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Pelagia
Jacquin et Mariam Markoyan sont d'ailleurs et d'ici. Elles vivent
au foyer-logement Benoît Frachon pour personnes âgées à Vaulx-en-Velin.
Mais elles sont étrangères ou, en tout cas, l'ont été.
Pourquoi être restées en France pour vivre ses vieux jours
alors qu'elles ont pensé toute leur vie au retour ? Parfois par
choix, souvent par nécessité.
Elles se sentent chez elles en France. «Mon père et ma mère sont
morts ici» nous explique Pelagia qui avait 7 ans lorsque ses parents
ont quitté la Pologne en 1922. Elle a épousé un Français, un rugbyman,
«un mari formidable» et aujourd'hui elle est naturalisée Française.
Pourtant, c'est en Pologne qu'elle aurait aimé finir ces
jours, à Poznan, où elle est née et où vivent son fils unique,
ses deux petits-enfants et ses cinq arrière-petits-enfants.
« Mais quand j'ai voulu rentrer dans mon pays, » soupire Pelagia,
«ma mutuelle de retraite m'a affirmée que je ne recevrais rien
si je partais». Seule la sécurité sociale lui aurait versée 2400
francs. Et à 85 ans, comme à tout âge, cela ne suffit pas. Alors
elle est restée. Elle téléphone toutes les semaines à son fils.
« Je regrette mon pays car ici ce n'est pas très familial».
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Mariam,
elle, est entourée par sa famille. Elle a perdu tout contact
avec son pays d'origine, l'Arménie. En fait, «L'Arménie n'existe
plus vraiment, » explique-t-elle, «la Turquie l'a envahie et
un million et demi de personnes ont été tué.» La famille Markoyan
ne compte plus un seul membre sur place. Ils ont tous fui le
génocide. Et Mariam répond fermement «non» quand on lui demande
si elle veut retourner sur la terre de son enfance. Ce qui ne
veut pas dire qu'elle se sente bien en France. Elle affirme
y «être mal vue». Peut-être a-t-elle souffert du racisme. Elle
ne nous le dira pas.
« Les personnes âgées sont souvent intolérantes, » raconte
Odile Dallali, directrice du foyer Benoît Frachon, «surtout
quand un nouveau pensionnaire est étranger ou de couleur.» Elle
se souvient du cas d'une Antillaise qui avait été victime de
racontars. « Une vielle dame avait inventé toutes sortes d'histoires
sur elle. Il a fallu intervenir » déplore Mme Dallali.
Comme Pelagia et Mariam, ils sont peu à parler de leur
pays devant les autres. « Mais quand je suis seule avec l'un
d'eux, » dit Odile Dallali, « ils se laissent parfois aller
à la confidence et parle avec nostalgie de leurs origines».
Comme si l'exil constituait une solitude de plus.
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