 |
A Rabat, chaque jour
et chaque soir, les salles de billard prennent des allures de
terre promise. Des milliers de personnes entreprennent un véritable
exode vers ces lieux quelques fois plus fréquentés que les mosquées.
Mais d'abord, qu'est ce que le billard ? Au Maroc on trouve
plusieurs sortes de billards : le 'billard français', en fait
un baby-foot, le 'billard anglais' et ses innombrables variantes,
du snooker au straight-pool. Sous nos cieux marocains, nous
pratiquons un billard que nous appelons le 'golf azur'. Ses
règles ne sont pas compliquées.
On joue sur une table
à six trous - ou 'poches'- d'environ trois mètres de long sur
1,50m de large. Il y a quinze petites boules, sept jaunes, sept
rouges et une noire. Chacun des deux joueurs doit 'pocher' -
mettre dans les trous - sept boules d'une même couleur et la
noire. Le joueur ne doit jamais toucher les boules de l'adversaire
avec le bouchon, cette boule blanche plus petite que les autres,
ni la faire tomber dans l'un des trous, sinon son adversaire
joue deux coups successifs après lui.
Ce jeu paraît plutôt inoffensif. Alors pourquoi Mohammed
Mouhiddine, habitant de Rabat âgé de 45 ans, juge-t-il les salles
de billard "malsaines et malpropres" et interdit à son fils
d'y mettre les pieds ? Pour Hicham, 30 ans, c'est le lieu où
se trouvent ses salles qui les discrédite. "Souvent, les salles
sont dans des caves sordides ou des petits garages en retrait,
convertis pour l'occasion et situés dans des ruelles sombres"
affirme ce Marocain.
|
 |
Propriétaire d'une
salle de taille moyenne dans le quartier bourgeois de l'Agdal,
Abdellatif est formel : "Aucune pratique illégale n'a lieu dans
nos salles, si ce n'est quelques joints fumés parfois par quelques
joueurs peu avant la fermeture". Younès, gérant d'une autre
salle dans le quartier populaire de Takkaddom, affirme que "les
drogues dures ne sont plus consommées dans les salles de jeu,
qui sont trop tape-à-l'œil. Pourquoi se cacher dans une salle
alors qu'on peut le faire dans la rue ou chez soi? " se demande-t-il.
Les joueurs présents dans la salle sont aussi catégoriques et
trouvent qu' "il n'est pas juste que quelques personnes irresponsables
discréditent ainsi tout un milieu!"
Le billard reste très populaire chez les jeunes. Ils voient
dans la fréquentation de ces salles une ouverture et un épanouissement
de l'esprit. Si'Mohammed, 29 ans et Radia, jeune femme de 27
ans, jouent régulièrement dans une salle du centre ville. Même
si, en jouant au billard, Radia sait qu'elle met sa réputation
en danger parce qu'elle est une femme. Pour elle, "tant qu'on
n'y passe pas trop de temps ni dépense trop d'argent, l'impact
ne saurait être malsain."
Hicham, Si'Mohammed
et leurs amis sont devenus de vrais accros du billard et se
moquent bien de la mauvaise réputation. Ils viennent pour trouver
une ambiance conviviale et dans laquelle ils oublient le stress
du quotidien. Dieu bénisse les salles de billard qui font le
bonheur des joueurs, des propriétaires… et des mauvaises langues
!
|