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QUI?
Dans la
mythologie grecque, fils de Dédale et de Naucrate. Muni d'ailes
de plumes et de cire par son père, Icare se tua à cause de son
imprudence et son impudence à trop s'approcher du soleil.
QUAND?
C'est le Latin Ovide (43 av. J.-C. à 18 apr. J.-C.) qui raconte
le mythe d'Icare dans Les Métamorphoses.
OÙ?
L'action
se passe sur l'île de Crête dont Icare et Dédale s'échappent après
avoir été enfermés par le roi Minos dans le labyrinthe du monstrueux
Minotaure. Le mythe dit qu'Icare tomba dans la mer qui aujourd'hui
porte son nom, entre les Cyclades et l'Asie Mineure.
COMMENT?
Par
extension on parle du " complexe" complexe de l'homme qui ne peut
voler comme l'oiseau et donc s'élever au rang des dieux. Le mythe
d'Icare est un avertissement contre l'orgueil humain.
Le complexe d'Icare
Toute l'histoire d'Icare découle
de celle de son père. Dédale était un artisan athénien (mythique)
dont le nom signifiait " l'ingénieux" . Il était célèbre pour
ses nombreuses oeuvres et inventions. Il passait pour avoir sculpté
de nombreuses statues de bois, dont quelques-unes avaient des
yeux et des bras mobiles et pouvaient marcher. Mais son invention
la plus étrange fut un simulacre de vache dans laquelle la reine
Pasiphaé, femme du roi de Crête Minos, se cacha pour assouvir
sa passion pour un taureau. Le taureau fut trompé par l'imitation,
et Pasiphaé conçut le Minotaure, qui était moitié homme, moitié
taureau. Minos, honteux de l'existence de ce monstre, décida de
le cacher et demanda à Dédale de construire le Labyrinthe, enchevêtrement
souterrain de tunnels et de couloirs et qui n'avait qu'une seule
entrée. L'ensemble avait été conçu de telle sorte que quiconque
y pénétrait n'en pouvait ressortir.
Le Minotaure fut installé
au centre. Il était nourri de chair humaine; pour cela, les Athéniens,
que Minos avait battus à la guerre, devaient envoyer chaque année
ou tous les neuf ans, selon les sources, un tribut de sept jeunes
hommes et sept jeunes filles, qui étaient jetés un à un dans le
labyrinthe pour servir de pâture au monstre. Thésée, héros de
la Grèce antique, réussit à tuer le Minotaure et à sortir du Labyrinthe
grâce au " fil d'Ariane ", la fille de Minos. Amoureuse du jeune
homme, elle lui fournit une pelote de fil grâce à la complicité
de Dédale. Quand Minos découvrit la trahison de son artisan, il
l'enferma dans le Labyrinthe avec son jeune fils Icare et les
garda emprisonnés.
Le Latin Ovide (43 av. J.-C.
- 18 apr. J.-C.) fait alors dire à son héros dans Les Métamorphoses
: " Minos a beau gouverner toute chose, il ne gouverne pas les
airs, le ciel du moins reste ouvert " (VIII, 186 et s.). Dédale
construit donc avec de la cire et des plumes une paire d'ailes
pour Icare et une pour lui-même.
Il conseilla à Icare de ne
voler ni trop haut ni trop bas de peur que, d'une part, la chaleur
du soleil ne fit fondre la cire, et de l'autre, que les embruns
de la mer n'alourdissent pas les plumes. Puis il se lança dans
les airs, suivi de près par Icare.
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"Dédale
et Icare". Charles-Paul Landon |
Ils volèrent vers le
Nord-Est, laissant derrière eux Paros, Samos et Délos ; mais lorsqu'ils
atteignirent le détroit qui sépare les Sporades de la côte ionienne
de l'Asie Mineure, Icare désobéit à son père et grisé par sa nouvelle
puissance s'éleva vers le soleil. Comme il s'approchait du soleil,
la cire de ses ailes fondit, et il fut précipité dans la mer qui
porte désormais son nom. Dédale voyant le corps d'Icare atterrit
sur l'île qui porte depuis le nom d'Ikaria, retira le corps de
la mer et l'ensevelit.
Le mythe raconte qu'une perdrix
fut le témoin plein de joie du chagrin de Dédale. Elle symbolise
en fait le neveu de Dédale, Talos, assassiné par son oncle, jaloux
de son talent comme artisan. Dédale l'avait jeté du haut de l'Acropole
mais la déesse Athéna, qui l'aimait pour son habileté, le vit
tomber et le transforma en perdrix. La chute d'Icare évoque donc
aussi celle de son cousin Talos. Mais Icare ne se transforme pas
en oiseau, c'est " l'héritier raté " qui ne montre aucun talent
contrairement à son infortuné mais ingénieux cousin.
