AZUR / Azuré
(adj. dérivé)

 

 

 

 

 

QUI?

L'homme, depuis l'Antiquité, considère la nature qui l'entoure ; il voit et désigne les objets et, bien sûr, également les couleurs, ainsi le bleu du ciel donne lieu, au Moyen Âge, au nom masculin "azur".

QUAND?

Le mot "azur" apparaît en 1080.

OÙ?

Le terme a été créé dans les régions méditerranéennes, là où le ciel est souvent d'un bleu intense.

POURQUOI?

Pour apaiser l'âme et le corps, on prendra donc un 'bain d'azur', dans un pays où le ciel est de ce bleu immaculé.

 

L'azur, synonyme d'absolu

Le terme 'azur' vient des termes latins médiévaux azzurum, qui signifie 'bleu ciel', et lazur, qui signifie 'pierre bleue' ; puis de l'arabe lâzaward, du persan lâgward, qui signifie 'lapis-lazuli' ou 'pierre d'azur'. Il s'agit du nom définissant le mieux la couleur du ciel sans nuages, quand le soleil brille et éclaire de ses feux le firmament. Il signifie l'immensité qui plane au-dessus de nous.

Il ne lui suffit pas de contempler le ciel, l'homme a voulu reproduire les couleurs naturelles afin de peindre, de teinter des tissus ou d'émailler des céramiques et d'autres matériaux. Ainsi, au Moyen Âge, pour obtenir ce bleu intense, on moulait des os ajoutés de minerais renfermant les substances colorées : on utilisait, par exemple, l'azurite, un carbonate de cuivre dit hydraté [Cu3 (OH)2 (CO3)2], ou bien le béryl bleu, un silicate naturel d'aluminium et de béryllium. Aujourd'hui, et notamment depuis le XVIIIe siècle pour ce qui est de l'azurite, ces minerais et colorants sont fabriqués artificiellement.

Les couleurs fondamentales, dont fait partie l'azur, ont des significations particulières provenant de ces minerais et pierres précieuses. Ainsi, l'agate, aux teintes nuancées, gris clair, porte en elle la gaîté ; l'améthyste, de couleur violette, agit contre la tristesse ; la verte émeraude sert d'antidote aux poisons ; le béryl bleu azur conforte la tranquillité d'âme, autrement dit, celui qui regarde cette couleur s'en trouve calmé.

On quitte la grisaille de la vie quotidienne pour accéder au 'grand bleu' et retrouver ainsi une sorte d'insouciante naïveté. Etre en contact avec l'azur, c'est aussi être possédé par une musique mystérieusement silencieuse, la musique silencieuse du cosmos.

La littérature - et plus précisément la poésie - utilise le nom 'azur'. Le mot devient magique sous la plume des poètes lyriques, symbole de l'absolu. Au XIXe siècle, Charles Baudelaire évoque des "cieux spirituels, l'inaccessible azur". Mallarmé, quelques années plus tard, s'exclame : "Je suis hanté l'azur, l'azur, l'azur." Ici, gagner l'azur signifie grimper sur les cimes de la parole ou de l'idée pure, soit communier avec Dieu, soit être confronté au vide, au néant.

Mallarmé parle aussi de "l'azur et de sa secrète ironie", évoquant l'appel pathétique des hommes à l'encontre de Dieu. Stendhal enfin campe, dans l'une de ses Chroniques italiennes, une femme nommée Madame Azur. Cette femme possède tous les attributs de la beauté. C'est son regard à la fois doux et profond qui subjugue les hommes. Ces derniers voient dans les yeux de Madame Azur le bleu du ciel, très tôt le matin, quand le soleil se lève - l'azur devenant ainsi le symbole de l'aube du monde.

Le nom 'azur' a donné lieu a quelques mots dérivés : par exemple, déjà au XIIIe siècle, l'adjectif 'azuré', signifiant 'qui est de couleur d'azur'. Anatole France écrit : "Ses yeux, sous l'ombre azurée des cils..." Ou bien, depuis le XIVe siècle, le verbe 'azurer', qui désigne l'acte de teindre en couleur d'azur.•

Marc GIANESINNI