Métier
Lycée Moulay Youssef, Rabat COURRIEL INTERNATIONAL n°6



"C'est l'argile que j'ai mangée après le lait maternel" déclare Mohamed Hariki, 41 ans, potier au quartier touristique de l'Oulja à Salé. C'est dans l'atelier familial que cet artisan a pris connaissance du monde.

Originaire de la région de Doukkala, son père s'est déplacé vers Salé en 1939 pour mieux y pratiquer son métier de potier. Ce patron, un homme grand et brun qui a passé tout son jeune âge à modeler la pâte, s'occupe actuellement de diriger l'atelier et de participer, si besoin est, à la fabrication.

Dans sa boutique sont étalés des pots, des vases, des tasses, des pieds de lampe, destinés au commerce local plutôt qu'à l'exportation et qui représentent un excellent mariage entre tradition et modernité. Ce bon connaisseur du métier, qui a d'ailleurs eu le prix du meilleur potier marocain il y a une semaine, explique que "plus l'argile est vieille, meilleur c'est. Car selon le proverbe chinois : Je travaille avec l'argile que mon grand-père m'a laissée et je prépare l'argile que mon petit-fils va travailler".

Les femmes sont aussi présentes et actives dans ce domaine. Elles excellent même dans le dessin et la décoration. elles sont en effet vendeuses, décoratrices mais rarement tourneuses. La seule tourneuse marocaine exerce actuellement en Turquie.

Mohamed Hariki vit de l'argile et dans l'argile. C'est d'ailleurs dans une jarre qu'il s'est caché, à l'âge de trois ans lors du léger tremblement de terre qui avait secoué Salé en 1961.

La boutique voisine, qui présente des objets typiquement traditionnels est dirigée par Monsieur Saïd, 40 ans, qui après avoir terminé ses études universitaires, rejoint l'atelier familial où il travaille comme dessinateur.
Il explique que la fabrication passe par plusieurs étapes : La préparation de la pâte s'effectue dans une vaste cour. Là, on laisse 2 ou 3 sortes d'argile (noire, jaune et bleue) macérer quelques jours dans de grands bassins d'eau. Une fois tamisée et séchée au soleil, on obtient une pâte qui, une fois pétrie, est destinée au tournage.

Cette étape se fait par le biais du tour qui n'a pas évolué et qui garde son fonctionnement traditionnel. Une fois modelée, la terre est séchée à l'ombre et tournée à nouveau afin d'effectuer les dernières finitions. Dans un four à gaz ou à feuilles d'eucalyptus, elle subit la première cuisson qui dure 7 heures et qui se fait à 960°C.

L'objet obtenu, appelé "biscuit à cause de sa couleur", comme l'explique la potier avec humour, est laissé mariner dans la peinture. Dans l'atelier poussiéreux, les dessinateurs s'installent non loin des tourneurs pour achever la décoration. Après quoi une seconde cuisson s'impose avant d'exposer le fruit d'une dizaine de jours de travail à la vente.

Certes les potiers sont attachés à la tradition mais la création artistique reste majeure dans certaines fabrications. El-Bengilany, 55 ans, a pu réaliser le contact entre l'artiste et l'artisan. "La poterie ne doit aucunement se limiter à la cuisine ou à la salle à manger, mais décorer le plus joliment du monde le salon," affirme-t-il.

En effet chaque sculpture ou toile qui orne sa petite galerie ne peut être qu'une oeuvre d'art d'un goût et d'une finesse incomparables.