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C'est
au millieu des champs gadouilleux de Richebourg (Yvelines) qu'oeuvre
Jean-Pierre Gourcerol, bénévole en étude d'Histoire de l'Art et
d'Archéologie. Après quatre ans de travail, les fouilles de la villa
du Fient touchent à leur fin, et les archéologues ont fait de nombreuses
découvertes sur cette "villa romana".
Au premier siècle avant Jésus Christ, la villa du Fient était
une ferme gauloise, que l'on peut imaginer dans un paysage de bocage
à peu près identique à aujourd'hui. Au premier siècle après Jésus
Christ, elle fut détruite et rebâtie en une villa gallo-romaine
par un aristocrate gaulois. En effet, la construction est tout à
fait romaine: symétrique, il y a un jardin en son centre. La centaine
de pots de fleurs retrouvés, la terre enrichie en pollens d'espèces
méditerranéennes et les trous de poteau indiquent la présence d'une
pergola. Ce qui laisse deviner la richesse du propriétaire de la
villa qui a fait venir ces plantes de loin et l'influence de Rome
sur celui-ci. De plus, trois deniers en argent à l'effigie de Pompée
ont été découverts, ce qui laisse penser que ce Gaulois s'était
engagé aux côtés de Pompée contre César.
Les propriétaires avaient aussi une vie religieuse « gallo-romaine
»: trois sanctuaires pour dieux gaulois et un « fanum » (lieu de
culte romain ordonné selon les quatres points cardinaux) ont été
découverts à côté de la villa. Celle-ci était d'autant plus importante
qu'elle avait un étage. La hauteur des murs est devinée à l'aide
du rapport hauteur/profondeur tiré du traité d'architecture du romain
Vitruve. Cette idée qu'il y avait un étage est renforcée par la
découverte d'une cage d'escalier: les clous soutenant les marches
se sont décrochés du mortier délabré et ont été découverts à distances
régulières au niveau du sol de la villa.
Des restes de céramiques, des cendres et du charbon laissent
imaginer une cuisine. Tout le système de chauffage d'une salle de
bain romaine décrit par Vitruve est intact: présence d'un mortier
hydraulique servant à conserver 1 humidité de la pièce, de « pilastres
» servant à soutenir le carrelage tout en permettant à l'air chaud
de circuler, de « tubuli » permettant l'évacuation de l'air, et
de morceaux de carrelage qui se situaient au dessus des piliers
de briques.
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Une
seule meule à grains a été découverte, ce qui laisse supposer
que cette ferme était tournée vers l'élevage et que la meule
servait sans doute pour la nourriture des habitants. Toutefois
les étables n'ont pas étés retrouvées. Des ossements d'animaux
dans une pièce ont permis d'avancer qu'elle avait usage de fumoir.
Ailleurs même le bac à ciment qui servait aux constructions
de la villa est en place.
Catherine Bressan, une jeune femme de vingt ans, en licence
d'Histoire de l'Art et d'Archeologie à Nanterre, commence à
faire des fouilles en tant que bénévole il y a cinq ans avec
l'association « Archéomédia ». Puis, elle connait l'existence
de ce chantier et accepte d'y travailler. «On est nourri, logé,
et très mal payé» dit-elle en expliquant que seuls sont bien
payés les archeologues titulaires. «Actuellement, il y a une
trentaine de personnes qui travaillent sur le site, mais seulement
cinq ou six professionnels».
Il existe différents types de fouilles: les fouilles
de sauvetage qui durent environ un mois où l'on n'a pas le temps
de tout étudier sur place (à cause de la construction d'une
autoroute par exemple). Dans ce cas là, les fouilleurs travaillent
par tous les temps. Et c'est seulement ensuite qu'ils étudient
ce qu'ils ont trouvé. Il existe aussi des fouilles programmées
comme c'est le cas pour la villa du Fient: les fouilles ont
lieu l'été et l'hiver. Les archéologues étudient ce qu'ils ont
trouvé en s'appuyant sur des textes. Il arrive aussi très fréquemment
qu'il faille dessiner toutes les pierres à leur place et à l'échelle!
Comment Catherine Bressan qualifie-t-elle le métier d'archéologue?
« Ingrat, car les conditions de travail sont dures. En tant
que bénévole, on n'est pas toujours très reconnu par les professionnels.
Et il peut se passer des mois sans rien trouver. Mais j'ai fait
une trouvaille qui m'a beaucoup marquée: un morceau de verre
bleuté circulaire, avec un trou au milieu! Et puis c'est tellement
intéressant de voir l'évolution du site ». Les deux bénévoles
sont d'accord là-dessus: pour être archéologue, il faut être
passionné!
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