ASSOUAN

 

 

REFERENCES:


Michel Heim, Assouan...et si le barrage cédait, éditions Albin Michel, 1973


Arrahman Abd Al Tawab, Stèles islamiques de la nécropole d'Assouan, Tome 1, éditions Archéologie IFAO, 1977


'Egypte : Assouan et la Nubie' in Ulysse, n°16, 1990


Assouan, tremplin d'un nouvel essor de la RAU, éditions Organisation générale de presse, 1964

QUOI?

Ville de la Haute Egypte qui compte environ 200.000 habitants et est connue pour son gigantesque barrage édifié sur du Nil dans les années 1960.

QUI?

C'est Gamal Abdel Nasser, le deuxième président de la république arabe d'Egypte, qui fit construire le barrage de Sadd-el-Ali. Il s'opposa pour cela aux puissances occidentales, en s'appuyant sur l'Union soviétique. Ce défi gagné lui valut une immense popularité et le statut de leader du monde arabe.

OÙ?

Assouan se trouve à 1350 kilomètres au sud du Caire, en aval de la première cataracte du Nil. Au-delà s'étend la Nubie.

QUAND?

A l'époque antique, Assouan était réputée pour son marché de l'ivoire. L'île Eléphantine (en arabe Jazirat Aswan), située en face de la ville, était considérée comme la porte du sud par les Anciens.

COMMENT?

Le barrage d'Assouan, un des plus grands du monde, permet de réguler la navigation sur le fleuve et apporte à l'Egypte d'importantes ressources hydroélectriques. Grâce à la retenue d'eau, la vallée du Nil est continuellement alimentée et de vastes étendues de terre désertiques ont été irriguées. Mais ce lac artificiel a noyé de nombreux sites historiques nubiens. Les plus importants, comme Abu Simbel, ont été sauvés par l'Unesco.

POURQUOI?

Entreprise au début de la Guerre Froide, la construction du barrage a été au centre d'enjeux géopolitiques importants : elle est à l'origine de la deuxième guerre entre Israël et l'Egypte.


Un symbole de l'indépendance égyptienne

Dans la toute jeune Egypte indépendante des années 1950, le président Gamal Abdel Nasser lance le projet du Haut-barrage d'Assouan, Sadd-el Ali en égyptien. Les Anglais avaient déjà construit un petit barrage sur ce site propice au début du siècle. Mais l'ambition de l'Egypte nassérienne, servie par la technologie moderne, est bien supérieure : elle veut bâtir un ouvrage titanesque, qui permettrait de réguler le débit du Nil, un rêve vieux comme l'époque pharaonique.

Il s'agit d'apporter la sécurité aux habitants de toute la vallée du Nil. Faire en sorte qu'ils ne s'inquiètent plus des crues et soient assurés de leur approvisionnement en eau tout au long de l'année. De l'eau pour boire, pour cultiver les champs et aussi pour faire fonctionner les industries, grâce à la production massive d'énergie hydroélectrique.

L'Egypte ne peut assurer seule le financement et la maîtrise technique du chantier. D'abord tenté par l'aide américaine, Nasser, farouchement nationaliste et voulant préserver l'indépendance fraîchement acquise, se rapproche de l'Union soviétique, qui, en pleine Guerre Froide, ne laisse pas passer l'opportunité d'élargir son influence au Moyen Orient.

Les Occidentaux annulent alors leur offre de financement. Nasser riposte immédiatement en annonçant, le 26 juillet 1956, la nationalisation de la compagnie qui gère le Canal de Suez, et dont les bénéfices financeront la construction du barrage.

Les anciennes puissances coloniales évincées, la France et la Grande Bretagne, s'entendent secrètement avec Israël pour lancer une guerre contre l'Egypte, fin octobre 1956. Mais leurs armées doivent se retirer sous la pression des deux super puissances, les Etats-Unis et l'URSS.

La défaite militaire égyptienne se mue en triomphe politique. Nasser est acclamé comme l'homme qui a rendu sa fierté au monde arabe face à l'Occident. Quelques semaines plus tard, à la conférence des Non-Alignés de Bandoung, il apparaît comme un des leaders du Tiers-Monde.

Entreprise avec l'aide des Soviétiques, la construction du barrage dure dix ans, de 1960 à 1970. De dimensions gigantesques, il rivalise avec les pyramides pharaoniques. Long de 3,8 kilomètres, haut de 111 mètres, il produit 10 milliards de kilowatts/heure d'électricité par an. Le lac de retenue, qu'on baptise Lac Nasser, s'étend sur 500 kilomètres et emmagasine 160 milliards de mètres cubes d'eau.

En contrepartie, une partie de la Nubie est noyée. Cent mille Nubiens doivent quitter leurs villages et des sites de l'Egypte antique disparaissent. L'Unesco organise le sauvetage spectaculaire des fabuleux temples d'Abu Simbel et de quelques autres monuments majeurs.

Mais les bénéfices du Haut-barrage d'Assouan sont considérables. L'irrigation régulière permet désormais plusieurs récoltes par an, et des centaines de milliers d'hectares de terre ont été gagnées sur le désert. L'Egypte a pu ainsi absorber la croissance rapide de sa population depuis trente ans. Grâce à la production d'énergie hydroélectrique, des milliers de villages ont été électrifiés, et le pays a pu accélérer son industrialisation.

Mais, aujourd'hui, le barrage est critiqué pour son gigantisme. Il a bouleversé l'écosystème du Nil. Les limons fertiles charriés par le fleuve n'arrivent plus aux champs des paysans qui doivent acheter des engrais. Le niveau des nappes phréatiques baisse dangereusement. Les intrusions d'eau de mer dans le delta progressent, rendant les terres infertiles. Enfin les rendements de la pêche ont beaucoup diminué.

Les Egyptiens restent néanmoins très attachés au barrage, qui symbolise depuis quarante ans l'indépendance et le fierté nationale.

David ESNAULT