Traditions
Lycée Moulay Youssef, Rabat COURRIEL INTERNATIONAL n°19



A Rabat, chaque jour et chaque soir, les salles de billard prennent des allures de terre promise. Des milliers de personnes entreprennent un véritable exode vers ces lieux quelques fois plus fréquentés que les mosquées.

M
ais d'abord, qu'est ce que le billard ? Au Maroc on trouve plusieurs sortes de billards : le 'billard français', en fait un baby-foot, le 'billard anglais' et ses innombrables variantes, du snooker au straight-pool. Sous nos cieux marocains, nous pratiquons un billard que nous appelons le 'golf azur'. Ses règles ne sont pas compliquées.

On joue sur une table à six trous - ou 'poches'- d'environ trois mètres de long sur 1,50m de large. Il y a quinze petites boules, sept jaunes, sept rouges et une noire. Chacun des deux joueurs doit 'pocher' - mettre dans les trous - sept boules d'une même couleur et la noire. Le joueur ne doit jamais toucher les boules de l'adversaire avec le bouchon, cette boule blanche plus petite que les autres, ni la faire tomber dans l'un des trous, sinon son adversaire joue deux coups successifs après lui.

C
e jeu paraît plutôt inoffensif. Alors pourquoi Mohammed Mouhiddine, habitant de Rabat âgé de 45 ans, juge-t-il les salles de billard "malsaines et malpropres" et interdit à son fils d'y mettre les pieds ? Pour Hicham, 30 ans, c'est le lieu où se trouvent ses salles qui les discrédite. "Souvent, les salles sont dans des caves sordides ou des petits garages en retrait, convertis pour l'occasion et situés dans des ruelles sombres" affirme ce Marocain.

Propriétaire d'une salle de taille moyenne dans le quartier bourgeois de l'Agdal, Abdellatif est formel : "Aucune pratique illégale n'a lieu dans nos salles, si ce n'est quelques joints fumés parfois par quelques joueurs peu avant la fermeture". Younès, gérant d'une autre salle dans le quartier populaire de Takkaddom, affirme que "les drogues dures ne sont plus consommées dans les salles de jeu, qui sont trop tape-à-l'œil. Pourquoi se cacher dans une salle alors qu'on peut le faire dans la rue ou chez soi? " se demande-t-il. Les joueurs présents dans la salle sont aussi catégoriques et trouvent qu' "il n'est pas juste que quelques personnes irresponsables discréditent ainsi tout un milieu!"

L
e billard reste très populaire chez les jeunes. Ils voient dans la fréquentation de ces salles une ouverture et un épanouissement de l'esprit. Si'Mohammed, 29 ans et Radia, jeune femme de 27 ans, jouent régulièrement dans une salle du centre ville. Même si, en jouant au billard, Radia sait qu'elle met sa réputation en danger parce qu'elle est une femme. Pour elle, "tant qu'on n'y passe pas trop de temps ni dépense trop d'argent, l'impact ne saurait être malsain."

Hicham, Si'Mohammed et leurs amis sont devenus de vrais accros du billard et se moquent bien de la mauvaise réputation. Ils viennent pour trouver une ambiance conviviale et dans laquelle ils oublient le stress du quotidien. Dieu bénisse les salles de billard qui font le bonheur des joueurs, des propriétaires… et des mauvaises langues !