ALBÂTRE

 

 

 

 


REFERENCES:

'Alabaster' in The Dictionnary of Art (en anglais),
édité par Grove-MacMillan, pp 515 et suivantes


'Sulfates naturels' et 'Arts gothiques'
in Encyclopedia Universalis

QUOI?
Roche naturelle qu'on employait pour sculpter des accessoires d'ornementation comme des vases ou des statuettes, et des accessoires religieux ou funéraires, comme des autels et des sarcophages.

QUAND?
On a sculpté des objets en albâtre depuis la plus haute Antiquité dans le monde méditerranéen, puis au Moyen Age en Europe, surtout en Angleterre.

OÙ?
Les plus anciens objets en albâtre qu'on ait retrouvés datent du VIe millénaire av. J.-C. Il s'agit de vases et de figurines, dégagés par des fouilles sur le site de Tell es Sawwan en Irak. C'est dire si cette pierre est depuis longtemps connue et utilisée par l'homme.

POURQUOI?
On distingue deux variétés d'albâtre, dérivant d'un composé chimique naturel de sulfate de calcium. L'albâtre calcaire, réputé le plus beau, est le plus utilisé. C'est une pierre blanche parcourue de veines de couleur jaune de miel, rouge ou brun. Bien poli, elle ressemble au marbre. On l'appelle d'ailleurs aussi marbre-onyx ou encore albâtre oriental ou égyptien. L'autre variété est l'albâtre gypseux, une pierre à demi translucide, qui offre une couleur blanche éclatante.

La pierre blanche

L'albâtre est facile à sculpter car il est tendre. Comme il est poreux, on peut aussi le peindre ou le dorer. Mais en revanche il se fissure et se casse facilement, surtout s'il est exposé à l'eau. Ces qualités : belles couleurs et facilité à sculpter : lui ont attiré les faveurs des civilisations méditerranéennes. On peut voir au Musée du Louvre des bustes sumériens datés du IIIe millénaire av. J.-C. En Iran, à Tell Brak, on a retrouvé des têtes sculptées de la même époque.

Au deuxième millénaire, c'est-à-dire à l'Âge du bronze, la civilisation minoenne en Crète produisait de beaux vases en albâtre calcaire. On en a retrouvé quarante sur le fameux site de Knossos. Les Minoens utilisaient aussi l'albâtre gypseux pour des placages décoratifs sur les murs et les sols. Ils en découpaient des panneaux avec des scies en bronze.

Les Egyptiens étaient particulièrement friands de cette pierre. Les inventeurs de la tombe de Toutankhamon ont mis au jour des dizaines de vases au calice délicatement sculpté en fleur de lotus, des boîtes peintes et des jarres canopées qui contenaient les organes du Pharaon. Le sarcophage de Sethos Ier, daté de 1279 av. J.-C., est aussi taillé dans l'albâtre. Les visiteurs du musée du Caire peuvent admirer de nombreux vases et pots pour les onguents et les parfums, une mode qui reviendra d'ailleurs au Moyen Age en Europe.

A leur suite les Assyriens, les Etrusques et les Grecs développèrent un important artisanat. Le nom d'albâtre provient d'ailleurs du mot grec alabastron, qui désignait un vase sans anses. Les romains le reprirent sous la forme alabastrum, qui évolua en français sous la forme albâtre, attestée dès le XIIe siècle.

L'extraction et la sculpture de l'albâtre connut un renouveau en Europe au Moyen Age, surtout entre 1350 et 1550. On exploita des gisements en Espagne, en Italie, en France, en Allemagne, aux Pays Bas. Mais c'est principalement en Angleterre que prospéra un artisanat très actif. Il produisait pour le marché local et vendait également à l'exportation dans toute l'Europe. L'inspiration des sculptures était exclusivement religieuse. Il s'agissait de statuettes, de panneaux, voire de retables entiers représentant la Vierge, des Saints et des scènes tirées du Nouveau Testament, ainsi que de mobilier funéraire (tombeau, urne). Les sculpteurs rehaussaient la pierre de peintures et de dorures, en jouant sur ses veines de couleur naturelles.

A partir du XVIIe siècle, l'albâtre est délaissé au profit du marbre. Mais il connaît une nouvelle fortune, littéraire cette fois. Les poètes, rivalisant d'imagination pour peindre d'une manière excessive et frappante la blancheur, un des attributs de la beauté, s'inspirent de celle, parfaite, de l'albâtre gypseux.

On parle d'un cou, d'une gorge, d'une main, d'un teint, d'un sein d'albâtre... On pourrait citer maints écrivains et d'innombrables vers. On en choisira un, pour conclure, de Voltaire :
« Dieu se plut à pétrir d'incarnat et d'albâtre les charmes arrondis du sein de Pompadour ».

David ESNAULT