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A
deux pas d'Istiklal Caddesi, bondée à cette heure
du jour, coincé entre un bureau de change et une parfumerie,
le "Ganyan Bayii n°195" ne désemplit pas.
Une odeur de tabac vous prend à la gorge dès la
porte franchie. Un poste de télé crache son flot
ininterrompu de paroles. Le brouhaha des personnes présentes
couvre le chant du muezzin.
"Atlar yerisa basladi". Comme un seul
homme, l'assemblée, composée essentiellement de
quinquagénaires aux tempes grisonnantes, tourne les yeux
vers le poste de télé. Le coup de feu annonçant
le départ de la course de chevaux vient de claquer.
Metin, 40 ans, douanier de profession, est un
habitué des lieux. Un "vrai" joueur qui n'hésite
pas à parier 60 à 70 millions de livres turques
par jour (35 euros), ce qui équivaut à deux journées
de travail d'un cadre moyen en Turquie. Un passionné: "Pour
moi, le meilleur endroit pour vivre la course, c'est l'hippodrome".
Metin ne restera que le temps d'un pari.
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Le
téléphone sonne. Turgay, l'un des trois employés,
décroche et note le pari pris en ligne. Les enjeux peuvent
être colossaux. Chaque jour, 300 joueurs se donnent rendez-vous
ici. Tous partagent la même passion. Les sommes visées
sont variables. Turgay, quant à lui, avoue parier 5 millions
par jour.
Dernière ligne droite. Les chevaux vont
bientôt couper la ligne. Ultime montée d'adrénaline.
C'est justement cette sensation qu'est venu chercher ce jeune
banquier qui ne nous dévoilera pas son nom. Simple pudeur?
L'argent reste tabou, malgré tout.
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