EVENEMENT

 


 

 

QUOI?

L’événement est ce qui advient et se détache du quotidien.

Quand et Où?

Il se passe en un lieu et à un moment donné mais ce n’est pas seulement un « fait ». Il dérange voire change le cours tranquille et habituel de la vie d’un individu ou d’une société.

COMMENT?

Ce n’est pas non plus un « accident » car il peut s’expliquer par un enchaînement de causes et de conditions préalables dont le savant tente de tisser la toile à posteriori...


Pour l’homme et par l’homme

L’homme, relayé par les journalistes et les historiens, est le seul juge de l’importance d’un fait. Il n’y a d’événement que pour l’homme et par l’homme. Un coup d’Etat, une guerre, une naissance, une rencontre, un départ sont des événements parce qu’ils touchent notre sensibilité, notre intelligence si ce n’est notre vie.

Parce que l’événement nous traumatise, nous frappe et, de fait, nous est assené, nous avons toujours voulu le prévoir afin de mieux contrôler ses conséquences. Les journaux sont truffés d’analyses prospectives, de comparaisons, de mises en perspective qui dissèquent l’événement : « Comment en est-on arrivé là ? » « Cela peut-il arriver chez nous ? » « Comment éviter que cela se reproduise ? » Tous les événements ne sont pas inattendus, comme un mariage ou le passage du baccalauréat. Mais ces derniers ne sont pas des événements « accidentels ». C’est de ceux-là dont nous allons parler.

Dans les sociétés archaïques, l’événement est perçu comme une répétition de ce que les dieux ont vécu in illo tempore. On se réfère aux mythes pour expliquer l’inhabituel. L’homme invente la divination et essaye d’échapper à l’oracle. Pharaon ordonne le meurtre de tous les enfants juifs parce que l’oracle l’avertit que l’un d’eux le renversera. Mais un enfant juif, Moïse, est sauvé des eaux du Nil par la propre fille de Pharaon. Le roi ne peut pas lutter contre son destin. Les événements prévus (par les Dieux) sont inéluctables.

Mais ce qui est inéluctable n’est pas imprévisible !

Dans les sociétés modernes, l’angoisse devant à l’incontrôlable et l’irrationnel perdure. La divination est remplacée par des sciences rationnelles, l’histoire et la prospective, qui analysent les événements passés et en déduisent ceux à venir (1). L’histoire veut mettre de l’ordre dans le chaos : elle cherche une logique de succession derrière des événements discontinus. Pas de révolution sans signes avant-coureurs : révoltes, affaiblissement du pouvoir central, économie chancelante, etc. Au fil du temps, le fait divers devient lui aussi un événement, même s’il n’est pas important. Mais il sort du commun et ramène à des interrogations universelles sur la destinée, la mort ou la nature humaine... Ce fait de peu d’importance prend ses lettres de noblesse le jour où la rubrique « Société » remplace celle des faits divers dans les journaux (2). Il devient l’illustration de changements profonds de notre société (portrait du meurtrier chômeur, multiplication des procès de pédophiles, filles mères en dépression, etc.). Le fait divers est théâtralisé et peut nous marquer par son retentissement (mort de Marie Trintignant sous les coups de son amant).

Lorsqu’au 20ème siècle, l’histoire s’accélère, l’angoisse des lendemains est encore plus forte. La science de la prévision connaît un essor important avec le progrès technologique. L’homme se fie aux prévisionnistes comme nos ancêtres aux devins. Météo France est mise en cause parce qu’elle n’a pas prévu la canicule de l’été 2003, responsable de 15.000 morts. Surprise encore quand les instituts de sondages, devenus incontournables, passent à côté du score important de Jean-Marie le Pen et l’éviction du candidat socialiste aux présidentiels d’avril 2002 !

Eviter l’événement à tout prix semble être le leitmotiv de notre société.

Mais l’événement n’est pas uniquement subi. Le temps qui bouge est aussi un temps créateur. L’événement, c’est l’avènement du nouveau et cela peut-être très excitant ! Plus question d’uniformité ni de répétition. Fini la grisaille du quotidien et la monotonie. On savoure l’événement. Chacun de nous se souvient ce qu’il faisait le 9 novembre 1989 - chute du mur de Berlin – ou le 11 septembre 2001 - chute des tours du World Trade Centre (!). L’événement ponctue notre vie et donne du sel au quotidien. Le journaliste avoue sa passion pour l’événement qui dérègle la machine. Il donne aux hommes qui en sont acteurs (et témoins comme le journaliste) un sentiment d’importance et de vie.

Catherine GUILYARDI

(1) Certains préfèrent utiliser des pseudosciences divinatoires telles l’astronomie ou la géomancie.
(2) Le Parisien est le seul quotidien national avec une rubrique appelée « faits divers».