Portrait
Association Le Monde R.É.E.L,
Vaulx en Velin
COURRIEL INTERNATIONAL n°10




 

Kosovars - Le retour


Jude

«Pour moi ce n'était pas trop dur, mais nous devons rentrer car il faut que mes parents travaillent. Je ne peux pas travailler pour moi-même, je dois aller à l'école ». Bertla Rrustemi a 15 ans. Elle fait partie des six cents réfugiés kosovars arrivés au foyer Lamartine à Vaulx-en-Velin le 18 avril dernier. Mais dans moins d'une semaine, Blerta rentre enfin chez elle, à Pristina. Elle s'exprime en français et non en albanais, un changement par rapport à notre précédente rencontre avec de jeunes réfugiés au mois de juillet.

Blerta parle avec un mélange de joie et de tristesse de son départ. « Je suis très joyeuse de rentrer car, ici, on m'a mise en troisième alors que je suis en seconde; mais je ne sais pas ce que je vais trouver là-bas ». Elle sait que sa maison a été en partie détruite et pillée pendant la guerre. Sa soeur aînée Bardha qui est partie au Kosovo en "visite exploratoire" le lui a confirmée. Ces visites, financées par l'Etat français, ont permis aux réfugiés de se rendre dans leur pays pour voir si une réinstallation était possible, si leur maison pouvait être reconstruite et s'ils disposaient d'écoles ou de tout autre service indispensable à la vie quotidienne.

Depuis la rentrée scolaire, les jeunes ont pu aller à l'école à Vaulx-en-Velin dans des classes spécialisées "Français, langue étrangère" (FLE). Blerta s'y est faite beaucoup d'amis français. «Ils m'ont aidée à devenir comme les autres, c'était très important mais impossible». Blerta est restée albanaise avant tout et a préféré ses amis Kosovars.
Son frère Faton, qui a 28 ans a choisi de rester en France. Il pense qu'il y trouvera plus facilement du travail, comme les trois-quarts des réfugiés qui n'envisagent pas de retour. C'est le cas de la famille de Labinot Hamti, un garçon de 16 ans. Leur maison à Pristina a été entièrement brûlée. « Je veux rentrer au Kosovo car ma famille est là-bas, » dit Labinot, « mais il faudra attendre. Je ne sais pas ce qui va se passer maintenant».

Labinot ressemble à n'importe quel adolescent français. Il porte des Nike et une veste Chevignon. «Les jeunes se sont vite mis au goût du jour,» explique Sylvain Berton du Comité rhodanien d'accueil des réfugiés et de défense du droit d'asile (CRARDDA), « ils sont devenus de vrais petits Français avec casquettes Reebook et autre accessoire ado ! ». Le départ tant souhaité est souvent douloureux. « Ils sont très partagés car ici, ils ont découvert tout ce qui leur était interdit par les Serbes au Kosovo». Les cours se passaient souvent dans des caves et pas question d'aller à l'hôpital quand on était malade.

Aujourd'hui la situation a changé. Blerta sait qu'elle retrouvera une « vraie école » à Pristina. Elle craint seulement « d'avoir trop changé » par rapport à ses amis restés là-bas et « qui ont plus souffert». «Je suis sûre qu'il faut que je rentre même si c'est très difficile, » murmure Blerta, le visage grave, «il faudra tout comprendre, ne plus être un enfant. » Blerta a grandit...mais peut-être un peu trop vite.