Métier
Lycée Shérif El Idrissi, Rabat COURRIEL INTERNATIONAL n°14



Il est 7h30 dans le studio n°3 de la RTM. M'hammed Bhiri est au micro d'Inter-matin. Depuis trente ans, ce "grand présentateur" comme le décrit un quotidien du jour Al Bayane, réveille les Marocains de sa belle voix rocailleuse. Son émission d'actualités et de divertissements en langue française est de style très personnel, chaleureuse et pleine d'humour.

C
'est en 1972, à 20 ans, que M'hammed intègre la radio marocaine. De remplacements en remplacements, il présente bientôt la moitié des émissions diffusées cet été-là ! Les journalistes et le public découvrent " le style Bhiri " pour reprendre son expression et, ce qui devait être " une escale d'été" sera l'escale de toute une vie. Son expérience dans le théâtre l'a aidé à faire ses débuts dans l'animation d'émissions. Il mélange les informations et la musique, le divertissement et des discussions plus sérieuses. C'est l'esprit "music & news" des années 70.


L
e départ progressif des journalistes français de la télévision nationale à partir de l'indépendance (1956) pose un problème à la RTM. Bhiri se retrouve face à la caméra pour présenter le journal télévisé en 1976. "Dans ma carrière, ça a toujours marché grâce au hasard !" explique-t-il, ravi. Et un peu grâce à son talent, quand même ! Il débute à une période où la présentation des journaux télévisés au Maroc évolue. Elle passe de la simple lecture de nouvelles rédigées par d'autres, à un contrôle direct des informations par le présentateur. "Nous étions plus libres, donc plus responsabilisés, j'en ai profité!".


A
la radio, sa "première passion", son travail est totalement différent. "A la télé, notre commentaire passe sous l'image tandis qu'à la radio, il faut entretenir un lien direct avec les auditeurs. Et ça marche car, malgré l'apparition d'autres radios, ils nous restent fidèles. C'est comme un repère pour eux. "

Le 'phénomène Bhiri' a sévi dès le début de sa carrière. Avec les journalistes Mekki Britel et Ali Hasszan, il métamorphose la radio marocaine. Elle devient plus jeune et plus dynamique.
Le fait qu'il renforce l'interactivité avec les auditeurs plaît. Son style se distingue de celui des autres par sa liberté de ton, son enthousiasme et son humour.

La qualité du travail de ce 'petit jeune' lui permet déjà de bénéficier d'une grande confiance au sein de sa rédaction. Il peut interviewer les gens en direct alors que le Maroc vit, au début des années 70, les années les plus répressives, et qu'un journaliste paierait cher la gaffe d'un auditeur sur l'actualité du moment.


S
'il a gardé le même style depuis trente ans, les thèmes, eux, connaissent beaucoup de diversité. Il choisit les sujets qu'il traite selon leur importance, mais aussi, selon son envie. Il peut même décider de traiter d'un sujet passé inaperçu. Quand un événement important se passe, son émission se transforme en un 'spécial' avec des invités et des interventions au téléphone. Bhiri veut faire intervenir et participer ses auditeurs de plus en plus. " Ils peuvent proposer le sujet que je vais traiter ou même le constituer."


M
ême s'il se définit comme "branché" et passe le dernier tube de Santana toute une semaine dans son émission, il n'hésite pas à repasser un succès de Sheila ou d'Aznavour pour le faire découvrir à son public. Ses goûts sont hétéroclites, mais il tente de rester loin de tout ce qui est commercial.


Au long de ces trente années, les souvenirs se sont accumulés. L'un d'eux a plus particulièrement marqué sa carrière autant que sa vie. Une de ses premières émissions culturelles, diffusés un été, fut prolongée parce qu'elle plaisait au roi. M'hammed Bhiri est une vrai vedette au Maroc. Il intervient aussi dans des galas de bienfaisance. C'est ce qui l'aide à conserver ce " lien direct " qu'il a toujours recherché avec son public. Aujourd'hui, une autre génération grandit et rejoint le groupe de ses fidèles auditeurs.