècle.
Dans le journal turc " Hurriyet " du 17août 1868, on lit : " Les revenus de l'Etat se divisent en trois parties : la première passe aux mains des voleurs, la seconde est engloutie dans les dépenses inutiles et seule la troisième est utilisée à bon escient. … Le surendettement rouille les gongs de la Sublime Porte, ainsi que son affaiblissement politique. L'Egypte, une de ses provinces, soigne de son côté son indépendance du système monétaire ottoman et ne garde plus de celui-ci que les mots de " livres " et de " piastres " qui désignent ses unités et sous-unités. Mohammed Ali Pacha, fort de son expansionnisme et de la volonté de modernisation de l'économie et de la société, développe considérablement l'Egypte de 1805 à 1848. Ses successeurs suivent son exemple, mais, cette même stratégie s'avère coûteuse et mène le pays à la banqueroute. En 1875, l'Angleterre rachète pour 4 millions de livres ses actions du canal de Suez. L'année suivante, les finances du pays passent sous contrôle franco-britannique par l'intermédiaire de la Caisse de la dette publique… et subissent le même sort financier que celles de son précédent tuteur.

L'histoire du système monétaire libanais ressemble à celle de son presque voisin. Mais c'est fin 1918, au débarquement de la Division navale du Levant dans le port de Beyrouth que le Liban se dégage de la domination ottomane. Pour subir celle des forces alliées franco-britanniques. Seul court alors au Liban le papier-monnaie à cours forcé émis par le Trésor turc avec une pseudo-garantie de l'Allemagne. L'Angleterre choisit de ne pas directement mettre en circulation la livre sterling. Elle décide plutôt d'imposer le billet de la Banque Nationale d'Egypte : une décision appliquée par l'Autorité française à laquelle le Général Allenby laisse l'administration du Liban.

La monnaie égyptienne est alors basée à la fixation des cours des autres monnaies. La National Bank of Egypt existe depuis 1898, mais il n'y a pas de cours légal et 50 % des billets émis sont couverts par l'or, les pièces métalliques en circulation, étrangères. Le système est complexe car la valeur des différentes monnaies n'est pas fixée à partir de leur teneur or respective. Ce qui génère des désavantages entre elles, et toutes, par rapport aux pièces égyptiennes. Les plus désavantagées disparaissent : ce sont les livres turques et napoléoniennes, ces dernières datant de l'expédition de Bonaparte en Egypte en 1798. Quant aux livres sterling, elles sont maintenues jusqu'à la guerre de 1914. Une guerre dont la menace provoque déjà une ruée vers l'or. La banque égyptienne doit émettre, mais sans plus de couverture or, de plus en plus de billets. Le Gouvernement égyptien l'autorise alors à considérer comme de l'or les bons du Trésor britannique qui ne peut plus fournir la précieuse valeur. L'opposition de la population est telle qu'un arrêté prévoit des sanctions d'emprisonnement d'un jour à six mois et d'une amende pour la taire.

En 1919, conséquence des accords de Sikes-Picot, le général Gouraud est nommé haut commissaire de la République française en Syrie et commandant en chef de l'armée du Levant. La France, en pleine instabilité sous le ministère Herriot, emprunte au pays occupé contre des francs portés à son crédit. Et la livre syrienne, devenue libano-syrienne en 1924, est française "sous un faux nom" et donc, comme la monnaie mandataire, calculée d'après le cours du dollar américain. Il faudra attendre 1943 et 1944, dates de l'indépendance du Liban et de la Syrie pour que les deux pays basculent dans le bloc sterling, et que Beyrouth devienne une place financière internationale.•

Florence Carrique-Allaire


La livre (=100 piastres) est référée au franc français.