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"Le
métier de "nagafa", c'est plus un art qu'un travail
! Il faut être doué et avoir du goût" affirme Leïla, une charmante
fassie (originaire de Fès) de 36 ans. Leïla s'est orientée vers
le "tanagaft" (le métier qui consiste à s'occuper des
vêtements de la mariée pendant le mariage) malgré la mauvaise
réputation que les "nagafa" ont : les gens les regardent
curieusement d'un mauvais oeil.
Riche de ses onze ans d'expérience, Leïla détaille les
secrets et les étapes de ce travail. La cérémonie du mariage se
compose de trois parties essentielles pendant lesquelles le rôle
et la présence de la "nagafa" sont primordiaux. Le premier
temps est celui du "henné" au cours duquel la mariée
ne porte que des "tkachtes" vertes (des robes traditionnelles
que portent les femmes dans les grandes occasions). Ces robes
sont ornées de bijoux comportant des perles vertes - couleur qui
symbolise la fertilité, le don et l'espoir, bref la vie.
Ce jour-là, la "nagafa" se présente
accompagnée d'une "nakacha" qui dessine avec le "henné"
une sorte de tatouage sur les mains et les pieds de la mariée,
assise sur un fauteuil. Tout près d'elle il y a un drap où la
"nagafa" a mis du lait, des oeufs, du "henné",
du sucre, etc. Le deuxième jour, celui des noces, est le plus
chargé et le plus fatigant pour la "nagafa", qui doit
aider la mariée à changer plusieurs fois les "tkaches".
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Portée
dans une "ammaria" par quatre garçons, la mariée fait son entrée
dans sa robe blanche parée de bijoux argentés. Le défilé se poursuit
avec une "tkchita" de Fès qui ressemble aux habits des
pharaons, puis une robe berbère ornée de bijoux d'argent et de
perles.
Pour finir, elle revient avec une robe
européenne, salue les invités, se rend en cortège à la Tour Hassan
pour la séance des photos si elle habite Rabat ou Salé. Enfin,
en général, elle va passer avec son mari, à l'hôtel, la nuit tant
attendue. La mariée peut aussi passer avec des robes hindoues
ou turques mais selon Leïla "ce ne sont que des déguisements".
Le lendemain matin les "nagafa" portent à la mariée
des dattes, des gateaux ou des crêpes.
Leïla touche de 5.000 à 10.000 dirhams
(3.410 à 6.000 FF) par mariage, mais son activité connaît des
pointes et des creux : c'est pendant l'été que les mariages sont
le plus nombreux. Pour le mois de Ramadan en revanche les "nagafa"
prennent un repos ou en profitent pour renouveler leurs modèles.
Le métier n'est pas sans danger: Leïla s'expose à être victime
de vol puisqu'elle emporte avec elle de précieux bijoux d'or et
de perles. Elle peut aussi rencontrer des gens difficiles qui
ne sont pas sérieux ou de mauvais payeurs.
Heureusement, ce métier ne manque pas de situations comiques.
Abdeli, un gérant d'une boutique pour "nagafa", raconte
une anecdote. "Quatre garçons portaient une jeune mariée. Ils
arrivent près d'une fontaine et l'un deux perd l'équilibre. Plouf!
la mariée s'est retrouvée dans la fontaine."
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