NABI DANIEL

 

 

 

REFERENCES


Coran, traduction Masson, éd. Gallimard, Paris, 1980


Dictionnaire encyclopédique du judaïsme,
éd. Cerf/Lafond, 1998


• Serge Doubnov, Histoire du judaïsme des origines jusqu'à 1934, précis d'histoire juive, éd. du Cerf, Paris, 1997


Bible de Jérusalem, traduction d'Emile Osty, éd. Seuil, Paris, 1973


SUR LE NET

Cerf Edit

QUI?

Il est l'un des prophètes majeurs d'Israël

QUOI?

'Nabi Daniel' est composé des deux mots : nabi, le"prophète" en arabe et Daniel, un prénom hébreu.

QUAND?

Le Livre de Daniel est daté par les exégètes aux environs de 164 av. J.C. Mais le personnage de légende aurait vécu sous le règne de différents rois, de Nabuchodonosor (604-562) à Antiochus Epiphane (175-164).

OÙ?

Son histoire est principalement transcrite dans les écrits judaïques sur les prophètes, les Ketoubim, et pour les chrétiens, dans le livre de l'Ancien Testament qui porte son nom. La légende raconte qu'il vécut à Babylone.

POURQUOI?

Inscrit dans la rue et sur les église et mosquée d'Alexandrie, son nom est le signe d'une Egypte religieuse ouvertement plurielle jusqu'à la fin du XIXe siècle - la période de l'organisation urbaine de la ville.



Le prophète des rois

Daniel est une figure emblématique des liens qui unissent les trois civilisations judaïque, chrétienne, et musulmane. En effet, la tradition islamique intègre les deux religions monothéistes (les religions "du Livre") et reconnaît certains prophètes du judaïsme et du christianisme. Ces prophètes ne doivent pas avoir fauté ou être tournés vers les intérêts du peuple d'Israël, ce qui est le cas de Daniel. Et pourtant, à Alexandrie une mosquée porte le nom de Nabi Daniel et montre que la mémoire humaine tempère la rigidité des dogmes. La légende du prophète Daniel est indéniablement liée à la ville d'Alexandre.

Chez les Juifs, Daniel apparaît dans les écrits hagiographes, les "Ketoubim". Ces textes ont été composés à différentes époques et le livre de Daniel fait partie des éléments les plus tardifs de la bible des juifs (Tanach). A ce titre, il est contesté par certaines écoles judaïques. Il appartient à la traduction grecque de la Tanach que l'on nomme la Bible des Septantes. Les Septantes désignent les soixante-dix anciens qui avaient commencé à traduire les textes sacrés des juifs pour Ptolémée Philadelphe, souverain d'Egypte et d'Alexandrie. La légende veut que ce roi ait demandé au grand-prêtre de Jérusalem de lui envoyer des savants pour traduire leurs textes. Leur travail devait rejoindre les milliers d'ouvrages de la bibliothèque d'Alexandrie, créée par Ptolémée I (le père de Philadelphe) pour recueillir les livres de tous les peuples.

C'est ainsi que Nabi Daniel fit son entrée en terre égyptienne. Il y acquit une notoriété considérable. Une tradition populaire copte (chrétiens d'Egypte) lui attribue même la nationalité égyptienne. Mais le livre de Daniel lui-même restera un objet de controverse. Les catholiques ne l'adopteront qu'au XVIe siècle et les protestants l'abandonneront au XIXe. La polémique repose sur l'authenticité du texte, plus que sur son contenu.

Le livre de Daniel ne doit pas être lu comme témoignage historique (le prophète aurait survécu à vingt-cinq règnes !), mais pour son message religieux et politique. Daniel est un des nombreux juifs qui, victimes de la destruction de Jérusalem par le roi chaldéen Nabuchodonosor, durent quitter la Judée (actuelle région sud d'Hébron, Israël) pour Babylone (en Irak actuelle). Nous sommes au VIe siècle av. J-C. Daniel entre à la cour du roi Nabuchodonosor qui le remarque très vite pour sa discipline alimentaire et la force qu'elle lui donne. Il est aussi le seul, de tout le royaume, à savoir interpréter les rêves du roi grâce à sa connaissance des sciences occultes de Chaldée (sud de l'Irak actuelle) et sa grande dévotion. Il se dit inspiré par Dieu et des visions des anges Gabriel - messager de Dieu - et Mikaël - défenseur du peuple juif - l'habitent. Ainsi, de règne en règne, Daniel est maintenu à de hautes fonctions sans jamais subir les nombreux complots nourris par la jalousie.

Les récits comptés dans le livre de Daniel sont nombreux tels "Le songe de la statue", "Le festin de Balthasar", "Daniel et la fosse aux lions", "L'idole de Bel", "Le gros serpent", etc. Notons certains passages. D'Alexandre le Grand, Daniel dit :"Surgira un roi vaillant qui exercera une grande domination et agira selon son gré. Mais à peine aura-t-il surgi que son royaume sera brisé et partagé aux quatre coins du ciel, mais non pour sa postérité, et sans la domination qu'il avait exercée; car son royaume sera arraché et passera à d'autres qu'à eux." (11,3-11,4)

Et lorsqu'il parle de Cyrus, le grand roi des Perses : "C'était un homme vêtu de lin, les reins ceints d'or fin d'Ouphaz. Son corps était comme de la chrysolite, son visage comme un aspect d'éclair, ses yeux comme des torches de feu, ses bras et ses jambes comme un scintillement de bronze poli, et le bruit de ses paroles comme le bruit d'une multitude. Moi Daniel, je fus seul à voir l'apparition, et les hommes qui étaient avec moi ne virent pas l'apparition, mais une grande terreur tomba sur eux, et ils s'enfuirent pour se cacher (...) J'entendis le son de ses paroles, et comme j'entendais le son de ses paroles, je tombais, frappé de torpeur, sur la face, et la face contre terre." (10,4-10,9)•

Florence CARRIQUE-ALLAIRE