CIVILISATION HELLENISTIQUE

 

 

 

REFERENCES

• Pierre Cabanes, Le monde hellénistique de la mort d'Alexandre à la paix d'Apamée, éd. Seuil, 1995


• Arnoldo Momigliano, Sagesses barbares, éd. Folio Gallimard, 1976


• Joseph Brodsky, Loin de Byzance, éd. Fayard, 1988

QUI?

Le terme 'hellénistique' a été créé par le grand historien allemand Johann Droysen, à partir du mot 'Hellène', le nom que se donnaient les anciens Grecs. Ce terme délimite une importante période de l'Antiquité.

QUAND?

La civilisation hellénistique commence à la mort d'Alexandre le Grand, en 323 av. J.-C., et se termine trente ans avant Jésus Christ par la conquête de l'Egypte par Rome.

OÙ?

Cette civilisation se propage en Asie mineure, en Grèce, dans l'actuel Turquie, en Syrie, au Liban ou encore en Egypte et en Sicile.

COMMENT?

Cette civilisation se définit par les voyages, le commerce, le brassage de nombreuses populations de différentes langues et mentalités, et également par ses inventions, autant dans le domaine artistique que scientifique.

L'arrivée des barbares

A la mort d'Alexandre le Grand, c'est un territoire immense qui est laissé en pâture à ses successeurs. Alexandre, par ses conquêtes en Asie mineure, en Perse et jusqu'aux Indes, montre que l'univers est infiniment plus vaste que ne l'imaginaient les hommes de son temps. Le monde grec est jusqu'à présent composé de Grecs et de Macédoniens. Ce monde est dit 'civilisé', par opposition à l'autre, celui qui est hors des frontières de la Grèce, et qu'on appelle le monde barbare.

Et voilà que les Barbares sont là ! Ils arrivent du Moyen-Orient ou encore d'Egypte et de la Sicile, d'un peu partout. Ils arrivent avec leurs moeurs, leurs langues, leurs religions, et voilà qu'un monde nouveau apparaît, qui va durer trois siècles et que les historiens de l'antiquité appelleront l'époque hellénistique. Cette civilisation fait la transition entre la Grèce classique et le règne de Rome. Avec elle commence une tout autre aventure, aussi bien sur le plan politique, économique, scientifique qu'artistique.

Les premières conséquences sont politiques. La Grèce légendaire a perdu trop tôt son génie en la personne d'Alexandre le Grand. Avec l'arrivée des Barbares, elle perd également son unité. Athènes, sa capitale incontestée, n'est plus la reine du monde; elle devient une cité comme les autres. La démocratie athénienne meurt avec son fondateur, et de cette disparition, naissent une mosaïque de petits royaumes. Ils s'appellent royaumes de Pergame, d'Arménie ou de Sicile. A coté, poussent des cités libres telles que Corinthe, Rhodes ou Alexandrie.

Puis, l'Etat perd son honneur. Le pouvoir impérial et divin d'Alexandre est remplacé par des rois qui instituent le culte personnel du souverain et fondent des dynasties héréditaires. La plus célèbre est celle des Ptolémées. Un nouveau culte apparaît, fondé sur une sorte de clientélisme. Cette nouvelle forme de souveraineté signe la mort de la religion 'civique' traditionnelle qui sous-tendait les rapports entre Alexandre et ses sujets. Par ailleurs, les armées des royaumes disparaissent presque toutes. Des mercenaires se battent au service des mieux payants. Un nouveau monde émerge.

Le commerce maritime et terrestre se développe et devient un motif de rencontres entre Grecs et Barbares. La particularité du monde hellénistique est d'avoir créé de nouvelles routes. De petits territoires sont dotés d'une agriculture variée - olives, blé, huile, vin - et d'un artisanat sophistiqué. On y travaille les métaux et l'argile pour la fabrication de poteries; les centres de céramiques sont nombreux. Les routes sont ouvertes, et caravanes et bateaux partent de Rhodes ou d'Alexandrie pour filer vers l'Italie, Carthage ou la Sicile. On bat la monnaie, dont la plus célèbre est le 'tétradrachme' des Ptolémées d'Egypte. Des banques s'ouvrent et on parle même d'inflation. Dans ce monde, le commerçant est roi. Il troque, négocie, vend et achète, créant ainsi de la richesse, mais aussi de la pauvreté. Si le monde hellénistique invente avant la lettre le marché mondial et le capitalisme, il invente également les 'bourgeois' et les 'exclus'.

La richesse entraîne de nouveaux comportements. Au cours de ces trois siècles, bien des transformations auront lieu. L'homme est la première d'entre elles. Avant la mort d'Alexandre, cet 'homme' est prisonnier des institutions de la cité athénienne. L'homme hellénistique devient plus libre, presque individualiste.

Ce sont des juifs, des Romains, des Egyptiens ou des Babyloniens. Nous sommes au IIe siècle avant notre ère, et chacune de ces entités culturelles apporte son expérience, sa religion et sa philosophie Les juifs introduisent le Dieu unique. La Bible est traduite en grec. Les Romains apportent le 'stoïcisme'. Sous l'influence de cette philosophie, l'homme hellénistique se convertit au culte de la sagesse et à la quête du bonheur, dont le maître est Épicure, adepte la modération en toute chose. Cette période a aussi son grand poète latin, Lucrèce, auteur de l'un des plus beaux textes de l'antiquité, De la nature des choses. Elle a son grand historien, Polybe ; elle a ses temples, ses portiques royaux, ses fresques, sa peinture alexandrine si raffinée, ses papyrus et ses poteries classiques... C'est l'époque des découvertes universelles dans le domaine des mathématiques, avec Euclide et sa géométrie; les astronomes, enfin, prouvent que la terre tourne autour du soleil et découvrent la précession des équinoxes.

La civilisation hellénistique est donc bien plus qu'une époque de transition entre la Grèce classique d'Alexandre et la Rome de César. La bataille d'Actium en 31 avant J.-C. signe la chute d'un monde contre Rome. C'est la fin d'une histoire baignée de lumière grecque et orientale... Le beau crépuscule de la Grèce antique.•

Marc GIANNESINI