BOUQUINISTES



Dans la boutique aux "amis des lettres" à Alexandrie, on vend le papier au kilo!

 

 


 

QUI?

Les vendeurs de bouquins, du flamand Boeckin (petit livre).

QUAND?

Ils sont apparus au milieu du 16e siècle.

OÙ?

A Paris, sur l'Ile de Cité et sur le quai des Orfèvres. Mais le terme peut être repris pour les vendeurs de vieux livres pas chers partout sur la planète. En Egypte, ils sont nombreux dans le quartier cairote de l'Ezbekieh et, à Alexandrie, dans le dédale de rues du quartier derrière la rue Nabi-Daniel.

 

Le Paris des bouquinistes

Les bouquinistes des quais de la Seine. C'est une des images les plus fréquentes du Paris que l'on vend aux touristes. Derrière le cliché, une réalité : la capitale française est la seule grande ville au monde à posséder ce genre de commerce en bord de fleuve.
Les bouquinistes (du mot bouquin, lui-même issu du flamand Boeckin , "petit livre") sont apparus au milieu du 16e siècle. On apprend leur existence grâce à un arrêt du 22 juin 1557, qui les assimile à des "receleurs" et à des "voleurs". C'est qu'à cette époque, la France est en pleine guerre de religion. Des pamphlets protestants interdits sont vendus sous le manteau par des "estaleurs", comme on les nomme à l'époque. Au départ, ces drôles de libraires transportent leurs livres dans des charrettes à bras. Ils ne tardent pas à utiliser des plateaux munis de lanières en cuir, qu'ils posent sur les parapets de la Seine.

Bouquinistes sur les quais de la Seine...

Les bouquinistes connaissent leur âge d'or après la Révolution. Des bibliothèques entières, confisquées à la noblesse ou au clergé, se retrouvent sur les quais, où l'on croise, entre autres, l'imposante silhouette du romancier Balzac. En 1891, les bouquinistes obtiennent le droit de fixer leurs boîtes sur les parapets. En 1952, la mairie de Paris exige qu'elles soient peintes couleur "vert wagon". Comme leur taille aussi est réglementée (2 m de long, 35 cm de haut, 80 cm de profondeur), le paysage des quais est dès lors fixé.

Aujourd'hui, les bouquinistes - 250 recensés - ont 40 ans en moyenne, contre 60 dans les années 1960. Un rajeunissement nécessaire pour affronter des conditions de travail éprouvantes: qu'il pleuve ou qu'il vente, le bouquiniste doit être sur le pont au moins quatre jours par semaine, comme le spécifie un réglement de 1993. La relève est donc assurée. Reste à prévenir une certaine dérive mercantile. Cartes postales, fausses gravures, tours Eiffel en plastique: certains draguent ouvertement le touriste. Mais la réglementation, sur ce point aussi, est stricte: sur quatre boîtes allouées, la mairie en tolère une seule consacrée aux "souvenirs". N'en déplaise aux nostalgiques d'un hypothétique âge d'or, les bouquinistes sont loin d'être tous devenus des marchands du temple.

Mais ces vendeurs de vieux bouquins ou de livres de seconde main peuvent se croiser aussi sur les bords de la Méditerranée. A Alexandrie, le dédale des rues derrière la mosquée Nabi-Daniel est un repère de brocanteurs et de bouquinistes qui ont récupéré pour trois fois rien des bibliothèques entières de bourgeois cosmopolites, pressés de quitter les lieux lors de la Révolution des officiers libres de Nasser (1952). Au Caire, le quartier de l'Ezbekieh, près du centre-ville, est peuplé de petits kiosques illuminés presque toute la nuit où l'étudiant, le collectionneur ou le touriste trouvent parfois leur bonheur.•

Bernard CORTEGGIANI

Chez un bouquiniste alexandrin de la rue Nabi-Daniel :
"La rue Lecourbe de Paris" !