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Si
Hamid est un bouquiniste pas comme les autres. Tout d'abord, sa
boutique est très différente de celle des bouquinistes voisins.
Déjà, on remarque l'absence de photos ou de portraits mis en vente.
Lumière, propreté, et organisation lui donnent des airs chaleureux
et accueillants. On dit toujours que chaque endroit est à l'image
de son propriétaire. Le choix des livres sélectionnés et rangés
sur les étagères, mis à part le comptoir qui est sens dessus dessous,
témoignent d'un goût irréprochable.
Ce monsieur, dont quelques cheveux gris naissants soulignent
la sagesse et l'expérience, a un sourire qui ne s'efface presque
jamais. Pourtant il a connu des jours malheureux, surtout enfant.
Il est né dans une famille pauvre près de Taroudant, au sud du
Maroc. «Bien que mon grand-père fût un âlem (savant religieux),
nous n'étions pas riches», raconte-t-il . «Mon père était un homme
dur, très sévère ». Mais il voulait que le petit Hamid fasse des
études, aussi l'envoya-t-il, dès l'âge de deux ans, à Rabat, chez
son oncle qui était «diablement riche», pour «la noble cause :
étudier».
Malgré le gouffre qui le séparait de ses 6 frères et soeurs,
il a réussi pendant ses courtes visites à nouer un lien indestructible
avec la campagne. La nature l'ensorcelle par sa beauté et sa générosité.
C'est de là qu'il tient sa sensibilité. « J'aime la campagne,
sa pureté et la sérénité qui y règne. On y goûte à chaque instant
du jour. Tandis qu'ici tout est superficiel ».
L'inexpérience, certainement, l'a conduit à arrêter ses
études en primaire. A 14 ans, motivé par la mort de son père et
le besoin de se réaliser, de compter sur soi-même, il décida de
travailler. Sa vie professionnelle reflète parfaitement l'époque
ou il vivait : après l'indépendance il fallait tout reconstruire,
rénover et développer. Le devoir et la priorité incita cette génération
à être matérialiste puis moraliste.
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C'est
pourquoi il a travaillé en premier lieu comme maçon. On a
tenté de lui voler sa toute première solde. Mais il l'a échappé
belle. «Ma joie était telle que, de la vitre du véhicule qui
m'a miraculeusement sauvé, j'ai salué ces bandits. C'est ainsi
que la valeur de l'argent a décuplé à mes yeux».
Puis le destin l'a reconduit à Rabat pour y travailler
chez un bouquiniste. Les revenus de ce dernier étaient tellement
tentants qu'il décida d'avoir son propre commerce. Grâce à
sa détermination implacable et sa patience acquise durant
son enfance, il réalisa son rêve en 1984. Dès lors, la boutique
située au marché des puces à Rabat devint son gagne-pain.
Dès les premiers jours, il a su capter l'attention et attirer
beaucoup de clients. L'intelligence qui pétille dans son regard
et la facilité avec laquelle il aborde les gens n'y sont pas
étrangers.
Marié depuis quelques années seulement, Si Hamid a
une petite fille. Bien qu'elle ne soit pas encore en âge de
lire, il compte bien la faire profiter de ses richesses livresques,
tout comme il le fait pour les autres, enfants ou adultes.
«J'estime que le livre joue un rôle capital dans la vie. Malheureusement
les gens oublient la lecture. Ils sont attirés par cette vague
de jeux vidéo qui ne leur procurent que des joies superficielles.
Rares sont ceux qui incitent leurs enfants à lire. Seuls les
amoureux du livre le font».
Si Hamid n'aime lire que les oeuvres marocaines, Taher
Ben Jelloun par exemple. « Je regrette d'avoir vendu un livre
que je chérissais beaucoup, dit-il. C'était un livre de proverbes
populaires, qui datent de l'époque de nos arrières grands-pères
».
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