Métier
Lycée Moulay Youssef, Rabat COURRIEL INTERNATIONAL n°8



Le vieillard aux yeux perçants nous dévisage l'un après l'autre. Il se relève soudain, secoue sa djellaba blanche: c'est non. Il est malade, il ne peut pas nous répondre.
Quartier populaire de Youssoufia, trois heures de l'après-midi. Amine, notre guide, nous conduit vers un autre fikh (littéralement, «illuminé»), sorte de devin qui s'appuie sur le Coran et la numérologie. Les ruelles sont pleines d'enfants et de vieillards qui observent les passants. Enfin, au bout d'une rue en pente, étroite, voici la maison de M. Garbaoui.

L'homme est âgé, solide. Le même regard perçant. Il hésite: plusieurs fikh se sont fait arrêter ces derniers jours, suite à la diffusion d'un reportage sur 2M (la deuxième chaîne de télévision marocaine) qui démontrait que la plupart de ces voyants était des escrocs qui abusaient de l'ignorance de leurs clients. Heureusement, Amine est là. C'est un garçon du quartier. M. Garbaoui, rassuré, nous laisse entrer chez lui: sa maison est petite, mais plus propre, mieux éclairée que la précédente.

M. Garbaoui prend place derrière une petite table sur laquelle sont posés des bougies et des flacons opaques. «Le matériel de travail du "fkih"», commente-t-il avant d'ajouter : «C'est un métier qui s'apprend. Savez-vous que c'est un des plus vieux du monde? Il remonte au prophète Idriss, l'un des petits-fils d'Adon. Il repose sur deux sciences: le calcul et le Coran.» Les activités de M. Garbaoui vont de l'exorcisme à la réconciliation des époux qui se sont brouillés. Ses clients se recrutent dans toutes les couches de la société.

Et l'avenir, pourrait-il nous prédire l'avenir? M. Garbaoui secoue la tête: «Je ne me sers de mon métier que pour faire du bien. Dieu seul peut savoir ce qui va arriver.» Cela ne l'empêche pas de se mettre au travail aussitôt: il saisit une plume, la trempe dans un encrier, demande à l'une de nous son nom et celui de sa mère, traduit les lettres en chiffres. Calculs compliqués, paroles blasphématoires... bientôt, l'heureuse élue sait tout de sa future vie et de son futur mari. Malgré ses paroles vertueuses, le «fikh» fait du business, et le client est toujours roi...