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"La
Chute d'Icare" par Carlo SARACENI (1585-1620)
Musée Gallerie Nazionali di Capodimonte,
Naples.
©
Alinari/Giraudon
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La fuite de Dédale et Icare
de Crête ne s'est peut-être pas passée comme le mythe d'Ovide nous
le décrit. Selon une autre légende, la reine Pasiphaé libéra Dédale
du labyrinthe. Puis, après avoir construit un navire et inventé
la première voile pour le faire avancer, Dédale s'embarqua sur le
vaisseau avec Icare et s'enfuit de l'île. Mais, ne sachant pas manœuvrer,
Icare fait chavirer le vaisseau. À nouveau le manque d'expérience
et d'habilité d'Icare transparaissent (à opposer au génie de son
cousin Talos). Icare coule et le courant emporte son corps vers
l'île qui s'appelle désormais Ikaria, au large de Samos. Selon cette
légende, c'est Héraclès (ou Hercule dans la mythologie romaine)
qui trouve le corps, le reconnaît et l'enterre.
L'Homme a toujours eu ce désir
d'imiter les oiseaux ; il a observé leurs évolutions aériennes pour
en découvrir le secret. Puis, il a recréé artificiellement leur
vol. Icare est la figure symbolique de l'aspiration des hommes à
s'élever comme les oiseaux dans les airs, à s'y déplacer sans souffrir
de la pesanteur, à s'affranchir des liens terrestres... Il est aussi
par-là, un avertissement contre l'orgueil humain. Pour les Grecs,
il fut la personnification de l'imprudence, de l'ivresse de la découverte,
de la démesure, alliées à la désobéissance aux ordres de son père.
Mais, il est aussi le symbole de la témérité et du courage.
Les premiers chrétiens y ont
vu l'image de l'âme qui tend à s'élever vers les cieux. Dans l'art
et la littérature, il symbolise l'audace et la soif humaine de s'élever
dans les airs. De nombreux précurseurs de l'aviation furent comparés
à ce personnage mythique comme le pilote de guerre Antoine de Saint-Exupéry,
auteur du Petit Prince, qui s'écrasa en mer en 1944. L'Athénien
Platon (428-347 av. J.-C.) écrit dans Phèdre que les ailes ont la
force de "soulever le corps au-dessus de la terre et de le conduire
là où se tient la race des dieux". Hermès, le messager des dieux
et le dieu des voyageurs est d'ailleurs représenté avec des petites
ailes aux talons...
Dans la Bible, les ailes sont
le symbole de la spiritualité ; quand on voit un oiseau, il s'agit
la plupart du temps de la colombe symbolisant l'Esprit Saint. "
Avoir des ailes " c'est se sentir une énergie extraordinaire, pouvoir
quitter le terrestre pour le céleste. Mais attention, la chute est
rude comme nous l'apprend le mythe d'Icare !
Markus SCHILDER
Ce
magnifique poème de Georges Brassens (1921-1981) dans Poèmes
et chansons (1973) illustre bien ce " complexe d'Icare" :
Le
vingt-deux septembre
Un
vingt-e (1) -deux septembre au diable vous partîtes,
Et, depuis, chaque année, à la date susdite,
Je mouillais mon mouchoir en souvenir de vous...
Or, nous y revoilà, mais je reste de pierre,
Plus une seule larme à me mettre aux paupières :
Le vingt-e-deux septembre, aujourd'hui, je m'en fous.
On
ne reverra plus, au temps des feuilles mortes,
Cette âme en peine qui me ressemble et qui porte
Le deuil de chaque feuille en souvenir de vous...
Que le brave Prévert et ses escargots veuillent
Bien se passer de moi pour enterrer les feuilles (2) :
Le vingt-e-deux septembre, aujourd'hui, je m'en fous.
Jadis,
ouvrant mes bras comme une paire d'ailes,
Je montais jusqu'au ciel pour suivre l'hirondelle
Et me rompais les os en souvenir de vous...
Le complexe d'Icare (3) à présent m'abandonne,
L'hirondelle en partant ne fera plus l'automne :
Le vingt-e-deux septembre, aujourd'hui, je m'en fous.
Pieusement
noué d'un bout de vos dentelles,
J'avais, sur ma fenêtre, un bouquet d'immortelles
Que j'arrosais de pleurs en souvenir de vous...
Je m'en vais les offrir au premier mort qui passe,
Les regrets éternels à présent me dépassent :
Le vingt-e-deux septembre, aujourd'hui, je m'en fous.
Désormais,
le petit bout de cœur qui me reste
Ne traversera plus l'équinoxe funeste
En battant la breloque (4) en souvenir de vous...
Il a craché sa flamme et ses cendres s'éteignent,
À peine y pourrait-on rôtir quatre châtaignes :
Le vingt-e-deux septembre, aujourd'hui, je m'en fous.
Et
c'est triste de n'être plus triste sans vous.
Georges
Brassens
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