CROISSANT

 



REFERENCES:

Claude Cahen, Introduction à l'histoire du monde musulman médiéval VII-XVe s., 1982


L'islam des origines au début de l'Empire ottoman, Paris, 1995


Dictionnaire des mots d'origine étrangère, Larousse-Bordas, 1998


Larousse gastronomique, Larousse-Bordas, 1998


R. Mantran , Histoire de l'Empire ottoman, Paris, 1987


Maxime Rodinson, Les Arabes, PUF, 1979

QUOI?

Le terme 'croissant' a plusieurs significations :
- Forme de la Lune lorsqu'une petite partie seulement de son hémisphère est éclairée;

- Motif décoratif sur les plus anciennes monnaies arabo-sassanides et divers objets;

- Emblème des musulmans et de l'empire turc;

- Petite pâtisserie faite en pâte levée puis feuilletée, abaissée en triangle, roulée et arrondie en forme de croissant de lune;

- Croissant fertile : nom donné à la région du Proche-Orient qui s'étend de la mer Morte au golfe persique en passant par le sud de la Turquie, le nord de l'Irak et l'Iran occidentale.

QUAND?

Périodes pré-islamique, Moyen Age, et périodes moderne et contemporaine.

OÙ?

Iran, empire ottoman, Autriche, et divers pays musulmans.

 

De l'emblème de l'islam à la patisserie

Le croissant de lune, en arabe hilâl, est l'emblème actuel de l'islam mais il ne fut que tardivement considéré comme tel, sans doute à partir du XIXe siècle. Rien ne permet de mettre formellement en rapport la vogue de cet emblème et la place importante, dans la civilisation islamique, de la lune naissante qui annonce le début de chaque mois, le mois musulman étant lunaire en vertu du calendrier adopté après l'hégire. On sait que l'apparition du croissant a toujours été observée avec un soin particulier lorsqu'elle marque le début et la fin du mois de ramadan qui est celui du jeûne, car, traditionnellement, on doit seulement se fixer à l'observation visuelle de la nouvelle lune. Ainsi en avaient décidé, au Moyen Age, les sunnites, ainsi que les ibadites, les chiites Zaydites et les Imamites duodécimains. Seuls les Ismaïliens avaient adopté les conclusions de l'astronomie pour fixer le début de la nouvelle lune et ils s'étaient appuyés pour ce faire sur une interprétation du verset coranique X, 5. La méthode du calcul fut en tout cas introduite dès le Xe siècle par les Fatimides.

Le croissant est aussi un motif décoratif remontant à l'Iran préislamique. On le voit discrètement fleurir sur les plus anciennes monnaies arabo-sassanides puis, au Moyen Age, comme décoration sur divers objets. Aucune valeur autre qu'esthétique ne semblerait avoir alors commandé des choix. On ne donne pas de connotation symbolique ou religieuse au croissant. C'est le monde occidental, et non musulman, qui, dès le milieu du XVe siècle, parle de croissant pour définir l'emblème officiel turc. Les témoignages orientaux ne permettent pas de déterminer avec précision le moment de cette transformation mais signalent que ce motif figurait, par exemple, au début du XVIe siècle sur l'étendard du sultan Sélim Ier de la dynastie des Ottomans ainsi que sur celui du corsaire Kheïreddine. Le même tracé, associé à une étoile, fut inscrit au XIXe siècle sur les drapeaux de l'empire ottoman, et repris par la république tunisienne et la république de Turquie. L'Egypte avait adopté le croissant blanc sur fond rouge au temps de la domination ottomane. Elle le remplaça en 1923 par un croissant blanc sur fond vert. Plusieurs pays ont depuis choisi ce motif pour leur drapeau national en utilisant des couleurs et positions diverses pour le croissant. Le croissant rouge sur fond blanc est aussi devenu, dans les pays musulmans, l'équivalent de la Croix-Rouge.

En tant que pâtisserie, le croissant désigne un petit pain en pâte levée ou feuilletée, abaissée en triangle, roulée et incurvée en forme de croissant de lune L'origine de cet article de viennoiserie remonte à l'époque où les Turcs assiégeaient la capitale de l'Autriche (1683). Une nuit, les boulangers de Vienne entendirent le bruit de sape des ennemis, et ils donnèrent l'alarme, repoussant l'assaut de l'ennemi. Les Ottomans sont vaincus grâce aux 25.000 hommes envoyés en renfort par Jean III Sobieski, roi de Pologne. Pour récompenser les boulangers, le souverain leur accorde le privilège de fabriquer une pâtisserie qui immortalisera l'événement. C'est ainsi que naît le Hörnchen, 'petite corne' en allemand, allusion au croissant qui orne l'étendard turc.

Une autre tradition attribue l'invention du croissant à un certain Kolschitski, cafetier viennois, d'origine polonaise. En récompense de son courage pendant le siège, il aurait reçu des sacs de café pris à l'ennemi. Il aurait alors eu l'idée de servir ce café accompagné d'une pâtisserie en forme de croissant. Marie-Antoinette, arrivant d'Autriche, introduit ce délicieux croissant à la cour de France en 1770.

Les croissants étaient, à l'origine, en pâte à pain améliorée. Aujourd'hui, ils adoptent parfois une forme allongée. On peut les servir en hors-d'oeuvre chauds, farcis de jambon, de fromage, de champignons. On appelle également 'croissant' un petit four en pâte d'amande, garni de pignons ou d'amandes effilées en demi-cercle.

Croissant fertile est le nom donné à la région du Proche-Orient qui s'étend de la mer Morte au golfe Persique en passant par le sud de la Turquie, le nord de l'Irak et l'Iran occidentale. Les pays qu'elle regroupe, riches en plaines et en vallées bien arrosées, ont vu naître l'agriculture au néolithique. Le nom de 'Croissant fertile' a été donné au projet unitaire arabe élaboré en 1943 par le Premier ministre irakien Nuri al Saïd pour consolider et à élargir l'influence de la monarchie hachémite sur le monde arabe. Il prévoyait la formation d'un état regroupant toutes les terres du Croissant fertile : l'Irak, le Liban, la Palestine, la Syrie et la Transjordanie. Malgré le soutien apporté par la Grande-Bretagne au projet, l'entreprise se solda par un échec. L'Arabie saoudite et l'Egypte n'en avait pas voulu.

Souad BAKALTI