QUI?
Le
terme 'hellénistique' a été créé par le grand historien
allemand Johann Droysen, à partir du mot 'Hellène',
le nom que se donnaient les anciens Grecs. Ce terme délimite une
importante période de l'Antiquité.
QUAND?
La
civilisation hellénistique commence à la mort d'Alexandre
le Grand, en 323 av. J.-C., et se termine trente ans avant Jésus
Christ par la conquête de l'Egypte par Rome.
OÙ?
Cette
civilisation se propage en Asie mineure, en Grèce, dans l'actuel
Turquie, en Syrie, au Liban ou encore en Egypte et en Sicile.
COMMENT?
Cette
civilisation se définit par les voyages, le commerce, le brassage
de nombreuses populations de différentes langues et mentalités,
et également par ses inventions, autant dans le domaine artistique
que scientifique.
L'arrivée
des barbares
A la mort d'Alexandre le Grand,
c'est un territoire immense qui est laissé en pâture à ses successeurs.
Alexandre, par ses conquêtes en Asie mineure, en Perse et jusqu'aux
Indes, montre que l'univers est infiniment plus vaste que ne l'imaginaient
les hommes de son temps. Le monde grec est jusqu'à présent composé
de Grecs et de Macédoniens. Ce monde est dit 'civilisé', par opposition
à l'autre, celui qui est hors des frontières de la Grèce, et qu'on
appelle le monde barbare.
Et voilà que les Barbares sont là ! Ils arrivent du Moyen-Orient
ou encore d'Egypte et de la Sicile, d'un peu partout. Ils arrivent
avec leurs moeurs, leurs langues, leurs religions, et voilà qu'un
monde nouveau apparaît, qui va durer trois siècles et que les
historiens de l'antiquité appelleront l'époque hellénistique.
Cette civilisation fait la transition entre la Grèce classique
et le règne de Rome. Avec elle commence une tout autre aventure,
aussi bien sur le plan politique, économique, scientifique qu'artistique.
Les premières conséquences sont politiques. La Grèce légendaire
a perdu trop tôt son génie en la personne d'Alexandre le Grand.
Avec l'arrivée des Barbares, elle perd également son unité. Athènes,
sa capitale incontestée, n'est plus la reine du monde; elle devient
une cité comme les autres. La démocratie athénienne meurt avec
son fondateur, et de cette disparition, naissent une mosaïque
de petits royaumes. Ils s'appellent royaumes de Pergame, d'Arménie
ou de Sicile. A coté, poussent des cités libres telles que Corinthe,
Rhodes ou Alexandrie.
Puis, l'Etat perd son honneur. Le pouvoir impérial et divin d'Alexandre
est remplacé par des rois qui instituent le culte personnel du
souverain et fondent des dynasties héréditaires. La plus célèbre
est celle des Ptolémées. Un nouveau culte apparaît, fondé sur
une sorte de clientélisme. Cette nouvelle forme de souveraineté
signe la mort de la religion 'civique' traditionnelle qui sous-tendait
les rapports entre Alexandre et ses sujets. Par ailleurs, les
armées des royaumes disparaissent presque toutes. Des mercenaires
se battent au service des mieux payants. Un nouveau monde émerge.
Le commerce maritime et terrestre se développe et devient un motif
de rencontres entre Grecs et Barbares. La particularité du monde
hellénistique est d'avoir créé de nouvelles routes. De petits
territoires sont dotés d'une agriculture variée - olives, blé,
huile, vin - et d'un artisanat sophistiqué. On y travaille les
métaux et l'argile pour la fabrication de poteries; les centres
de céramiques sont nombreux. Les routes sont ouvertes, et caravanes
et bateaux partent de Rhodes ou d'Alexandrie pour filer vers l'Italie,
Carthage ou la Sicile. On bat la monnaie, dont la plus célèbre
est le 'tétradrachme' des Ptolémées d'Egypte. Des banques s'ouvrent
et on parle même d'inflation. Dans ce monde, le commerçant est
roi. Il troque, négocie, vend et achète, créant ainsi de la richesse,
mais aussi de la pauvreté. Si le monde hellénistique invente avant
la lettre le marché mondial et le capitalisme, il invente également
les 'bourgeois' et les 'exclus'.
La richesse entraîne de nouveaux comportements. Au cours de ces
trois siècles, bien des transformations auront lieu. L'homme est
la première d'entre elles. Avant la mort d'Alexandre, cet 'homme'
est prisonnier des institutions de la cité athénienne. L'homme
hellénistique devient plus libre, presque individualiste.
Ce sont des juifs, des Romains, des Egyptiens ou des Babyloniens.
Nous sommes au IIe siècle avant notre ère, et chacune de ces entités
culturelles apporte son expérience, sa religion et sa philosophie
Les juifs introduisent le Dieu unique. La Bible est traduite en
grec. Les Romains apportent le 'stoïcisme'. Sous l'influence de
cette philosophie, l'homme hellénistique se convertit au culte
de la sagesse et à la quête du bonheur, dont le maître est Épicure,
adepte la modération en toute chose. Cette période a aussi son
grand poète latin, Lucrèce, auteur de l'un des plus beaux textes
de l'antiquité, De la nature des choses. Elle a son grand historien,
Polybe ; elle a ses temples, ses portiques royaux, ses fresques,
sa peinture alexandrine si raffinée, ses papyrus et ses poteries
classiques... C'est l'époque des découvertes universelles dans
le domaine des mathématiques, avec Euclide et sa géométrie; les
astronomes, enfin, prouvent que la terre tourne autour du soleil
et découvrent la précession des équinoxes.
La civilisation hellénistique est donc bien plus qu'une époque
de transition entre la Grèce classique d'Alexandre et la Rome
de César. La bataille d'Actium en 31 avant J.-C. signe la chute
d'un monde contre Rome. C'est la fin d'une histoire baignée de
lumière grecque et orientale... Le beau crépuscule de la Grèce
antique.