Patrimoine
Lycée Viollet Le Duc, Yvelines COURRIEL INTERNATIONAL n°5


Le passé dans la pierre

Les archéologues ont fait d'amoncellements de cailloux une villa pleine d'histoire en région parisienne


Adrien BERTAUD


 

 


  C'est au millieu des champs gadouilleux de Richebourg (Yvelines) qu'oeuvre Jean-Pierre Gourcerol, bénévole en étude d'Histoire de l'Art et d'Archéologie. Après quatre ans de travail, les fouilles de la villa du Fient touchent à leur fin, et les archéologues ont fait de nombreuses découvertes sur cette "villa romana".

Au premier siècle avant Jésus Christ, la villa du Fient était une ferme gauloise, que l'on peut imaginer dans un paysage de bocage à peu près identique à aujourd'hui. Au premier siècle après Jésus Christ, elle fut détruite et rebâtie en une villa gallo-romaine par un aristocrate gaulois. En effet, la construction est tout à fait romaine: symétrique, il y a un jardin en son centre. La centaine de pots de fleurs retrouvés, la terre enrichie en pollens d'espèces méditerranéennes et les trous de poteau indiquent la présence d'une pergola. Ce qui laisse deviner la richesse du propriétaire de la villa qui a fait venir ces plantes de loin et l'influence de Rome sur celui-ci. De plus, trois deniers en argent à l'effigie de Pompée ont été découverts, ce qui laisse penser que ce Gaulois s'était engagé aux côtés de Pompée contre César.

Les propriétaires avaient aussi une vie religieuse « gallo-romaine »: trois sanctuaires pour dieux gaulois et un « fanum » (lieu de culte romain ordonné selon les quatres points cardinaux) ont été découverts à côté de la villa. Celle-ci était d'autant plus importante qu'elle avait un étage. La hauteur des murs est devinée à l'aide du rapport hauteur/profondeur tiré du traité d'architecture du romain Vitruve. Cette idée qu'il y avait un étage est renforcée par la découverte d'une cage d'escalier: les clous soutenant les marches se sont décrochés du mortier délabré et ont été découverts à distances régulières au niveau du sol de la villa.

Des restes de céramiques, des cendres et du charbon laissent imaginer une cuisine. Tout le système de chauffage d'une salle de bain romaine décrit par Vitruve est intact: présence d'un mortier hydraulique servant à conserver 1 humidité de la pièce, de « pilastres » servant à soutenir le carrelage tout en permettant à l'air chaud de circuler, de « tubuli » permettant l'évacuation de l'air, et de morceaux de carrelage qui se situaient au dessus des piliers de briques.



Une seule meule à grains a été découverte, ce qui laisse supposer que cette ferme était tournée vers l'élevage et que la meule servait sans doute pour la nourriture des habitants. Toutefois les étables n'ont pas étés retrouvées. Des ossements d'animaux dans une pièce ont permis d'avancer qu'elle avait usage de fumoir. Ailleurs même le bac à ciment qui servait aux constructions de la villa est en place.

Catherine Bressan, une jeune femme de vingt ans, en licence d'Histoire de l'Art et d'Archeologie à Nanterre, commence à faire des fouilles en tant que bénévole il y a cinq ans avec l'association « Archéomédia ». Puis, elle connait l'existence de ce chantier et accepte d'y travailler. «On est nourri, logé, et très mal payé» dit-elle en expliquant que seuls sont bien payés les archeologues titulaires. «Actuellement, il y a une trentaine de personnes qui travaillent sur le site, mais seulement cinq ou six professionnels».

Il existe différents types de fouilles: les fouilles de sauvetage qui durent environ un mois où l'on n'a pas le temps de tout étudier sur place (à cause de la construction d'une autoroute par exemple). Dans ce cas là, les fouilleurs travaillent par tous les temps. Et c'est seulement ensuite qu'ils étudient ce qu'ils ont trouvé. Il existe aussi des fouilles programmées comme c'est le cas pour la villa du Fient: les fouilles ont lieu l'été et l'hiver. Les archéologues étudient ce qu'ils ont trouvé en s'appuyant sur des textes. Il arrive aussi très fréquemment qu'il faille dessiner toutes les pierres à leur place et à l'échelle!

Comment Catherine Bressan qualifie-t-elle le métier d'archéologue? « Ingrat, car les conditions de travail sont dures. En tant que bénévole, on n'est pas toujours très reconnu par les professionnels. Et il peut se passer des mois sans rien trouver. Mais j'ai fait une trouvaille qui m'a beaucoup marquée: un morceau de verre bleuté circulaire, avec un trou au milieu! Et puis c'est tellement intéressant de voir l'évolution du site ». Les deux bénévoles sont d'accord là-dessus: pour être archéologue, il faut être passionné!