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"Eh,
noubt men Hadi" : crie Abdallah, en rappelant à une barque que
c'est son tour pour accoster et faire passer les gens qui veulent
traverser le fleuve entre Rabat et Salé. C'est le métier de passeur.
La barque arrive silencieusement avec un léger craquement au contact
des escaliers qui forment un port miniature. Les gens s'installent
sans dire un mot et la barque s'éloigne.
Ils restent comme ça, comme hypnotisés, par le mouvement continu
et circulaire des rames, ou par peur de tomber à l'eau. A l'autre
bout, d'autres escaliers. Tout le monde descend et le passeur
est payé 1 dirham par chacun.
Soudain, une fille glisse et tombe sur une marche de l'escalier.
Son ami mécontent hurle et reproche au passeur d'avoir accosté
à l'endroit où la marche est cassée. "Allah y samh, safi" sont
les mots qui ont surgi parmi ce mélange de cris.
C'est la voix grave et autoritaire de "l'amine", le responsable
des passeurs qui sont au nombre de 50. Il calme l'affaire. Plus
de peur que de mal. La fille a été légèrement blessée à la main.
Les affaires reprennent. Tout revient dans l'ordre établi précédemment.
Mais le silence n'est plus le même. Il y a toujours du
bruit.
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Celui-là
est un mélange cette fois de klaxons et de ronronnement de moteurs
qui parviennent des routes contournant la rive gauche du fleuve.
Il y a le bruit, mais aussi le silence. Ce dernier cache la lutte
quotidienne entre l'eau salée de l'Océan atlantique et l'eau douce
de l'oued Bou Regreg.
Une autre lutte s'instaure entre les deux côtés du fleuve.
L'un intégralement reconstruit en béton gris, l'autre attend son
tour avec impatience. Au dessus, la tour Hassan s'élève vers les
cieux, elle est connue comme pour être la "Tour-à-moitié-en-or".
Les passagers demeurent sereins en contemplant le ciel,
en regardant les mouettes survoler au dessus des têtes. Jusqu'au
moment où les éclats de rire les ramènent aux passeurs et à leurs
histoires drôles.
"L'amine" raconte : "Le jeune passeur qui n'a pas bien
mené la barque nommé "Slaouia", est innocent. Car la barque a
glissé toute seule sur une peau de banane!" Le jeune passeur déprimé
retrouve sa joie, prend une gorgée d'air très profonde, fixe l'horizon,
les pêcheurs, la mer, la route puis retourne à ses passagers.
Le va-et-vient reprend. Le bruit retrouve le bruit pour donner
naissance au silence.
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