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L'esclave de
la nuit
Ahmed,
gardien de voitures, rêve d'une vie plus sûre
Wajih Guennoun
et Hicham Bentajer (2S.M. B1)
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Personne
ne le voit mais il surveille tout le monde. C'est Ahmed, gardien
veilleur de nuit «né entre 1963 et 1969 par une belle journée
d'été, sans doute au Takadoum (quartier périphérique de Rabat)».
Grand de taille, fort, moustachu, il n'a pas l'air d'un
enfant de choeur. Ses mains à la peau rugueuse et son regard direct
témoignent d'une enfance malheureuse. La mort tragique de sa mère
a perturbé le cours de sa vie. Enfant perdu, il a été ballotté
entre la rue et sa famille qui ne se préoccupait pas de lui. Sa
situation l'obligea à quitter l'école aussi vite qu'il y était
entré.
Devant un avenir aussi sombre on préféra lui dénicher un
boulot dans un atelier de menuiserie afin de le sauver des griffes
de la délinquance. L'atelier ayant fait faillite, il se retrouva
à la rue. Juste après il arriva à se faire accepter dans un quartier
comme gardien de nuit pour les voitures, sans avoir une autorisation
de garde. Avec le temps les gens lui accordèrent leur confiance
et Ahmed se fit sa propre clientèle.
Fier de lui, il affirme que «grâce à son efficacité aucune
voiture ne lui a été cambriolée». Qu'il vente ou qu'il tonne,
il reste aux aguets de 9 heures le soir à 5 heures du matin. Avec
quelques concierges des alentours il joue aux cartes, afin de
ne pas se sentir solitaire.
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Pour
Ahmed, la seule assurance-vie c'est son arme, un gros
bâton qui ne le quitte jamais. Il a déjà été attaqué
mais il en est toujours sorti indemne. Malgré son acharnement
pour ce travail à risque, il reste mal payé.
Ce gardien
devient furieux en pensant aux mauvais clients qui,
à la fin du mois, se faufilent pour éviter de lui payer
son salaire. Il n'a d'ailleurs pas de salaire fixe.
Chacun lui verse une somme mensuelle, une sorte de cotisation
qui reste une misère.
Ahmed est déjà marié depuis 8 ans et il a deux
enfants. Il pense que, malgré sa situation financière
précaire, il mérite une vie de famille. Il vit dans
un quartier populaire, dans une maison qu'il partage
avec plusieurs colocataires. Sa femme admet que le travail
est risqué, mais pour Ahmed "elle n'a pas intérêt à
se plaindre", car il lui rapporte à elle et à ses enfants
«la bouchée de pain». Même s'il cache bien ses sentiments,
au fond de ses yeux on voit que la tristesse l'envahit,
parce qu'il souffre de vivre loin de sa famille.
Il arrive à cet homme, qui prétend veiller toute
la nuit, de faire un petit somme, ce n'est qu'un humain
après tout et personne n'est parfait.
De quoi peut-il rêver ?
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