Traditions
Séminaire d'écriture journalistique, Istanbul COURRIEL INTERNATIONAL n°21



A deux pas d'Istiklal Caddesi, bondée à cette heure du jour, coincé entre un bureau de change et une parfumerie, le "Ganyan Bayii n°195" ne désemplit pas. Une odeur de tabac vous prend à la gorge dès la porte franchie. Un poste de télé crache son flot ininterrompu de paroles. Le brouhaha des personnes présentes couvre le chant du muezzin.

"Atlar yerisa basladi". Comme un seul homme, l'assemblée, composée essentiellement de quinquagénaires aux tempes grisonnantes, tourne les yeux vers le poste de télé. Le coup de feu annonçant le départ de la course de chevaux vient de claquer.

Metin, 40 ans, douanier de profession, est un habitué des lieux. Un "vrai" joueur qui n'hésite pas à parier 60 à 70 millions de livres turques par jour (35 euros), ce qui équivaut à deux journées de travail d'un cadre moyen en Turquie. Un passionné: "Pour moi, le meilleur endroit pour vivre la course, c'est l'hippodrome". Metin ne restera que le temps d'un pari.

Le téléphone sonne. Turgay, l'un des trois employés, décroche et note le pari pris en ligne. Les enjeux peuvent être colossaux. Chaque jour, 300 joueurs se donnent rendez-vous ici. Tous partagent la même passion. Les sommes visées sont variables. Turgay, quant à lui, avoue parier 5 millions par jour.

Dernière ligne droite. Les chevaux vont bientôt couper la ligne. Ultime montée d'adrénaline. C'est justement cette sensation qu'est venu chercher ce jeune banquier qui ne nous dévoilera pas son nom. Simple pudeur? L'argent reste tabou, malgré tout.•