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La
vie est le but de son existence, mais la mort pour lui est banale
car finalement, «on vit pour mourir». Telle est la devise d'Abdelkbir,
un jeune infirmier marocain de 30 ans. Abdelkbir n'aurait pas
voulu être infirmier : «Au début je détestais ce métier, il m'arrivait
même de maltraiter les malades», se souvient-il.
Après des études universitaires à Kénitra, il obtient,
en 1994 une licence en biologie animale. Un an de chômage l'attendait.
Il en profite pour faire le tour du Maroc. En 1995, il rate les
concours de professeur de l'ENS (Ecole normale supérieure) et
du CPR (Centre pédagogique régional). Finalement, il se retrouve
infirmier, traînant dans les couloirs des hôpitaux, vêtu d'une
blouse blanche, des piqûres à la main. «Je l'aime, mon boulot,
pourtant on travaille beaucoup et on gagne peu, 3000 dirhams (2000
francs) par mois. Cela ne suffit pas pour nourrir toutes les bouches.»
Il se plaint également des conditions de travail, du manque d'hygiène
et des patients analphabètes auxquels il faut tout expliquer...
Tous ces désagréments n'ont pas réussi à troubler sa vie
privée, et ceci grâce à sa sobriété, sa patience et sa rigueur.
D'un esprit joyeux, infatigable, Abdelkbir a pu dépasser ces problèmes
sans changer de tempérament vis-à-vis des malades. Sauf avec M.Fahd,
un jeune sidéen. «Quand j'étais stagiaire, on ne nous divulguait
pas les secrets des malades. Ce n'est qu'après plusieurs contacts
directs, que j'ai su la vérité sur Fahd grâce à Ahmed, un autre
infirmier. Terriblement choqué, j'ai immédiatement pris un bain
d'eau de Javel, et depuis, si je suis obligé d'approcher un malade,
je mets deux gants l'un sur l'autre. »
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N'empêche
qu'Abdelkbir est sensible, la pitié ronge son coeur aux
moments délicats, il soutient les malades et leur apprend
l'art de vivre leurs maladies. Il les écoute, et surtout
leur apprend à jouir de leurs derniers jours. Il a réussi
en un an de fonction à gagner la confiance de ses patients,
mais le contact avec les séropositifs reste son point
faible.
Les gens l'aiment, pourtant il y en a d'autres
qui pensent que pour gagner sa bienveillance il faudrait
bien lui remplir les poches. «Un jour, un homme dont la
femme allait accoucher a mis un bakchich dans ma poche
pour que je m'occupe convenablement d'elle. Ce jour là
je n'avais pas un seul sou. Ces 100 dirhams m'ont procuré
un bien-être intense car tout juste après que j'ai eu
fini mon travail, je me suis payé une tasse de café et
de bons gâteaux. Dix minutes de travail, 100 dirhams dans
la poche, ça fait l'affaire ! Mais c'était la première
et la dernière fois», susurre-t-il.
Il est étonnant, Abdelkbir. Content de son sort,
il offre le meilleur de lui même pour le bien être des
autres, pourtant le changement le tente énormément. D'ailleurs
si on lui proposait un emploi plus rentable ou moins dégradant,
il serait le premier au rendez-vous.
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