QUI?
Il
est l'un des prophètes majeurs d'Israël
QUOI?
'Nabi
Daniel' est composé des deux mots : nabi, le"prophète" en arabe
et Daniel, un prénom hébreu.
QUAND?
Le
Livre de Daniel
est daté par les exégètes aux environs de 164 av. J.C. Mais le
personnage de légende aurait vécu sous le règne de différents
rois, de Nabuchodonosor (604-562) à Antiochus Epiphane (175-164).
OÙ?
Son
histoire est principalement transcrite dans les écrits judaïques
sur les prophètes, les Ketoubim, et pour les chrétiens, dans le
livre de l'Ancien Testament qui porte son nom. La légende raconte
qu'il vécut à Babylone.
POURQUOI?
Inscrit
dans la rue et sur les église et mosquée d'Alexandrie, son nom
est le signe d'une Egypte religieuse ouvertement plurielle jusqu'à
la fin du XIXe siècle - la période de l'organisation urbaine de
la ville.
Le
prophète des rois
Daniel est une figure emblématique
des liens qui unissent les trois civilisations judaïque, chrétienne,
et musulmane. En effet, la tradition islamique intègre les deux
religions monothéistes (les religions "du Livre") et reconnaît
certains prophètes du judaïsme et du christianisme. Ces prophètes
ne doivent pas avoir fauté ou être tournés vers les intérêts du
peuple d'Israël, ce qui est le cas de Daniel. Et pourtant, à Alexandrie
une mosquée porte le nom de Nabi Daniel et montre que la
mémoire humaine tempère la rigidité des dogmes. La légende du
prophète Daniel est indéniablement liée à la ville d'Alexandre.
Chez les Juifs, Daniel apparaît dans les écrits hagiographes,
les "Ketoubim". Ces textes ont été composés à différentes
époques et le livre de Daniel fait partie des éléments
les plus tardifs de la bible des juifs (Tanach). A ce titre,
il est contesté par certaines écoles judaïques. Il appartient
à la traduction grecque de la Tanach que l'on nomme la
Bible des Septantes. Les Septantes désignent les soixante-dix
anciens qui avaient commencé à traduire les textes sacrés des
juifs pour Ptolémée Philadelphe, souverain d'Egypte et d'Alexandrie.
La légende veut que ce roi ait demandé au grand-prêtre de Jérusalem
de lui envoyer des savants pour traduire leurs textes. Leur travail
devait rejoindre les milliers d'ouvrages de la bibliothèque d'Alexandrie,
créée par Ptolémée I (le père de Philadelphe) pour recueillir
les livres de tous les peuples.
C'est ainsi que Nabi Daniel fit son entrée en terre égyptienne.
Il y acquit une notoriété considérable. Une tradition populaire
copte (chrétiens d'Egypte) lui attribue même la nationalité égyptienne.
Mais le livre de Daniel lui-même restera un objet de controverse.
Les catholiques ne l'adopteront qu'au XVIe siècle et les protestants
l'abandonneront au XIXe. La polémique repose sur l'authenticité
du texte, plus que sur son contenu.
Le livre de Daniel ne doit pas être lu comme témoignage historique
(le prophète aurait survécu à vingt-cinq règnes !), mais pour
son message religieux et politique. Daniel est un des nombreux
juifs qui, victimes de la destruction de Jérusalem par le roi
chaldéen Nabuchodonosor, durent quitter la Judée (actuelle région
sud d'Hébron, Israël) pour Babylone (en Irak actuelle). Nous sommes
au VIe siècle av. J-C. Daniel entre à la cour du roi Nabuchodonosor
qui le remarque très vite pour sa discipline alimentaire et la
force qu'elle lui donne. Il est aussi le seul, de tout le royaume,
à savoir interpréter les rêves du roi grâce à sa connaissance
des sciences occultes de Chaldée (sud de l'Irak actuelle) et sa
grande dévotion. Il se dit inspiré par Dieu et des visions des
anges Gabriel - messager de Dieu - et Mikaël - défenseur du peuple
juif - l'habitent. Ainsi, de règne en règne, Daniel est maintenu
à de hautes fonctions sans jamais subir les nombreux complots
nourris par la jalousie.
Les récits comptés dans le livre de Daniel sont nombreux tels
"Le songe de la statue", "Le festin de Balthasar",
"Daniel et la fosse aux lions", "L'idole de Bel",
"Le gros serpent", etc. Notons certains passages. D'Alexandre
le Grand, Daniel dit :"Surgira un roi vaillant qui exercera
une grande domination et agira selon son gré. Mais à peine aura-t-il
surgi que son royaume sera brisé et partagé aux quatre coins du
ciel, mais non pour sa postérité, et sans la domination qu'il
avait exercée; car son royaume sera arraché et passera à d'autres
qu'à eux." (11,3-11,4)
Et lorsqu'il parle de Cyrus, le grand roi des Perses : "C'était
un homme vêtu de lin, les reins ceints d'or fin d'Ouphaz. Son
corps était comme de la chrysolite, son visage comme un aspect
d'éclair, ses yeux comme des torches de feu, ses bras et ses jambes
comme un scintillement de bronze poli, et le bruit de ses paroles
comme le bruit d'une multitude. Moi Daniel, je fus seul à voir
l'apparition, et les hommes qui étaient avec moi ne virent pas
l'apparition, mais une grande terreur tomba sur eux, et ils s'enfuirent
pour se cacher (...) J'entendis le son de ses paroles, et comme
j'entendais le son de ses paroles, je tombais, frappé de torpeur,
sur la face, et la face contre terre." (10,4-10,9)
Florence
CARRIQUE-ALLAIRE