Portrait
Centre Social Chanteclair, Arras COURRIEL INTERNATIONAL n°15


À Arras, il a son lycée, son café, sa rue. Certains trouvent que c'est beaucoup trop, d'autres estiment qu'il mériterait plus d'honneurs. Depuis près de 200 ans, Robespierre divise la population Arrageoise.

Maximilien François Marie Isidore de Robespierre est né le 5 mai 1758 à Arras. A l'âge de 22 ans, il devient avocat. En avril 1789, il part à Paris pour participer aux États Généraux, afin de défendre les savetiers (les personnes les plus pauvres d'Arras). Il arrive à la tête du Club des Jacobins en 1790, entre au Comité du salut public en 1793 et devient alors l'âme de la dictature montagnarde, «l'homme de la terreur». Durant la Révolution française, il guillotine certains de ses amis politiques, comme Camille Desmoulins, pensant que ceux-ci ne convoitaient que l'argent et le pouvoir, sans penser au bonheur du peuple. Robespierre fut lui-même guillotiné en 1794.

«L'homme de la terreur» ?

T
out le monde n'a pas la même lecture des faits historiques. Longtemps présenté comme un tueur sanguinaire, notamment dans les écoles, Robespierre gagne au fil du temps des défenseurs qui désirent restaurer sa mémoire. Mais les réputations ont la vie dure!

Pour illustrer sa mauvaise image, Stéphanie Mortier, guide conférencière à Arras, rappelle une anecdote concernant les rapports orageux entre les Arrageois et Robespierre : « En 1930, la municipalité d'Arras veut rebaptiser la place du théâtre place Robespierre. La population arrageoise, connaissant les actes de Robespierre pendant la Révolution, répand du minium pour symboliser le sang qu'il a fait couler. Pour protester, les Arrageois dressent également une guillotine afin de couper la tête au buste qui devait être installé sur la place. Depuis, par superstition, ce buste de Robespierre demeure dans une salle de l'hôtel de ville. »

En réaction à ce qu'ils appellent "la légende noire" de Robespierre, des Arrageois ont créé une association, "Les amis de Robespierre", pour lutter contre cette image négative.
"Le fan club"

Crée en 1989 à Arras, cette association fédère désormais les "fans" de Robespierre du monde entier. Elle est dirigée par Christian Lescureux, le secrétaire général, et compte plus de 600 membres dans l'Artois. Selon Christian Lescureux, «Robespierre se mettait du côté des plus faibles, et c'est pour ces idées jugées dangereuses à l'époque qu'il a été guillotiné. Il a mené un combat très juste et l'a payé de sa vie.» Une vie sur laquelle Les amis de Robespierre aimeraient faire toute la lumière : l'association a réalisé des films retraçant la vie de Robespierre et va rééditer ses oeuvres complètes en 10 volumes.

En 1987, pour le bicentenaire de la Révolution, Les amis de Robespierre ont invité des historiens de la Révolution au Centre Noroît et ont convié les étudiants du lycée Robespierre à un banquet républicain et à une conférence. Pour l'événement, l'association a également réalisé des films, publié des journaux, écrit des brochures et organisé plusieurs exposition dans le monde sur Robespierre.

E
n 1989, Les amis de Robespierre ont officiellement demandé au gouvernement français de placer Robespierre au Panthéon aux cotés de son ami Lazarre Carnot : sans succès... Enfin, en 1996, à la demande de l'association, la municipalité a inauguré la maison de Robespierre, nouvellement rénovée et ouverte au public le 5 juin 1999.

Malgrè tout, un nouveau guide d'Arras, Le petit futé 2000, indique que Robespierre a été «l'instigateur de la terreur durant la Révolution, incarnation de la tyrannie sanguinaire », et qu'il fut «la honte de la ville durant plusieurs générations pour de nombreux Arrageois».

Admirateurs et détracteurs de Robespierre avancent leur caution scientifique : chaque camp a son bataillon d'historiens qui défend sa thèse. En germinal 208 (avril 2000), la polémique n'est pas près de s'éteindre...