QUOI?
Ville
de la Haute Egypte qui compte environ 200.000 habitants et est
connue pour son gigantesque barrage édifié sur du Nil dans les
années 1960.
QUI?
C'est
Gamal Abdel Nasser, le deuxième président de la république arabe
d'Egypte, qui fit construire le barrage de Sadd-el-Ali.
Il s'opposa pour cela aux puissances occidentales, en s'appuyant
sur l'Union soviétique. Ce défi gagné lui valut une immense popularité
et le statut de leader du monde arabe.
OÙ?
Assouan
se trouve à 1350 kilomètres au sud du Caire, en aval de la première
cataracte du Nil. Au-delà s'étend la Nubie.
QUAND?
A
l'époque antique, Assouan était réputée pour son marché de l'ivoire.
L'île Eléphantine (en arabe Jazirat Aswan), située en face
de la ville, était considérée comme la porte du sud par les Anciens.
COMMENT?
Le
barrage d'Assouan, un des plus grands du monde, permet de réguler
la navigation sur le fleuve et apporte à l'Egypte d'importantes
ressources hydroélectriques. Grâce à la retenue d'eau, la vallée
du Nil est continuellement alimentée et de vastes étendues de
terre désertiques ont été irriguées. Mais ce lac artificiel a
noyé de nombreux sites historiques nubiens. Les plus importants,
comme Abu Simbel, ont été sauvés par l'Unesco.
POURQUOI?
Entreprise
au début de la Guerre Froide, la construction du barrage a été
au centre d'enjeux géopolitiques importants : elle est à
l'origine de la deuxième guerre entre Israël et l'Egypte.
Un
symbole de l'indépendance égyptienne
Dans la toute jeune Egypte
indépendante des années 1950, le président Gamal Abdel Nasser
lance le projet du Haut-barrage d'Assouan, Sadd-el Ali
en égyptien. Les Anglais avaient déjà construit un petit barrage
sur ce site propice au début du siècle. Mais l'ambition de l'Egypte
nassérienne, servie par la technologie moderne, est bien supérieure
: elle veut bâtir un ouvrage titanesque, qui permettrait de réguler
le débit du Nil, un rêve vieux comme l'époque pharaonique.
Il s'agit d'apporter la sécurité aux habitants de toute la vallée
du Nil. Faire en sorte qu'ils ne s'inquiètent plus des crues et
soient assurés de leur approvisionnement en eau tout au long de
l'année. De l'eau pour boire, pour cultiver les champs et aussi
pour faire fonctionner les industries, grâce à la production massive
d'énergie hydroélectrique.
L'Egypte ne peut assurer seule le financement et la maîtrise technique
du chantier. D'abord tenté par l'aide américaine, Nasser, farouchement
nationaliste et voulant préserver l'indépendance fraîchement acquise,
se rapproche de l'Union soviétique, qui, en pleine Guerre Froide,
ne laisse pas passer l'opportunité d'élargir son influence au
Moyen Orient.
Les Occidentaux annulent alors leur offre de financement. Nasser
riposte immédiatement en annonçant, le 26 juillet 1956, la nationalisation
de la compagnie qui gère le Canal de Suez, et dont les bénéfices
financeront la construction du barrage.
Les anciennes puissances coloniales évincées, la France et la
Grande Bretagne, s'entendent secrètement avec Israël pour lancer
une guerre contre l'Egypte, fin octobre 1956. Mais leurs armées
doivent se retirer sous la pression des deux super puissances,
les Etats-Unis et l'URSS.
La défaite militaire égyptienne se mue en triomphe politique.
Nasser est acclamé comme l'homme qui a rendu sa fierté au monde
arabe face à l'Occident. Quelques semaines plus tard, à la conférence
des Non-Alignés de Bandoung, il apparaît comme un des leaders
du Tiers-Monde.
Entreprise avec l'aide des Soviétiques, la construction du barrage
dure dix ans, de 1960 à 1970. De dimensions gigantesques, il rivalise
avec les pyramides pharaoniques. Long de 3,8 kilomètres, haut
de 111 mètres, il produit 10 milliards de kilowatts/heure d'électricité
par an. Le lac de retenue, qu'on baptise Lac Nasser, s'étend sur
500 kilomètres et emmagasine 160 milliards de mètres cubes d'eau.
En contrepartie, une partie de la Nubie est noyée. Cent mille
Nubiens doivent quitter leurs villages et des sites de l'Egypte
antique disparaissent. L'Unesco organise le sauvetage spectaculaire
des fabuleux temples d'Abu Simbel et de quelques autres monuments
majeurs.
Mais les bénéfices du Haut-barrage d'Assouan sont considérables.
L'irrigation régulière permet désormais plusieurs récoltes par
an, et des centaines de milliers d'hectares de terre ont été gagnées
sur le désert. L'Egypte a pu ainsi absorber la croissance rapide
de sa population depuis trente ans. Grâce à la production d'énergie
hydroélectrique, des milliers de villages ont été électrifiés,
et le pays a pu accélérer son industrialisation.
Mais, aujourd'hui, le barrage est critiqué pour son gigantisme.
Il a bouleversé l'écosystème du Nil. Les limons fertiles charriés
par le fleuve n'arrivent plus aux champs des paysans qui doivent
acheter des engrais. Le niveau des nappes phréatiques baisse dangereusement.
Les intrusions d'eau de mer dans le delta progressent, rendant
les terres infertiles. Enfin les rendements de la pêche ont beaucoup
diminué.
Les Egyptiens restent néanmoins très attachés au barrage, qui
symbolise depuis quarante ans l'indépendance et le fierté nationale.