QUOI?
Le
terme 'croissant' a plusieurs significations :
- Forme de la Lune lorsqu'une petite partie seulement de son hémisphère
est éclairée;
- Motif décoratif sur les plus anciennes monnaies arabo-sassanides
et divers objets;
- Emblème des musulmans et de l'empire turc;
- Petite pâtisserie faite en pâte levée puis feuilletée, abaissée
en triangle, roulée et arrondie en forme de croissant de lune;
- Croissant fertile : nom donné à la région du Proche-Orient qui
s'étend de la mer Morte au golfe persique en passant par le sud
de la Turquie, le nord de l'Irak et l'Iran occidentale.
QUAND?
Périodes
pré-islamique, Moyen Age, et périodes moderne et contemporaine.
OÙ?
Iran,
empire ottoman, Autriche, et divers pays musulmans.
De
l'emblème de l'islam à la patisserie
Le
croissant de lune,
en arabe hilâl, est l'emblème actuel de l'islam mais il
ne fut que tardivement considéré comme tel, sans doute à partir
du XIXe siècle. Rien ne permet de mettre formellement en rapport
la vogue de cet emblème et la place importante, dans la civilisation
islamique, de la lune naissante qui annonce le début de chaque
mois, le mois musulman étant lunaire en vertu du calendrier adopté
après l'hégire. On sait que l'apparition du croissant a
toujours été observée avec un soin particulier lorsqu'elle marque
le début et la fin du mois de ramadan qui est celui du
jeûne, car, traditionnellement, on doit seulement se fixer à l'observation
visuelle de la nouvelle lune. Ainsi en avaient décidé, au Moyen
Age, les sunnites, ainsi que les ibadites, les chiites Zaydites
et les Imamites duodécimains. Seuls les Ismaïliens avaient adopté
les conclusions de l'astronomie pour fixer le début de la nouvelle
lune et ils s'étaient appuyés pour ce faire sur une interprétation
du verset coranique X, 5. La méthode du calcul fut en tout cas
introduite dès le Xe siècle par les Fatimides.
Le croissant est aussi un
motif décoratif remontant à l'Iran préislamique. On le voit discrètement
fleurir sur les plus anciennes monnaies arabo-sassanides puis,
au Moyen Age, comme décoration sur divers objets. Aucune valeur
autre qu'esthétique ne semblerait avoir alors commandé des choix.
On ne donne pas de connotation symbolique ou religieuse au croissant.
C'est le monde occidental, et non musulman, qui, dès le milieu
du XVe siècle, parle de croissant pour définir l'emblème officiel
turc. Les témoignages orientaux ne permettent pas de déterminer
avec précision le moment de cette transformation mais signalent
que ce motif figurait, par exemple, au début du XVIe siècle sur
l'étendard du sultan Sélim Ier de la dynastie des Ottomans
ainsi que sur celui du corsaire Kheïreddine. Le même tracé,
associé à une étoile, fut inscrit au XIXe siècle sur les drapeaux
de l'empire ottoman, et repris par la république tunisienne et
la république de Turquie. L'Egypte avait adopté le croissant blanc
sur fond rouge au temps de la domination ottomane. Elle le remplaça
en 1923 par un croissant blanc sur fond vert. Plusieurs pays ont
depuis choisi ce motif pour leur drapeau national en utilisant
des couleurs et positions diverses pour le croissant. Le croissant
rouge sur fond blanc est aussi devenu, dans les pays musulmans,
l'équivalent de la Croix-Rouge.
En tant que pâtisserie, le croissant désigne un petit pain
en pâte levée ou feuilletée, abaissée en triangle, roulée et incurvée
en forme de croissant de lune L'origine de cet article de viennoiserie
remonte à l'époque où les Turcs assiégeaient la capitale de l'Autriche
(1683). Une nuit, les boulangers de Vienne entendirent le bruit
de sape des ennemis, et ils donnèrent l'alarme, repoussant l'assaut
de l'ennemi. Les Ottomans sont vaincus grâce aux 25.000 hommes
envoyés en renfort par Jean III Sobieski, roi de Pologne. Pour
récompenser les boulangers, le souverain leur accorde le privilège
de fabriquer une pâtisserie qui immortalisera l'événement. C'est
ainsi que naît le Hörnchen, 'petite corne' en allemand,
allusion au croissant qui orne l'étendard turc.
Une autre tradition attribue l'invention du croissant à un certain
Kolschitski, cafetier viennois, d'origine polonaise. En récompense
de son courage pendant le siège, il aurait reçu des sacs de café
pris à l'ennemi. Il aurait alors eu l'idée de servir ce café accompagné
d'une pâtisserie en forme de croissant. Marie-Antoinette, arrivant
d'Autriche, introduit ce délicieux croissant à la cour de France
en 1770.
Les croissants étaient, à l'origine, en pâte à pain améliorée.
Aujourd'hui, ils adoptent parfois une forme allongée. On peut
les servir en hors-d'oeuvre chauds, farcis de jambon, de fromage,
de champignons. On appelle également 'croissant' un petit four
en pâte d'amande, garni de pignons ou d'amandes effilées en demi-cercle.
Croissant fertile est le nom donné à la région du Proche-Orient
qui s'étend de la mer Morte au golfe Persique en passant par le
sud de la Turquie, le nord de l'Irak et l'Iran occidentale. Les
pays qu'elle regroupe, riches en plaines et en vallées bien arrosées,
ont vu naître l'agriculture au néolithique. Le nom de 'Croissant
fertile' a été donné au projet unitaire arabe élaboré en 1943
par le Premier ministre irakien Nuri al Saïd pour consolider et
à élargir l'influence de la monarchie hachémite sur le monde arabe.
Il prévoyait la formation d'un état regroupant toutes les terres
du Croissant fertile : l'Irak, le Liban, la Palestine, la Syrie
et la Transjordanie. Malgré le soutien apporté par la Grande-Bretagne
au projet, l'entreprise se solda par un échec. L'Arabie saoudite
et l'Egypte n'en avait pas voulu.