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Devant
la fabuleuse porte de la grande place Bab el Had à Rabat, des
vieillards sont assis derrière de veilles machines à écrire. D'un
air très patient, ils attendent le client pour dévoiler tout leur
talent d'écriture et répondre aux besoins des gens.
Ces 'ingénieurs de l'écriture' sont appelés des écrivains
publics. Ces hommes sont toujours disponibles pour aider les gens
qui ne savent pas écrire ou bien ceux qui ont du mal à rédiger
des lettres administratives. Armés d'une feuille blanche et surtout
leur savoir-faire, ils tapent à la demande.
Les écrivains de la place Bab el Had utilisent des machines
à écrire énormes et usées. Pour être autorisés à s'installer sur
la voie publique, ces écrivains payent une taxe de 60 dirhams
(37 F.) par an à la préfecture. " C'est coûteux", selon S'mhammed,
un des plus vieux dans le métier avec quarante et un ans d'expérience.
L'écrivain admet cependant que son revenu est suffisant. Malgré
leur matériel usé, il a su gagner la confiance des clients qui
lui sont restés fidèles. Parmi eux, il y a Abderazak le chauffeur.
Il sait lire et écrire mais vient régulièrement demander l'aide
de S'mhammed. Cette fois il est venu pour son fils, qui cherche
du travail. Il trouve que le prix est raisonnable pour une lettre
administrative.
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Mais
les temps sont durs pour les écrivains publics. Hamid, père de
huit enfants, pense que ce métier touche à sa fin, depuis l'informatisation.
" Notre métier n'a plus la même valeur. Maintenant les gens font
appel a leurs familles au lieu de venir nous demander de l'aide.
Il n'y a rien de plus ennuyeux de que de rester toute une journée
pour satisfaire trois ou quatre clients. Mais que faire ? C'est
tout ce que j'ai comme métier, soupire Hamid, et je suis vieux
pour me mettre à chercher du travail. C'est le seul moyen de nourrir
ma famille ! "
Najib, un 'jeune' de 38 ans, père de deux enfants, a pourtant
repris la suite de son père. Mais, depuis quinze ans, il vit modestement
de sa plume: " Le prix de mon travail est raisonnable, entre 20
et 30 dirhams (14 et 20 francs) la lettre ". Najib rêve d'informatiser
son matériel, mais il a juste assez pour nourrir sa famille. Alors…
assis sur son tabouret, il attend toute la journée les rares clients
qui feront appel à ses services.
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