QUOI
?
Unité
monétaire courante dans la zone dite " zone sterling ", en référence
à la monnaie anglaise.
OÙ
?
Dans
le monde arabe, l'Egypte, le Liban, la Syrie ont aujourd'hui encore
recours à cette monnaie.
QUI
?
Les principaux
protagonistes de l'élaboration des systèmes monétaires de ces
deux pays sont, directement ou indirectement, la Turquie, l'Angleterre,
l'Egypte, la France et les Etats-Unis.
QUAND
?
A l'intégration
de l'Egypte au sein de l'Empire ottoman, et à l'application des
accords Sikes-Picot de 1919 qui signent le partage de l'Empire
Ottoman entre l'Angleterre et la France pour le Liban.
POURQUOI
?
Le
contrôle de la monnaie d'un pays est un enjeu qui permet de subtils
positionnements stratégiques.
Livres
livrées et délivrées
D'une tutelle monétaire à
l'autre, l'Egypte et le Liban subissent les appétits européens
du milieu du XIXè au début du XXe siècle.
Dans le journal turc " Hurriyet " du 17août 1868, on lit : " Les
revenus de l'Etat se divisent en trois parties : la première passe
aux mains des voleurs, la seconde est engloutie dans les dépenses
inutiles et seule la troisième est utilisée à bon escient. … Le
surendettement rouille les gongs de la Sublime Porte, ainsi que
son affaiblissement politique. L'Egypte, une de ses provinces,
soigne de son côté son indépendance du système monétaire ottoman
et ne garde plus de celui-ci que les mots de " livres " et de
" piastres " qui désignent ses unités et sous-unités. Mohammed
Ali Pacha, fort de son expansionnisme et de la volonté de modernisation
de l'économie et de la société, développe considérablement l'Egypte
de 1805 à 1848. Ses successeurs suivent son exemple, mais, cette
même stratégie s'avère coûteuse et mène le pays à la banqueroute.
En 1875, l'Angleterre rachète pour 4 millions de livres ses actions
du canal de Suez. L'année suivante, les finances du pays passent
sous contrôle franco-britannique par l'intermédiaire de la Caisse
de la dette publique… et subissent le même sort financier que
celles de son précédent tuteur.
L'histoire du système monétaire
libanais ressemble à celle de son presque voisin. Mais c'est fin
1918, au débarquement de la Division navale du Levant dans le
port de Beyrouth que le Liban se dégage de la domination ottomane.
Pour subir celle des forces alliées franco-britanniques. Seul
court alors au Liban le papier-monnaie à cours forcé émis par
le Trésor turc avec une pseudo-garantie de l'Allemagne. L'Angleterre
choisit de ne pas directement mettre en circulation la livre sterling.
Elle décide plutôt d'imposer le billet de la Banque Nationale
d'Egypte : une décision appliquée par l'Autorité française à laquelle
le Général Allenby laisse l'administration du Liban.
La monnaie égyptienne est
alors basée à la fixation des cours des autres monnaies. La National
Bank of Egypt existe depuis 1898, mais il n'y a pas de cours légal
et 50 % des billets émis sont couverts par l'or, les pièces métalliques
en circulation, étrangères. Le système est complexe car la valeur
des différentes monnaies n'est pas fixée à partir de leur teneur
or respective. Ce qui génère des désavantages entre elles, et
toutes, par rapport aux pièces égyptiennes. Les plus désavantagées
disparaissent : ce sont les livres turques et napoléoniennes,
ces dernières datant de l'expédition de Bonaparte en Egypte en
1798. Quant aux livres sterling, elles sont maintenues jusqu'à
la guerre de 1914. Une guerre dont la menace provoque déjà une
ruée vers l'or. La banque égyptienne doit émettre, mais sans plus
de couverture or, de plus en plus de billets. Le Gouvernement
égyptien l'autorise alors à considérer comme de l'or les bons
du Trésor britannique qui ne peut plus fournir la précieuse valeur.
L'opposition de la population est telle qu'un arrêté prévoit des
sanctions d'emprisonnement d'un jour à six mois et d'une amende
pour la taire.
En 1919, conséquence des accords
de Sikes-Picot, le général Gouraud est nommé haut commissaire
de la République française en Syrie et commandant en chef de l'armée
du Levant. La France, en pleine instabilité sous le ministère
Herriot, emprunte au pays occupé contre des francs portés à son
crédit. Et la livre syrienne, devenue libano-syrienne en 1924,
est française "sous un faux nom" et donc, comme la monnaie mandataire,
calculée d'après le cours du dollar américain. Il faudra attendre
1943 et 1944, dates de l'indépendance du Liban et de la Syrie
pour que les deux pays basculent dans le bloc sterling, et que
Beyrouth devienne une place financière internationale.
Florence
Carrique-Allaire
La livre (=100 piastres) est référée au franc français.