Patrimoine
Egypte COURRIEL INTERNATIONAL n°1


Fantômes à vendre

Fouad Nassif
et Samir Mikhail


 
  Avenue Ourouba, à mi-distance de l'aéroport. Depuis plus de quatre-vingts ans, deux vieux palais se font face. Érigé sur un petit monticule, celui du Baron Empain est abandonné aux chauves-souris, aux araignées et aux chiens errants.

De l'autre côté, l'ancienne demeure de la sultane Malak, occupée par une école, est aussi fréquentée par les fantômes de "Dada Hassiba Mersal".

D'ascendance nubienne et soudanaise, Hassiba est concierge du Palais depuis soixante ans. "Tous les après-midi, raconte-t-il, avant le coucher du soleil, je les vois: le roi, la reine et leurs visiteurs, habillés de voiles blancs. Les femmes ont des bracelets d'or aux poignets. Elles viennent me serrer la main, m'offrir de l'argent, des pièces de monnaie d'aujourd'hui".

Emporté par ses "visions", le vieux concierge continue son histoire, imperturbablement.

 
Tout autre son de cloche en face, derrière la barrière qui protège le palais du Baron. Hassiba raconte bien l'avoir vu "rouler comme un train dans la nuit, en tournant sur lui-même et en jetant des éclairs..."

Mais le gardien de la grande bâtisse indienne désaffectée, les pieds solidement campés sur le sable du terrain vague, balaie le fantasme d'une revers de main.

"Des fantômes? Et de race royale, en plus?", s'esclaffe-t-il. "Des va-nu-pieds, tout simplement, qui font des paris entre eux pour savoir lequel osera affronter les chiens!"

Entre les toiles d'araignées, les rois dorment de leur dernier sommeil. Sans réveiller les chauves-souris.