| |
Avenue
Ourouba, à mi-distance de l'aéroport. Depuis plus
de quatre-vingts ans, deux vieux palais se font face. Érigé
sur un petit monticule, celui du Baron Empain est abandonné
aux chauves-souris, aux araignées et aux chiens errants.
De l'autre côté, l'ancienne demeure de la sultane
Malak, occupée par une école, est aussi fréquentée
par les fantômes de "Dada Hassiba Mersal".
D'ascendance nubienne et soudanaise, Hassiba est concierge
du Palais depuis soixante ans. "Tous les après-midi,
raconte-t-il, avant le coucher du soleil, je les vois: le roi, la
reine et leurs visiteurs, habillés de voiles blancs. Les
femmes ont des bracelets d'or aux poignets. Elles viennent me serrer
la main, m'offrir de l'argent, des pièces de monnaie d'aujourd'hui".
Emporté par ses "visions", le vieux concierge
continue son histoire, imperturbablement.
|
|
Tout
autre son de cloche en face, derrière la barrière
qui protège le palais du Baron. Hassiba raconte bien
l'avoir vu "rouler comme un train dans la nuit, en tournant
sur lui-même et en jetant des éclairs..."
Mais le gardien de la
grande bâtisse indienne désaffectée, les
pieds solidement campés sur le sable du terrain vague,
balaie le fantasme d'une revers de main.
"Des fantômes? Et de race royale, en plus?",
s'esclaffe-t-il. "Des va-nu-pieds, tout simplement, qui
font des paris entre eux pour savoir lequel osera affronter
les chiens!"
Entre les toiles d'araignées, les rois dorment
de leur dernier sommeil. Sans réveiller les chauves-souris.
|