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Les enfants vivant
dans la rue sont de plus en plus nombreux au Maroc. C'est un
phénomène qui a pris de l'ampleur à la fin des années 70, se
focalisant surtout sur les grandes villes pour des raisons économiques
(chômage, exode rural, etc.). La capitale, Rabat, est l'une
des plus touchées.
Vêtus de guenille, la démarche nonchalante, des enfants
sniffent un vieux morceau de tissu imbibé d'alcool brûlé. Dans
un état de transe et d'ivresse, ils trompent la faim, assis
sur le trottoir de l'avenue de Rabat qui leur sert de maison.
Ici, ils sont considérés aux yeux de la loi et de la société
comme 'criminels'.
"Ces crétins de
clochards n'ont rien à faire que de venir m'embêter", s'écrit
Hassan, un commerçant à la médina. "Ils font fuir mes clients,
c'est vraiment pas de chance de travailler dans un quartier
comme celui-là !" Mais la vie de ses enfants est loin d'être
facile. Yacine, 12 ans, explique que son père lui avait bien
trouvé un travail chez un menuisier, mais "malheureusement,
l'homme a fermé boutique, se désole Yacine. Pourquoi je n'ai
pas travaillé ailleurs ? A votre avis! Qui voudrait embaucher
quelqu'un fringué comme je le suis!"
D'après une recherche faite par la Ligue nationale marocaine
pour la Protection de l'Enfance (LNPE), ces enfants se retrouvent
souvent dans la rue suite à l'éclatement de leur famille. Yacine
Hicham, directeur de la ligue, affirme que l'augmentation des
divorces, et donc du nombre des mères célibataires, a entraîné
l'augmentation du nombre des enfants abandonnés.
Abdelwahd,
14ans, a souffert du divorce de ses parents. Sa mère s'est remariée.
"Mon beau-père ? Il était honnête, un père pour moi, plus que
mon propre père. Le mien, le vrai, je ne l'ai pas vu depuis
douze ans ! Il habite la rue, là-bas… avec sa femme et ses enfants
que je ne connais pas".
Laissé à eux-mêmes, ses enfants suivent ceux qui leur offrent
l'amour qui leur manque. Yacine raconte comment il a fini par
vivre dans la rue, même à regret: "Mes amis habitaient dans
la rue alors je les ai suivis. J'allais à l'école et je n'aimais
pas ça! Aujourd'hui, je le regrette. Vous savez, j'y suis resté
jusqu'au CE3 (9 ans) . Donnez-moi un stylo et dictez ce que
vous voudrez, je l'écrirai sans la moindre difficulté "
La croissance
démographique et la crise du logement ont grandement contribué
à multiplier le nombre, jusque-là limité, des cas d'abandon.
La pauvreté et la nécessité poussent les parents à faire travailler
leurs progénitures au lieu de les envoyer à leur place naturelle
qu'est l'école.
Noureddine
a 16 ans et vit à moitié chez ses parents. Pour lui, la rue
"c'est provisoire"."Pendant la période de pêche, je travaille,
dit-il. Je suis aussi mécanicien, un homme à tout faire si nécessaire.
L'essentiel est de ne pas rentrer les poches trouées le week-end".
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Mais
quand il n'y a pas d'autre travail, les enfants des rues sont
condamnés à trouver un bout de trottoir pour dormir et gagner
leur pain quotidien. La méthode la plus simple est de ramasser
des cartons dans les poubelles et de les revendre.
Abdelhak, 18ans, a aussi trouvé un autre moyen pour faire
trois sous. "Il nous arrive de demander l'aumône aux portes des
maisons. Il existe encore des âmes charitables. Quand le temps
est beau, je passe la nuit à la belle étoile, mais par contre,
pendant les nuits glacées, je demande à un brave propriétaire
d'un four traditionnel de me laisser une place bien au chaud à
l'intérieur". Abdelhak dit qu'il n'a jamais une aide permanente
ou quelqu'un sur qui compter, même un ami proche.
"Mon père m'a viré à 9 ans de chez lui ! Mais ici, je ne
suis pas plus entouré. Je peux vous assurer qu'il n'y a ni chef,
ni boss. Chacun suit son chemin comme bon lui semble! Certains
d'entres nous pensent qu'une vie dans la rue est synonyme de liberté
pour ces enfants."
Mais Amine, 15 ans, ne voit pas en quoi il est libre: "
Quand on entend la sirène de la police, on prend la poudre d'escampette
comme si on avait le diable à nos trousses. Ben… mets toi a notre
place, si on se fait choper, c'est la maison de correction qui
nous attend et on recevra la tannée de notre existence". Amine
s'est fait attraper trois fois, mais a toujours trouvé l'audace
et la ruse pour s'échapper de ces maisons où, selon lui, "la vie
est un véritable enfer".
Ces enfants ont besoin d'amour et de tendresse mais se
trouvent souvent face à des visages sombres et fermés. Un des
seuls à agir, Yacine Hichame tente de "garder (ses) oreilles grandes
ouvertes, et d'être sensible au sort de ces enfants". Et même
si la responsabilité incombe essentiellement aux parents, toute
la société est concernée, selon lui.
"Un proverbe marocain dit qu'on ne peut applaudir d'une
seule main, explique M. Hichame, il faut que nous soyons solidaires
face à cette détresse." Les associations marocaines s'occupent
surtout de la prévention avant l'âge de huit ans. Ils tentent
de les scolariser le plus possible, à leur apprendre un métier
pour qu'ils soient capables de compter sur eux-mêmes plus tard."Il
ne faut pas leur donner du poisson mais leur apprendre à pêcher
"conclut Yacine Hichame.
Chercher
du carton est le seul moyen de survi pour ces enfants
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