Métier
Lycée Moulay Youssef, Rabat COURRIEL INTERNATIONAL n°19



Devant la fabuleuse porte de la grande place Bab el Had à Rabat, des vieillards sont assis derrière de veilles machines à écrire. D'un air très patient, ils attendent le client pour dévoiler tout leur talent d'écriture et répondre aux besoins des gens.

C
es 'ingénieurs de l'écriture' sont appelés des écrivains publics. Ces hommes sont toujours disponibles pour aider les gens qui ne savent pas écrire ou bien ceux qui ont du mal à rédiger des lettres administratives. Armés d'une feuille blanche et surtout leur savoir-faire, ils tapent à la demande.


L
es écrivains de la place Bab el Had utilisent des machines à écrire énormes et usées. Pour être autorisés à s'installer sur la voie publique, ces écrivains payent une taxe de 60 dirhams (37 F.) par an à la préfecture. " C'est coûteux", selon S'mhammed, un des plus vieux dans le métier avec quarante et un ans d'expérience. L'écrivain admet cependant que son revenu est suffisant. Malgré leur matériel usé, il a su gagner la confiance des clients qui lui sont restés fidèles. Parmi eux, il y a Abderazak le chauffeur. Il sait lire et écrire mais vient régulièrement demander l'aide de S'mhammed. Cette fois il est venu pour son fils, qui cherche du travail. Il trouve que le prix est raisonnable pour une lettre administrative.
Mais les temps sont durs pour les écrivains publics. Hamid, père de huit enfants, pense que ce métier touche à sa fin, depuis l'informatisation. " Notre métier n'a plus la même valeur. Maintenant les gens font appel a leurs familles au lieu de venir nous demander de l'aide. Il n'y a rien de plus ennuyeux de que de rester toute une journée pour satisfaire trois ou quatre clients. Mais que faire ? C'est tout ce que j'ai comme métier, soupire Hamid, et je suis vieux pour me mettre à chercher du travail. C'est le seul moyen de nourrir ma famille ! "

N
ajib, un 'jeune' de 38 ans, père de deux enfants, a pourtant repris la suite de son père. Mais, depuis quinze ans, il vit modestement de sa plume: " Le prix de mon travail est raisonnable, entre 20 et 30 dirhams (14 et 20 francs) la lettre ". Najib rêve d'informatiser son matériel, mais il a juste assez pour nourrir sa famille. Alors… assis sur son tabouret, il attend toute la journée les rares clients qui feront appel à ses services.