QUOI?
Le
hammam est désigné comme 'bain maure' ou 'bain turc' par les occidentaux.
QUAND?
Les
plus anciens hammams datent du Xe siècle, mais la grande période
est la période islamique des Omeyyades (XIIe et XIIIe siècles).
OÙ?
Les
musulmans et autres habitants de la Méditerranée et de l'Orient
aiment à se prélasser dans leurs hammams.
COMMENT?
Le
hammam est équipement collectif destiné à l'hygiène du plus
grand nombre. Il permet d'effectuer l'acte de purification.
Hammam
L'ancêtre romain du hammam,
les thermes, avait été interdit par l'église chrétienne. Le hammam,
dit 'bain maure' ou 'bain turc', subit le même sort à son arrivée
en Occident au XIIIe siècle, avec les croisés. Ce cadre de volupté
de civilisations 'impies' avait tout pour être suspect : la fermeté
des principes moraux, plongée dans ses bains de vapeur successifs
pouvait bien s'attendrir, la proximité des corps générer des relations
troubles ou de mauvaises idées et le lieu, être favorable à la
propagation des maladies. Le paradoxe est qu'il fut contesté un
temps par ses propres clercs sur les terres d'islam où il vit
le jour, vers le Xe siècle, pour les mêmes raisons. Et les croyances
populaires en feront le terrain des djinns.
Mais ces arguments se renversent bientôt, et une multiplication
de ces équipements a cours sous les Omeyyades (XIIe et XIIIe siècles)
: dans les châteaux princiers du désert syrien, dans les citadelles,
dans les demeures praticiennes urbaines et en ville ou dans les
villages où ils sont publics. Le hammam devient alors le lieu
privilégié des grandes ablutions du musulman (wudu') avant
sa ???, de l'accès à l'hygiène et à une pratique favorable à la
guérison des rhumatismes pour tous (on parle du 'médecin muet'),
enfin, comme lieu de sociabilité semblable au souk ou au café.
Le bâtiment ne paie pas de mine : situé nécessairement près d'arrivées
d'eau abondante, au coeur des lieux d'activités ou sur les grands
axes pour les étrangers de passage, il est doté d'une façade sans
ouverture pour éviter que la chaleur ne s'en échappe. Tout au
plus, un voile sur la porte d'entrée signale le jour réservé aux
femmes et à leur personnel féminin pour les petits équipements
qui pratiquent l'alternance des clientèles. Il comporte différentes
pièces, en enfilade ou rayonnantes sous les mamelouks du Caire:
l'une froide, pour se déshabiller ; une autre tiède, pour s'accoutumer
à l'atmosphère ; et enfin une pièce chaude, pour transpirer et
se reposer Cette dernière était une salle de réception des princes
Omeyyades, et depuis, le lieu où l'on propose des rafraîchissements.
Le hammam, au sol de pierre, de marbre ou de faïences, est dépourvu
de mobilier, mis à part de petits bancs pour faciliter la toilette
et des matelas surélevés en fin de parcours. L'éclairage naturel
est assuré par des culs-de-bouteille incrustés dans les voûtes
ou les coupoles.
Le lieu reste très accueillant : le (ou la ) mo'allem(a),
maître(-sse) des lieux, reçoit les clients ; garde dans un coffre
les objets précieux ou les bijoux que certaines belles ne manquent
pas d'exhiber. Puis il délègue à un employé spécialisé la remise
de serviettes (une pour la taille, une pour les épaules), de petites
cuvettes et de sandales de bois ou en ... plastique. A charge
pour le client d'apporter son savon, shampoing ou tfal
(argile servant de lotion pour les cheveux ou d'émulsifiant pour
le corps), kîs (gant de crin, de coton ou de laine), lifa
(fibre végétale pour se frictionner), brosse, miroir, crème ou
parfum... Plus tard, et en fonction du budget du client, intervient
le (la) masseur(-se). Le maître de chauffe, acteur essentiel,
reste invisible. Jusqu'au XIIIe siècle, le chauffage est assuré
par des tuyaux de poterie d'eau chaude encastrés dans le sol ou
les murs, puis par une conduite de cheminée : les pièces centrales
suivent son axe.
On passe communément plusieurs heures au hammam et on y échange
différents produits, services et menus propos. Les femmes s'y
épilent, s'y posent du henné et les hommes s'y rasent -des activités
sans nuisance pour la propreté des lieux, un système d'eau courante
au sol assurant son nettoyage immédiat.
C'est aussi le lieu de multiples rituels de passage et de codification
de la sexualité. La future maman s'y met en condition pour faciliter
son accouchement et revient s'y purifier 40 jours après la naissance
de son enfant. Le garçon y passe avant sa circoncision et les
mariés doivent venir trois fois : avant le mariage, pour la cérémonie
du henné et pour s'y purifier le mariage consommé. Mais, bien
sûr, on ne se mélange jamais entre hommes et femmes.
Florence
CARRIQUE-ALLAIRE