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Ce
sont des petites filles âgées de 8 à 14 ans ou des jeunes femmes
vêtues de djellabas et d'un foulard. Munies d'une seringue sans
aiguille et d'une boite pleine de henné, elles vous attendent à
l'entrée du quartier des Oudayas, dans la vielle ville de Rabat.
Ce sont des nekkachates (sing. nekkacha) ou hannayates, des tatoueuses
au henné.
Le henné est une plante verte d'origine saharienne que l'on
broie et mélange avec de l'eau pour donner une pâte verte. Les nekkachates
utilisent le henné déjà préparé. Elles y ajoutent du sucre, du jus
de citron, des clous de girofle, et comme diluant, du thé en décoction,
de l'eau de fleur d'oranger et parfois du White spirit.
Amina Zouhir, 39 ans, a commencé ce métier il y a quatre
ans. " Lorsque j'ai vu une nekkacha faire ces dessins, j'ai beaucoup
aimé. J'ai donc acheté une seringue et du henné et j'ai commencé
à faire des tatouages à ma fille... Puis, j'ai renoncé à mon métier
de pâtissière !"
Amina aurait préféré rester chez elle et attendre qu'on l'appelle,
mais, quand son fils est tombé malade, elle a eu besoin de payer
des frais médicaux importants. Une jeune femme qui connaissait le
métier de nekkacha, lui a proposé de venir avec elle au Jardin des
Oudayas. Amina s'est donc retrouvée à travailler dans la rue, même
si, pour elle, c'est "honteux". Au Maroc, les gens assimilent toute
femme qui travaille dans la rue à une prostituée. "J'étais angoissée,
explique Amina, mais, le premier jour, j'ai gagné 250 dirhams (150
FF), une bonne somme. Depuis, je suis revenue chaque jour."
Il existe beaucoup de motifs de tatouages comme le khaliji,
originaire du golf arabique, le fassi, de la ville de Fès, l'imarati,
des Emirats Arabes Unis, le marrakchi, de Marrakech. Le plus demandé
est le khaliji, un motif léger avec des fleurs très discrètes. Le
fassi, dessin qui recouvre entièrement la main et le poignet est
trop chargé et les nekkachates ne peuvent pas le faire en plein
air.
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Les nekkachates
ambulantes gagnent assez d'argent avec les touristes et, pendant
les occasions comme les mariages, elles embellissent la mariée et
tatouent les invitées. Pendant la Nuit du Destin, nuit sacrée pour
les musulmans correspondant au vingt-sixième soir du Ramadan, les
fillettes se maquillent et s'habillent comme des mariées avec l'aide
des nekkachates.
Ce n'est pas facile d'être nekkacha. Les mokkadem, sorte de
police locale, les chassent régulièrement de leur place et cassent
leurs seringues parce qu'elles n'ont pas l'autorisation de travailler
dans la rue. Il y a aussi la concurrence entre elles. Elles sont
obligées de baisser les prix de vingt à cinq dirhams (trois francs
environ) pour le tatouage d'une main. Bien sûr, cela attire la clientèle,
mais les femmes qui aiment les tatouages bien faits préfèrent payer
le prix.
C'est la première fois que Najat Shami, enseignante dans une
école primaire de Rabat, vient sur la place des Oudayas pour se
faire tatouer. "Je venais en fait pour voir le musée des Oudayas.
Il y a une bonne ambiance sur cette place, ça m'a plu, alors j'ai
accepté de faire tatouer mes filles ici. Les années précédentes,
je partais chez une nekkacha, mais il y avait toujours beaucoup
de monde et c'est un peu cher par rapport à celles qui sont ici".
Monique, une touriste française aime les dessins que font ces nekkachates.
"Elles font de très belles choses", s'enthousiasme Monique mais,
son amie algérienne, Malika, a tout de suite effacé de sa main le
tatouage que la nekkacha venait de lui faire. "Je n'aime pas le
henné même si je reconnais qu'il a des vertus". Une réflexion qu'on
entend rarement dans la bouche d'une femme arabe pour qui, le henné
a un fort pouvoir de séduction.
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