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"Ne
me parle pas, je jeûne!" Si on vous a déjà répondu comme cela,
c'est que vous avez croisé un mramdène, ce qui veut dire en dialecte
marocain : un jeûneur dont le comportement s'est dégradé durant
le Ramadan. Ce phénomène, appelé tramdène, a différents visages
: la fatigue, le mutisme et … l'envie de taper sur les autres!
Ce phénomène
touche d'abord ceux qui durant le reste de l'année sont dépendants
de certaines substances telles que l'alcool, le tabac mais aussi
les psychotropes (calmants et excitants) ou même la drogue. Mais
selon le Chakib Bouhlal, psychiatre à Rabat, le tramdène peut
toucher tout le monde. "Il se manifeste chez les gens incapables
d'assumer la transition entre deux modes de vie, l'habituel et
celui qu'exige le Ramadan".
Pendant ce mois
sacré pour les musulmans, le croyant doit s'abstenir, durant la
journée, de manger, de boire et d'avoir des rapports sexuels.
C'est un des cinq piliers de l'islam. Celui qui ne jeûne pas représente
donc une exception inadmissible. La pression sociale est importante.
Certains malades dispensés du jeûne font donc quand même le Ramadan.
Les diabétiques par exemple, risquent une hypoglycémie quand ils
jeûnent. Cela peut engendrer des crises de nerfs et les transformer
en mramdnines.
Le soir, les
musulmans rompent le jeûne. Ils ont alors le droit de vivre comme
d'habitude. Mais, certains compensent avec frénésie les privations
de la journée. Résultat : les excès de caféine et de tabac entraînent
un comportement exécrable durant la journée. C'est le cas de M'hammed,
enseignant de 45 ans à Rabat. "Le soir, je dors peu et je passe
mon temps à boire du café et à fumer. Alors, le lendemain, je
fais subir à mes élèves un mauvais traitement "
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Certains mramdnines
ne sont pas de mauvaise humeur mais restent totalement oisifs,
même au travail. "Ils remettent leurs obligations et devoirs
à plus tard pour entrer durant ce mois sacré dans une sorte
d'hibernation", explique un psychologue interviewé sur ce sujet
dans une revue marocaine. D'autres par contre, profitent du
moindre contact avec les gens pour se bagarrer. Selon ce même
psychologue, "chaque être vivant, y compris l'homme, a un potentiel
de violence et d'agressivité. Mais ce qui différencie l'être
humain, c'est sa capacité à refouler et à contrôler cette agressivité."
"Amal, une
jeune femme de 30 ans, a expérimenté cette violence : "Mon mari
avait tendance à être agressif, ainsi, je devais supporter son
comportement. Mais le Ramadan dernier, nous avons eu une longue
discussion après la rupture du jeûne et il a commencé à changer
d'attitude. Maintenant, il préfère le mutisme. C'est quand même
mieux." Alors, faites attention : un homme silencieux est peut-être
comme un volcan endormi avant l'éruption !
Le tramdène n'est
pas bien vu par la société marocaine. Selon l'écrivain Reda
Lamrini, "ce comportement va indéniablement à l'encontre des
préceptes de notre religion." Le Ramadan doit être vécu comme
une période de piété et de consécration à Dieu Allah pendant
laquelle les musulmans prient d'avantage, lisent plus le Coran
et doivent avoir de meilleures relations avec les autres.
Pour éviter les débordements du tramdène, le Dr Bouhlal
conseille aux jeûneurs de manger légèrement au f'tour, l'encas
que l'on prend à la rupture du jeûne, et de dîner normalement
vers 21h. Il conseille aussi de dormir suffisamment et surtout…
de se modérer dans leur consommation d'excitants !
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