LE BANQUET

 

 

 

REFERENCES:

• Anthony Rowley, A la table gastronomique, éd. Gallimard, 1994


• Platon, Le Banquet, éd. Gallimard Folio, 1992

QUI?

Les personnes qui assistent à un banquet sont appelés des banqueteurs, terme rarement utilisé de nos jours.

QUOI?

Le banquet vient du mot italien banchetto (petit banc). C'est un grand repas que les hommes organisent pour commémorer un événement important Le Banquet est aussi le titre d'un livre de Platon consacré à l'amour.

OÙ?

Le banquet dans l'Antiquité, comme au Moyen Âge, se déroulait la plupart du temps à l'extérieur. De nos jours, il se déroule dans des restaurants ou des auberges de campagne.

QUAND?

Depuis que les hommes mangent, ils banquetent.

Au banquet de la vie!

Venons rapidement à ce que Freud sait du banquet. Selon le fondateur de la psychanalyse, le banquet serait la fête commémorative d'un évènement historique majeur. C'est le symbole du 'parricide primitif', le meurtre du père, et la réconciliation des fils autour du festin. Depuis l'aube des temps, cette triste conception n'a jamais empêché les hommes de s'adonner passionnément au banquet. Il existe beaucoup de représentations de banquets, autant picturales que romanesques, cinématographiques que théâtrales. Toutes ces reproductions montrent les mines réjouies des convives. Donc comme s'exclamait Lucrèce,
«Au banquet de la vie ! ».

Du banquet de l'Antiquité, orgiaque, champêtre et à ciel, ouvert décrit dans le Satyricon de Pétrone, à celui, bourgeois, du XIXe siècle, peint par Flaubert dans Madame Bovary, en passant par celui du Moyen Âge, il n'y a pas de banquet sans aliments riches et abondants, pas de banquet sans ventre. A vrai dire, le banquet est la fête des ventres, des lèvres et des langues. L'homme se trouve être au plein sens du mot 'un mangeur' et un mangeur avale, mieux, dévore, goûte, déguste, mastique. Quand il ne mange pas, il boit, et quand il ne boit pas, il parle, et quand il ne parle plus, il s'endort et digère.

  Salle de banquet nabathéenne, à Pétra (Jordanie), datant probablement du 4ème siècle avt J-C.


De même qu'il n'y a pas de banquet sans mangeaille, il n'y a pas de banquet sans cuisine. Que les convives soient riches ou pauvres, leur premier souci est tirer le maximum de ce que la nature leur offre, toujours pour en tirer plus de jouissance. Au Moyen-Âge, pour fêter ses Pâques, son Noël comme sa Toussaint, on affectionnait tout particulièrement les soupes. Le paysan faisait un triomphe au cochon et à toutes ses cochonnailles. A la table des princes et des rois, le faisan était présenté d'abord vivant aux convives pour être, quelques instants après, avalé rôti, accompagné de vins et de légumes.

Quelques décennies plus tard, en Europe, le banquet permet l'invention d'une des plus belles disciplines : la gastronomie, autant dire l'art de varier les désirs et les plaisirs des ventres conviviaux. A partir du XVIe siècle, toutes les occasions sont bonnes pour enrichir et varier les plaisirs du banquet. Les conquêtes militaires, comme les périples touristiques et les découvertes géographiques, permettent l'arrivée d'épices et d'ingrédients nouveaux. Les convives au XVIIe siècle ne mange plus à la main, mais inventent la fourchette, le couteau de table et la cuillère. Deux siècles plus tard, au XIXe, la bourgeoisie confine le banquet dans un endroit clos, la taverne, ancêtre du restaurant. Le banquet devient ainsi bourgeois et... moins joyeux. Il a perdu ses liens ancestraux avec les saisons, le soleil, la terre et le cosmos. Aujourd'hui, dans les pays occidentaux, il ne réunit plus que les membres d'une famille ou quelques amis, mais très rarement une communauté.

Des plaisirs de la table à ceux de l'amour, il n'y a qu'un plat, et le philosophe Platon nous le sert dans son Banquet - l'un des plus beaux textes fondateurs sur l'amour. Ici, nous sommes assez loin de la fête du ventre. Le Banquet de Platon invente l'amour 'platonique', autrement dit 'l'idéal' en amour. Une manière de s'évader du monde sensible, pour accéder au monde pur et intelligible de l'esprit.

Pour être un homme complet, les adeptes du banquet devraient donc pratiquer les deux : le banquet de Platon, chargé de nourritures hautement célestes, et celui des nourritures bassement terrestres et caloriques. Avec ces deux versions, nous touchons à l'essentiel : l'ivresse du corps et celle de l'âme, en un mot l'éternité.•

Marc GIANNESINI