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Le
vieillard aux yeux perçants nous dévisage l'un après l'autre.
Il se relève soudain, secoue sa djellaba blanche: c'est non.
Il est malade, il ne peut pas nous répondre.
Quartier populaire de Youssoufia, trois heures de l'après-midi.
Amine, notre guide, nous conduit vers un autre fikh (littéralement,
«illuminé»), sorte de devin qui s'appuie sur le Coran et la
numérologie. Les ruelles sont pleines d'enfants et de vieillards
qui observent les passants. Enfin, au bout d'une rue en pente,
étroite, voici la maison de M. Garbaoui.
L'homme est âgé, solide. Le même regard perçant. Il hésite:
plusieurs fikh se sont fait arrêter ces derniers jours, suite
à la diffusion d'un reportage sur 2M (la deuxième chaîne de
télévision marocaine) qui démontrait que la plupart de ces voyants
était des escrocs qui abusaient de l'ignorance de leurs clients.
Heureusement, Amine est là. C'est un garçon du quartier. M.
Garbaoui, rassuré, nous laisse entrer chez lui: sa maison est
petite, mais plus propre, mieux éclairée que la précédente.
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M.
Garbaoui prend place derrière une petite table sur laquelle sont
posés des bougies et des flacons opaques. «Le matériel de travail
du "fkih"», commente-t-il avant d'ajouter : «C'est un métier qui
s'apprend. Savez-vous que c'est un des plus vieux du monde? Il
remonte au prophète Idriss, l'un des petits-fils d'Adon. Il repose
sur deux sciences: le calcul et le Coran.» Les activités de M.
Garbaoui vont de l'exorcisme à la réconciliation des époux qui
se sont brouillés. Ses clients se recrutent dans toutes les couches
de la société.
Et l'avenir, pourrait-il nous prédire l'avenir? M. Garbaoui
secoue la tête: «Je ne me sers de mon métier que pour faire du
bien. Dieu seul peut savoir ce qui va arriver.» Cela ne l'empêche
pas de se mettre au travail aussitôt: il saisit une plume, la
trempe dans un encrier, demande à l'une de nous son nom et celui
de sa mère, traduit les lettres en chiffres. Calculs compliqués,
paroles blasphématoires... bientôt, l'heureuse élue sait tout
de sa future vie et de son futur mari. Malgré ses paroles vertueuses,
le «fikh» fait du business, et le client est toujours roi...
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