Portrait
Association Le Monde R.É.E.L,
Vaulx-en-Velin
COURRIER INTERNATIONAL n°9


Ils s'appellent Agron, Avdi, Hetem et Adelina. Agés de 14 à 17 ans, ces Albanais du Kosovo sont installés dans deux foyers d'accueil, à Vaulx-en-Velin et près de Satolas, depuis fin avril 1999. Aucun d'entre eux ne parle français pour l'instant. Il faut donc l'aide d'une interprète pour connaître leur histoire. Tous ont vécu l'exode, jetés dehors par les policiers Serbes.

Originaire de Pristina, Adelina a dû partir de chez elle avec sa famille, obligée de tout abandonner. "Nous avons été regroupés dans la rue, raconte-t-elle. Il y avait plusieurs centaines de personnes. Les policiers ont commencé par nous faire marcher à travers toute la ville pendant des heures. Ensuite, ils nous forcés à prendre un train à la gare".


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remière étape, le camp de Blace, à la frontière de la Macédoine. Sur place, les réfugiés découvrent des conditions de vie incroyables : "Il faisait froid, il pleuvait, on n'avait rien pour s'abriter, explique Agron, 17 ans, lui aussi originaire de Pristina. Nous étions 150 ou 200 000. Beaucoup de familles étaient séparées. Au bout de quelques jours, il a fallu partir vers un autre camp, celui de Stenkovac 2, prés de la ville de Skopje. Là, il y avait des tentes mais elles abritaient parfois jusqu'à une trentaine de personnes en même temps. Il n'y avait pas de médicaments et les soldats macédoniens ne voulaient pas nous laisser aller à l'hôpital".
De leur côté, Avdi et Hetem viennent de Ferezaj, à trente-cinq kilomètres de Pristina. Ces deux cousins, âgés de 14 ans, sont arrivés du Kosovo par un avion militaire qui a décollé de la base aérienne de Skopje, en Macédoine.
Leur rêve, c'était d'aller aux Etats-Unis. "Au début du voyage, raconte Hetem, on nous a dit qu'on allait se poser à Paris. Ensuite, c'était Marseille. Finalement, l'avion est arrivé à Lyon au bout de cinq heures de vol" . Entre le moment où il est parti du Kosovo avec sa famille et celui où il est arrivé en France, il s'est écoulé prés d'un mois. Lui aussi a vécu dans des camps de réfugiés.

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epuis leur arrivée dans la région de Lyon, Agron, Avdi, Hetem et Adelina ne savent pas trés bien quoi faire de leurs journées. "Au début, nous avons pu aller à l'école mais les vacances sont trés vite arrivées, explique Avdi. Nous dormons jusqu'à midi. Le reste du temps, nous le passons à discuter, à nous promener et à nous reposer. Quand la nuit vient, nous n'arrivons pas à nous endormir" . Côté amis, ce n'est pas non plus l'idéal. "A notre arrivée, l'accueil des Français a été trés chaleureux, poursuit Avdi. Maintenant, nous sommes moins entourés. Le fait qu'on ne parle pas la langue ne facilite pas non plus les contacts".


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ous les quatre voudraient pouvoir retourner chez eux mais ils ne savent pas ce qu'ils vont retrouver sur place. Avdi et Hetem ont vu leurs maisons incendiées. Adelina n'a pas de nouvelles. Quant à Agron, l'appartement où il habitait a été entiérement pillé. "Il va falloir refaire notre vie, résume Hetem. Ce ne sera pas facile parce que nous ne pouvons pas nous entendre avec les Serbes. Depuis des siècles, il y a toujours eu de la haine entre nous". Il y a quelques semaines, Agron a rencontré des Serbes dans un bus. Ils m'ont entendu parler albanais et se sont mis à m'insulter. Nous avons failli nous battre mais des femmes nous ont séparés".