Portrait
Lycée Moulay Youssef, Rabat  COURRIEL INTERNATIONAL n°16


Profession dilettante

Abdelkbir, 30 ans, infirmier, entre l'amour du métier et le désir insatiable de changer.

Amal Bennani
Safae Lamallaoui
(2S.M B1)
La vie est le but de son existence, mais la mort pour lui est banale car finalement, «on vit pour mourir». Telle est la devise d'Abdelkbir, un jeune infirmier marocain de 30 ans. Abdelkbir n'aurait pas voulu être infirmier : «Au début je détestais ce métier, il m'arrivait même de maltraiter les malades», se souvient-il.

Après des études universitaires à Kénitra, il obtient, en 1994 une licence en biologie animale. Un an de chômage l'attendait. Il en profite pour faire le tour du Maroc. En 1995, il rate les concours de professeur de l'ENS (Ecole normale supérieure) et du CPR (Centre pédagogique régional). Finalement, il se retrouve infirmier, traînant dans les couloirs des hôpitaux, vêtu d'une blouse blanche, des piqûres à la main. «Je l'aime, mon boulot, pourtant on travaille beaucoup et on gagne peu, 3000 dirhams (2000 francs) par mois. Cela ne suffit pas pour nourrir toutes les bouches.» Il se plaint également des conditions de travail, du manque d'hygiène et des patients analphabètes auxquels il faut tout expliquer...

Tous ces désagréments n'ont pas réussi à troubler sa vie privée, et ceci grâce à sa sobriété, sa patience et sa rigueur. D'un esprit joyeux, infatigable, Abdelkbir a pu dépasser ces problèmes sans changer de tempérament vis-à-vis des malades. Sauf avec M.Fahd, un jeune sidéen. «Quand j'étais stagiaire, on ne nous divulguait pas les secrets des malades. Ce n'est qu'après plusieurs contacts directs, que j'ai su la vérité sur Fahd grâce à Ahmed, un autre infirmier. Terriblement choqué, j'ai immédiatement pris un bain d'eau de Javel, et depuis, si je suis obligé d'approcher un malade, je mets deux gants l'un sur l'autre. »
N'empêche qu'Abdelkbir est sensible, la pitié ronge son coeur aux moments délicats, il soutient les malades et leur apprend l'art de vivre leurs maladies. Il les écoute, et surtout leur apprend à jouir de leurs derniers jours. Il a réussi en un an de fonction à gagner la confiance de ses patients, mais le contact avec les séropositifs reste son point faible.

Les gens l'aiment, pourtant il y en a d'autres qui pensent que pour gagner sa bienveillance il faudrait bien lui remplir les poches. «Un jour, un homme dont la femme allait accoucher a mis un bakchich dans ma poche pour que je m'occupe convenablement d'elle. Ce jour là je n'avais pas un seul sou. Ces 100 dirhams m'ont procuré un bien-être intense car tout juste après que j'ai eu fini mon travail, je me suis payé une tasse de café et de bons gâteaux. Dix minutes de travail, 100 dirhams dans la poche, ça fait l'affaire ! Mais c'était la première et la dernière fois», susurre-t-il.

Il est étonnant, Abdelkbir. Content de son sort, il offre le meilleur de lui même pour le bien être des autres, pourtant le changement le tente énormément. D'ailleurs si on lui proposait un emploi plus rentable ou moins dégradant, il serait le premier au rendez-vous.