REFERENCES:
Encyclopædia
Universalis, l'article Hasard.
Dossier pédagogique :
le jeu de l'amour et du hasard,
Marivaux, Larousse - Classiques.
Le Hasard,
É. Borel, Paris, 1948.
Le Hasard et la vie,
É. Kahane, Cercle parisien de la Ligue française de l'enseignement,
Paris, 1973.
Du hasard aux probabilités, D. Bisson, Institut de recherches
sur l'enseignement des mathématiques, Bordeaux, 1983.
Le Hasard et la nécessité, Essai sur la philosophie naturelle,
Jacques Monod,
Le Seuil.
Chemin de l'aléatoire : Le hasard et le risque dans la société
moderne,
Didier Dacunha Castelle, Flammarion - Hors collection.
De l'univers à nous ou les hasards de la vie,
Robert Clarke,
Le Seuil - Points virgule.
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QUOI?
Événement
fortuit, concours de circonstances inattendu et inexplicable.
Possibilité qu'un événement se produise ou non.
QUAND?
On
parle de hasard à chaque fois qu'un événement ou une coïncidence
revêt un caractère inattendu et inexplicable.
COMMENT?
Le
hasard appartient à l'expérience courante de la vie, qui
nous fait éprouver le caractère imprévu ou inattendu d'événements
ou de coïncidences.
A
l'origine du hasard, un jeu...
"Dieu ne joue pas aux dés".
Cette formule utilisée par Albert Einstein, le célèbre théoricien
de la relativité générale, pour illustrer sa théorie excluant
le hasard de l'organisation de l'univers, ne colle pas très bien
à l'expérience qu'ont les gens de la vie courante. Pour le commun
des mortels, le hasard se manifeste partout. Dans la rencontre
d'un vieille connaissance par hasard dans la rue, dans
un accident de voiture et surtout dans les jeux de hasard.
Et c'est justement d'un jeu que le mot hasard tire son
origine. Il descend indirectement de l'arabe az-zaher (dé
à jouer) et démarre sa carrière à partir du 12e siècle, après
avoir fait un détour par l'espagnol azar . Il désignait
au départ un jeu de dés.
Découvertes, amours, réussites, mais aussi échecs, déceptions
et désastres... On attribue parfois au hasard tout et n'importe
quoi. "Le hasard fait bien les choses", a-t-on l'habitude d'affirmer
lorsque le hasard "intervient" en notre faveur. Et quand on n'est
pas favorisé par le hasard, on clame haut et fort qu'il ne faut
jamais "rien laisser au hasard". Le hasard se mêle de toutes les
manifestations de la vie: de la plus banale (rencontre imprévue)
à la plus sérieuse (notre propre existence sur terre), en passant
par la chute d'une pomme sur la tête du scientifique Newton, un
"hasard" qui, dit-on, l'a mis sur la voie de la découverte de
la pesanteur!
Le hasard désigne d'abord l'imprévisibilité de la vie. Il signifie
également l'incertitude relative aux événements naturels ou non
intentionnels et l'incertitude qui résulte de l'impossibilité
de prévoir la conduite d'autrui. Dans une loterie, le résultat
dépend du mouvement d'une roue; dans un jeu de société, le résultat
dépend de ce que font les joueurs. On peut dire que la majorité
des gens croient au hasard sans y croire vraiment. Ce paradoxe
est illustré surtout par les jeux de hasard (dés, roulette, loterie...),
là où l'habileté n'a aucune part. Les "mordus du jeu" sont souvent
habités par deux sentiments contradictoires: l'un les incite constamment
à croire au gain alors que l'autre leur chuchote à l'oreille qu'ils
ne gagneront jamais.
Le hasard est souvent associé au danger, à l'aventure. Les dérivés
de hasard sont là pour en témoigner: Hasarder, c'est
aventurer, risquer; un acte hasardeux est un acte imprudent,
dangereux... En soulignant notre ignorance, le hasard alimente
notre sentiment d'insécurité et même d'inquiétude ou d'angoisse.
C'est pourquoi, là où les lois du hasard, c'est-à-dire
l'absence de lois, se manifestent le plus, on fait appel au calcul
des probabilités. Né de l'étude des jeux de hasard, le calcul
des probabilités peut servir à limiter les angoisses de l'imprévu.
Tout comme la science et... l'astrologie.
LE HASARD
ET LA NECESSITE
Mythes et religions associent
les incertitudes de la destinée humaine à des interventions surnaturelles.
Les sociétés archaïques ont crû maîtriser leurs incertitudes face
aux mystères de l'existence par la sacralisation: les jeux de
hasard y jouaient un rôle important et y entretenaient en même
temps les croyances magico-religieuses. Pour l'esprit religieux,
le hasard assumerait le rôle d'une providence ou d'une finalité
omnisciente. Si un quelconque événement est considéré comme étant
le fruit du hasard, c'est parce que notre système de pensée
lié à notre condition humaine est impuissant devant les mystères
de la Création.
La philosophie, de son côté, s'est interrogée très tôt sur l'origine
de la vie: est-elle apparue par hasard ou suite à un événement
extraordinaire? Le poète français André Breton évoque, pour sa
part, le "hasard objectif", celui qui apparaît comme signe d'une
finalité mystérieuse, la marque d'un rapport dont nous ne sommes
pas les créateurs. Il est porteur d'un sens inexplicable par des
raisons naturelles.
La musique contemporaine, surtout le jazz, a donné sa part à l'improvisation
et au hasard dans la conception et l'interprétation d'une composition,
bousculant ainsi l'écriture musicale "classique" parfaitement
quadrillée. Plus largement, l'art contemporain a vu naître un
peu partout des oeuvres inachevées et précaires (collages, assemblages
hétéroclites...) dont la conception intègre une part d'improvisation
et de hasard.
Pour l'esprit scientifique stricto sensu, le hasard n'existe
pas et tout phénomène a (ou devrait avoir) sa cause. Il rejoint
en cela l'esprit religieux. Dans cette perspective, le hasard
ne peut que régresser au fur et à mesure que la science avance.
Mais il n'en est pas ainsi de toutes les branches de la science.
Si la théorie d'Einstein visant à mettre au jour les grandes structures
de l'univers élimine entièrement le hasard, la physique quantique
(qui s'occupe des structures microscopiques de la matière), elle,
a constaté que le comportement des particules atomiques présente
des irrégularités qui relèveraient du hasard.
Que dire enfin du hasard génétique, sans doute le plus
important de tous pour les "héritiers malgré nous" que nous sommes!
Si la génétique a tendance à exclure le hasard des structures
biologiques du vivant, il n'en reste pas moins que, au moment
de la fécondation, l'ovule, assaillie par des millions de spermatozoïdes,
ne se laisse finalement approcher que par un seul et au hasard.
C'est peut-être dans ce "sperme hasardeux" que se regroupent toutes
les questions liées aux rapports complexes et tumultueux entre
l'inné et l'acquis, le matériel et le spirituel. La question reste
néanmoins posée: le hasard fait-il partie des mécanismes de la
vie ou serait-il tout simplement l'expression de nos ignorances?
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