HAMMAM

 

 

 

 

REFERENCES

'Les Maghrébins et la culture du corps', Cahiers de la Méditerranée n°32, Centre de la Méditerranée moderne et contemporaine, juin 1986


'Espace et formes de l'Orient arabe, Alep/Caire/Damas',
Cahier de la recherche architecturale
, n°10-11,
avril 1982


Alain Amal, L'Islam et la culture médicale, éditions du Centre National de la Documentation, 1979


Encyclopédie de l'Islam

QUOI?

Le hammam est désigné comme 'bain maure' ou 'bain turc' par les occidentaux.

QUAND?

Les plus anciens hammams datent du Xe siècle, mais la grande période est la période islamique des Omeyyades (XIIe et XIIIe siècles).

OÙ?

Les musulmans et autres habitants de la Méditerranée et de l'Orient aiment à se prélasser dans leurs hammams.

COMMENT?

Le hammam est équipement collectif destiné à l'hygiène du plus grand nombre. Il permet d'effectuer l'acte de purification.



Hammam

L'ancêtre romain du hammam, les thermes, avait été interdit par l'église chrétienne. Le hammam, dit 'bain maure' ou 'bain turc', subit le même sort à son arrivée en Occident au XIIIe siècle, avec les croisés. Ce cadre de volupté de civilisations 'impies' avait tout pour être suspect : la fermeté des principes moraux, plongée dans ses bains de vapeur successifs pouvait bien s'attendrir, la proximité des corps générer des relations troubles ou de mauvaises idées et le lieu, être favorable à la propagation des maladies. Le paradoxe est qu'il fut contesté un temps par ses propres clercs sur les terres d'islam où il vit le jour, vers le Xe siècle, pour les mêmes raisons. Et les croyances populaires en feront le terrain des djinns.

Mais ces arguments se renversent bientôt, et une multiplication de ces équipements a cours sous les Omeyyades (XIIe et XIIIe siècles) : dans les châteaux princiers du désert syrien, dans les citadelles, dans les demeures praticiennes urbaines et en ville ou dans les villages où ils sont publics. Le hammam devient alors le lieu privilégié des grandes ablutions du musulman (wudu') avant sa ???, de l'accès à l'hygiène et à une pratique favorable à la guérison des rhumatismes pour tous (on parle du 'médecin muet'), enfin, comme lieu de sociabilité semblable au souk ou au café.

Le bâtiment ne paie pas de mine : situé nécessairement près
d'arrivées d'eau abondante, au coeur des lieux d'activités ou sur les grands axes pour les étrangers de passage, il est doté d'une façade sans ouverture pour éviter que la chaleur ne s'en échappe. Tout au plus, un voile sur la porte d'entrée signale le jour réservé aux femmes et à leur personnel féminin pour les petits équipements qui pratiquent l'alternance des clientèles. Il comporte différentes pièces, en enfilade ou rayonnantes sous les mamelouks du Caire: l'une froide, pour se déshabiller ; une autre tiède, pour s'accoutumer à l'atmosphère ; et enfin une pièce chaude, pour transpirer et se reposer Cette dernière était une salle de réception des princes Omeyyades, et depuis, le lieu où l'on propose des rafraîchissements. Le hammam, au sol de pierre, de marbre ou de faïences, est dépourvu de mobilier, mis à part de petits bancs pour faciliter la toilette et des matelas surélevés en fin de parcours. L'éclairage naturel est assuré par des culs-de-bouteille incrustés dans les voûtes ou les coupoles.

Le lieu reste très accueillant : le (ou la ) mo'allem(a), maître(-sse) des lieux, reçoit les clients ; garde dans un coffre les objets précieux ou les bijoux que certaines belles ne manquent pas d'exhiber. Puis il délègue à un employé spécialisé la remise de serviettes (une pour la taille, une pour les épaules), de petites cuvettes et de sandales de bois ou en ... plastique. A charge pour le client d'apporter son savon, shampoing ou tfal (argile servant de lotion pour les cheveux ou d'émulsifiant pour le corps), kîs (gant de crin, de coton ou de laine), lifa (fibre végétale pour se frictionner), brosse, miroir, crème ou parfum... Plus tard, et en fonction du budget du client, intervient le (la) masseur(-se). Le maître de chauffe, acteur essentiel, reste invisible. Jusqu'au XIIIe siècle, le chauffage est assuré par des tuyaux de poterie d'eau chaude encastrés dans le sol ou les murs, puis par une conduite de cheminée : les pièces centrales suivent son axe.

On passe communément plusieurs heures au hammam et on y échange différents produits, services et menus propos. Les femmes s'y épilent, s'y posent du henné et les hommes s'y rasent -des activités sans nuisance pour la propreté des lieux, un système d'eau courante au sol assurant son nettoyage immédiat.

C'est aussi le lieu de multiples rituels de passage et de codification de la sexualité. La future maman s'y met en condition pour faciliter son accouchement et revient s'y purifier 40 jours après la naissance de son enfant. Le garçon y passe avant sa circoncision et les mariés doivent venir trois fois : avant le mariage, pour la cérémonie du henné et pour s'y purifier le mariage consommé. Mais, bien sûr, on ne se mélange jamais entre hommes et femmes.•

Florence CARRIQUE-ALLAIRE