QUOI?
Roche
naturelle qu'on employait pour sculpter des accessoires d'ornementation
comme des vases ou des statuettes, et des accessoires religieux
ou funéraires, comme des autels et des sarcophages.
QUAND?
On
a sculpté des objets en albâtre depuis la plus haute Antiquité
dans le monde méditerranéen, puis au Moyen Age en Europe, surtout
en Angleterre.
OÙ?
Les
plus anciens objets en albâtre qu'on ait retrouvés datent du VIe
millénaire av. J.-C. Il s'agit de vases et de figurines, dégagés
par des fouilles sur le site de Tell es Sawwan en Irak. C'est
dire si cette pierre est depuis longtemps connue et utilisée par
l'homme.
POURQUOI?
On
distingue deux variétés d'albâtre, dérivant d'un composé chimique
naturel de sulfate de calcium. L'albâtre calcaire, réputé le plus
beau, est le plus utilisé. C'est une pierre blanche parcourue
de veines de couleur jaune de miel, rouge ou brun. Bien poli,
elle ressemble au marbre. On l'appelle d'ailleurs aussi marbre-onyx
ou encore albâtre oriental ou égyptien. L'autre variété est l'albâtre
gypseux, une pierre à demi translucide, qui offre une couleur
blanche éclatante.
La
pierre blanche
L'albâtre
est facile à sculpter car il est tendre. Comme il est poreux,
on peut aussi le peindre ou le dorer. Mais en revanche il se fissure
et se casse facilement, surtout s'il est exposé à l'eau.
Ces qualités : belles couleurs et facilité à sculpter :
lui ont attiré les faveurs des civilisations méditerranéennes.
On peut voir au Musée du Louvre des bustes sumériens datés du
IIIe millénaire av. J.-C. En Iran, à Tell Brak, on a retrouvé
des têtes sculptées de la même époque.
Au deuxième millénaire, c'est-à-dire à l'Âge du bronze,
la civilisation minoenne en Crète produisait de beaux vases
en albâtre calcaire. On en a retrouvé quarante sur le fameux site
de Knossos. Les Minoens utilisaient aussi l'albâtre
gypseux pour des placages décoratifs sur les murs et les sols.
Ils en découpaient des panneaux avec des scies en bronze.
Les Egyptiens étaient particulièrement friands de cette pierre.
Les inventeurs de la tombe de Toutankhamon ont mis au jour des
dizaines de vases au calice délicatement sculpté en fleur de lotus,
des boîtes peintes et des jarres canopées qui contenaient les
organes du Pharaon. Le sarcophage de Sethos Ier, daté de 1279
av. J.-C., est aussi taillé dans l'albâtre. Les visiteurs
du musée du Caire peuvent admirer de nombreux vases et pots pour
les onguents et les parfums, une mode qui reviendra d'ailleurs
au Moyen Age en Europe.
A leur suite les Assyriens, les Etrusques et les Grecs développèrent
un important artisanat. Le nom d'albâtre provient d'ailleurs
du mot grec alabastron, qui désignait un vase sans anses.
Les romains le reprirent sous la forme alabastrum, qui évolua
en français sous la forme albâtre, attestée dès le XIIe siècle.
L'extraction et la sculpture de l'albâtre connut un
renouveau en Europe au Moyen Age, surtout entre 1350 et 1550.
On exploita des gisements en Espagne, en Italie, en France, en
Allemagne, aux Pays Bas. Mais c'est principalement en Angleterre
que prospéra un artisanat très actif. Il produisait pour le marché
local et vendait également à l'exportation dans toute l'Europe.
L'inspiration des sculptures était exclusivement religieuse.
Il s'agissait de statuettes, de panneaux, voire de retables
entiers représentant la Vierge, des Saints et des scènes tirées
du Nouveau Testament, ainsi que de mobilier funéraire (tombeau,
urne). Les sculpteurs rehaussaient la pierre de peintures et de
dorures, en jouant sur ses veines de couleur naturelles.
A partir du XVIIe siècle, l'albâtre est délaissé au profit
du marbre. Mais il connaît une nouvelle fortune, littéraire cette
fois. Les poètes, rivalisant d'imagination pour peindre
d'une manière excessive et frappante la blancheur, un des
attributs de la beauté, s'inspirent de celle, parfaite,
de l'albâtre gypseux.
On parle d'un cou, d'une gorge, d'une main,
d'un teint, d'un sein d'albâtre... On pourrait
citer maints écrivains et d'innombrables vers. On en choisira
un, pour conclure, de Voltaire :
« Dieu se plut à pétrir d'incarnat et d'albâtre
les charmes arrondis du sein de Pompadour ».