Portrait
Séminaire d'écriture journalistique, Istanbul COURRIEL INTERNATIONAL n°21




 

Un sourire savoyard à Istanbul


Patricia SÖNMEZ

Jeune femme à la silhouette fine, toute en sourire et énergie, France Duymaz dégage un dynamisme et une joie de vivre communicative.

Elle est née en 1972 à Annecy en Haute-Savoie où elle a grandi au milieu de la nature et des montagnes qu'elle aime tant: "je n'envisage pas de ne pas avoir de contact avec la nature", dit-elle dans un sourire. Elle évoque ses souvenirs, ce petit chalet en montagne, la nature accessible, toujours présente, le sport et ces "montagnards qui sont fermés mais qui, quand on les connaît, sont très sympas". France, très attachée à ses souvenirs, confesse pourtant qu'elle "n'aime plus Annecy telle qu'elle est devenue aujourd'hui". "C'est devenue une ville bourgeoise et vieille et ça m'indispose", dit-elle.

Comment cette jeune femme éprise de grands espaces, a-t-elle pu adopter Istanbul au point de s'y épanouir ? Imaginez une mégapole gigantesque, grouillante de quelques 15 millions d'habitants, effervescente et monstrueuse. Istanbul, c'est l'opposé d'un village des montagnes savoyardes. Pourtant, lorsqu'elle a décidé de venir s'installer ici, elle a pris sa décision en deux mois. Elle avait décidé de rejoindre Sinan, un jeune homme turc qui est depuis devenu son mari. En un clin d'oeil, elle était là. Elle baisse légèrement la voix pour remercier sa famille "qui l'a soutenue depuis le début. Cela a beaucoup aidé à notre histoire", conclut-elle en souriant toujours. "Je ne pensais pas pouvoir m'adapter facilement à une mégapole", puis "tous ces paradoxes, ce côté oriental, on regarde ça différemment et on a envie de s'ouvrir à une autre culture".
France, c'est peut-être l'histoire de cet autre regard qu'elle évoque avec émotion et qu'elle porte à la fois sur les autres et sur elle-même. Un autre regard porté sur "la religion, au sens de partage, sur les gens, sur la nature". "Vivre à Istanbul, c'est pour moi comme une leçon", leçon de vie, leçon de choses, histoire d'amour.

Dans cette ville, la nature est restée la première priorité de France. Elle a choisi de s'installer au sud-est de la ville, dans le quartier populaire de Bakirkoy près d'un grand parc. "C'était très important pour moi de voir du vert, chaque matin, une forêt d'émeraude devant moi". Quand la vie citadine bien remplie de France - puisqu'elle est bibliothécaire au lycée français - devient trop oppressante, "elle s'échappe". "De randonnées en vélo, en caming sauvage, (elle) se ressource en énergie". Mais ces échappées vertes ne sont pas des infidélités, toujours France revient à cette ville où elle se sent chez elle. Chez elle aussi dans la langue qu'elle parle avec aisance et "qui n'est pas un obstacle" pour elle. Au point de parsemer son français d'expressions turques qui disent si bien combien elle appartient à ce pays autant qu'il lui appartient désormais.

Pourtant, c'est en Savoie que Sinan son mari a l'impression de la retrouver telle qu'elle était quand ils se sont connus en Angleterre. C'est donc à la fois ici et là-bas qu'elle est elle-même la randonneuse des montagnes.

Istanbul, c'est un moment d'épanouissement dans la vie de France, un regard, une façon d'être qui lui font dire en riant: "je n'envisage plus de vivre ailleurs". Elle est ici chez elle et à l'avenir elle dira peut-être à ses enfants "la magie de la ville".