Cuisine
Lycée de Tanta, Egypte COURRIEL INTERNATIONAL n°1


Les fous du foul

Nancy Ezzat
et Ahmed Seméda



  Une petite voiture garée près de l'arrêt de bus, un homme très brun de peau, chauve et toujours matinal: c'est Ibrahim, 55 ans, le marchand de fèves.

"Je me lève à 5 heures le matin pour acheter le pain et nettoyer la voiture, explique-t-il. Je dépose le pot de fèves, je range les bouteilles d'huile et de vinaigre, le sel, le cumin et un sac de petits citrons jaunes".

Chaque jour, Ibrahim répète les mêmes gestes. Il vend ses fèves jusqu'à 8 heures avant de laisser la place à sa femme pour rejoindre un autre emploi. Sa femme le remplace jusqu'à l'après-midi. N'a-t-il pas pensé cesser de vendre du foul ("fève" en arabe égyptien) alors qu'il a un emploi par ailleurs? "Jamais de la vie, je l'ai hérité de mon père et de mon grand-père, répond-il avec ardeur. J'aime ce métier!"

 
 
Ses clients ont pris l'habitude de l'appeler "'Am Ibrahim". Ce sont des employés, des ouvriers et des étudiants qui avalent quelques bouchées de foul, le plat national, avant de prendre le bus. Nombreux sont les Égyptiens qui mangent ainsi dans la rue, autour de ces petits voitures de cuisiniers ambulants.

"La semaine dernière, raconte Ibrahim en riant aux larmes, il pleuvait et la terre était boueuse. Je me suis renversé par terre avec la voiture. Ce jour-là, j'ai privé tout le monde de son plat préféré"