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«Charleville
est La Mecque des marionettistes, un lieu de saint pèlerinage»
écrivait l'artiste Alvaro Apolcalypse dans le livre édité en 1991
pour fêter les trente ans du Festival Mondial des Théâtres de
Marionnettes de Charleville-Mézières.
Un homme est derrière cette réussite et à 77 ans, ce marionnettiste
passionné tire encore sur les ficelles du douzième festival mondial
qui se tiendra en septembre prochain dans la ville ardennaise.
Jacques Félix nous reçoit dans son bureau sombre de l'Union
Internationale des Marionettistes (l'Unima), truffé de marionnettes
accrochées au mur et au paravent qui cache les trésors accumulés
depuis soixante ans par le maître des lieux.
« J'ai fabriqué ma première marionnette à 17 ans, raconte
Jacques Félix, nous étions en 1941, en pleine guerre. Je faisais
le tour des colonies de vacances avec mes camarades. Nous avions
tous le même âge. » Mais l'occupation allemande force les
jeunes gens à se séparer pour fuir le S.T.O (service du travail
obligatoire) outre-Rhin.
Les amis se retrouvent en 1945 et créent la Compagnie des
Petits Comédiens de Chiffons. En parallèle à son métier de représentant
de commerce, Jacques Félix mène sa troupe en France et hors de
l'Hexagone pendant seize ans. « Je me suis fait des amis marionnettistes
dans le monde entier, raconte le Carolomacérien, et l'idée d'un
festival s'est rapidement imposée. »
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En
1961, Charleville-Mézières reçoit ses premiers artistes-invités
lors d'un festival international des marionettistes. Depuis, le
Festival (devenu "Mondial") envahit les rues de la ville
tous les trois ans.
«Il faut deux ans à un théâtre de marionnettes pour
amortir un spectacle et en créer un autre, explique Jacques Félix.
Pour réunir assez d'argent pour inviter et payer ces artistes,
nous devons au moins nous donner trois ans.»
Jacques Félix n'a jamais vécu de la marionnette mais toute
sa vie tourne autour de cette passion. «C'est passionant de
faire quelquechose avec rien. D'un morceau de chiffon ou de bois,
on crée une histoire. C'est un art de rue, un art complet qui
réunit le théatre, la danse et les arts plastiques.» Il est
difficile d'en vivre mais, conclut-il, «c'est comme tous le
métiers, il y a des riches et des pauvres!».
Le père du festival a «transmis le virus» à ses enfants.
«Mon fils enseigne l'art de la marionnette à l'Ecole Nationale
de Charleville, et ma fille et ma petite fille sont de vraies
passionnées.»
Quant à ses autres "enfants", les habitants de
Charleville-Mézières, « ils se sont vraiment appropriés ce
festival et c'est ça le plus important, » sourit Jacques Félix,
heureux d'avoir réussi tout cela ... à partir de rien !
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