LA CORNICHE D'ALEXANDRIE

 


 

 

QUI?

C'est Mohammad-Ali (1769-1849) qui a rénové Alexandrie, tombée en décrépitude, et le roi Fouad (1917-1936) qui a fait aménager la corniche, comme les Alexandrins appellent leur front de mer.

QUOI?

Longue de 20 km elle résume, à travers ses monuments, l'histoire prestigieuse de la cité.

QUAND?

Elle a connu sa période la plus faste sous les rois Fouad et Farouk grâce à la société cosmopolite qui a quitté la ville principalement après les nationalisations de 1956.

OU?

Les lieux tentateurs où il faut se rendre ne manquent pas, des monuments célèbres aux cafés et aux plages de sable fin.

POURQUOI?

Si cette corniche est aussi célèbre c'est qu'elle est une des plus belles de la Méditerranée et un lieu de mémoire.



Pour les géographes, la corniche est un versant vertical ou fortement abrupt. C’est le nom que les Alexadrins ont donné à la route qui longe et surplombe la mer et plusieurs plages. L’actuelle va du palais de Ras el Tin, à l’ouest, à celui de Montaza, à l’est, et elle est relativement récente. En effet, fondée par Alexandre le Grand, en 331 av. J.-C., à l’âge de 25 ans, Alexandrie, mère du cosmopolitisme, fut longtemps une des capitales de la Méditerranée avant de tomber en décrépitude au fil des siècles. C’est Mohammad-Ali, fondateur de l’Égypte moderne ayant régné de1805 à1848, qui l’a rénovée et c’est surtout le roi Fouad (1917-1936) qui a fait aménager le front de mer. Enfin, au début du XXIè siècle, le gouverneur Mahgoub contribue à rendre à la ville le lustre qu’elle a perdu avec le départ de la société cosmopolite, surtout à la suite des nationalisations décrétées par le président Nasser (1953-1970) en 1956. Il a fait planter des palmiers sur la corniche et repeindre des façades.
La belle et large corniche qui s’étend sur 20 km le long de la Méditerranée résume l’histoire prestigieuse de la cité. Sur l’île de Pharos, reliée depuis à la terre, s’éleva le premier Phare, une des Sept merveilles du monde, qui a donné son nom à toutes les tours de lumière ! Démoli par des séismes, il a été remplacé par le Fort Qaitbay, édifié vers 1480. En face, sur la rive, s’élevait la première capitale des livres : l’illustre bibliothèque, détruite au début de notre ère. Sur son emplacement la Bibliotheca Alexandrina, merveille d’architecture et de technologie modernes, inaugurée en 2002, veut être la “Mémoire de la Méditerranée”. On voit aussi voisiner palais ottomans et immeubles de verre.
Quand la corniche moderne a-t-elle connu sa période la plus faste ? Sous les règnes du roi Fouad et de son fils Farouk (1936-1952). Le premier a restauré sa résidence d’été, le vieux palais de Montazah, maintenant ouvert au public, tandis que la société cosmopolite contribuait à l’essor de la ville et à son renouveau architectural. Sur la place Saad Zaghloul, héros de l’indépendance, face à la mer, s’élève l’hôtel Cecil construit en 1930 et immortalisé par Lawrence Durrell dans Le Quatuor d’Alexandrie. Impossible de citer tous les écrivains et les poètes qui, depuis l’Antiquité, ont chanté la ville et son front de mer.
Où aller ? Les lieux tentateurs ne manquent pas sur la corniche. En plus des monuments déjà cités, d’autres, dont le Collège Saint Marc, méritent une visite. Tout le long, casinos, cafés, brasseries, restaurants chics ou populaires attiraient et attirent toujours les Alexandrins, les provinciaux et les touristes, tandis que des marchands ambulants proposent aux promeneurs des gourmandises à grignoter comme les épis de maïs grillés sur la braise. L’été, les plages de sable fin sont de plus en plus fréquentées, même si les femmes se baignent moins. Les deux plus belles sont Stanley bay et Sidi Bishr.
En plus de toutes ces raisons, pourquoi cette corniche est-elle aussi célèbre ? D’abord, parce qu’elle est une des plus belles de la Méditerranée et que les couchers de soleil y sont sublimes. Il y a sans doute aussi un génie du lieu : depuis l’Antiquité, les Alexandrines ont toujours été élégantes et coquettes. Aujourd’hui, jeunes beautés en jeans et adolescentes voilées adorent s’y promener seules ou avec leurs amoureux. Vus de la mer, les monuments de marbre blanc, jadis éblouissants, ont disparu, mais vivent dans la mémoire. Aujourd’hui, les immeubles vétustes ont été repeints et la corniche a été bordée de palmiers. Concluons par ces vers du grand poète grec Constantin Cavafy (1893-1933), chantre de la cité ancienne et moderne : Salue Alexandrie qui s’en va (...) Et salue Alexandrie que tu perds

Paul BALTA